Les cours mondiaux des produits alimentaires ont reculé en octobre 2026, selon les dernières données de la FAO. Cette détente intervient pourtant dans un contexte de fortes tensions sur les coûts agricoles. La Banque mondiale prévoit une nouvelle hausse des matières premières alimentaires en 2027, après une année 2026 déjà marquée par l’inflation.
Les prix alimentaires baissent en octobre, mais la Banque mondiale prévoit encore 7 % de hausse en 2027

Les prix alimentaires mondiaux ont diminué de 1,2 % en octobre 2026, selon les données publiées le 6 novembre par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Son indice s'est établi à 133,9 points, contre 135,6 points en septembre. Malgré cette baisse, il demeure supérieur de 5,9 % à son niveau d'octobre 2025.
Le recul concerne notamment les céréales, dont les prix ont diminué de 4,5 % sur un mois. Le blé a bénéficié d'une demande internationale moins soutenue et de perspectives de récoltes plus favorables dans certains pays, notamment en Argentine.
La tendance pourrait néanmoins s'inverser. Dans son rapport sur les marchés de matières premières publié le 28 octobre, la Banque mondiale prévoit une augmentation d'environ 10 % des prix mondiaux des produits alimentaires en 2026, suivie d'une nouvelle hausse de 7 % en 2027.
Cette prévision porte sur les matières premières échangées sur les marchés internationaux, et non directement sur les prix payés dans les supermarchés français. Elle repose notamment sur les risques de mauvaises récoltes, les difficultés d'exportation en mer Noire et le niveau élevé des coûts énergétiques.
Les coûts de production agricole restent sous pression
La hausse du prix des engrais constitue l'un des principaux facteurs d'inquiétude. Dans une note publiée le 5 novembre 2026, l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) souligne les conséquences du conflit au Moyen-Orient sur les approvisionnements agricoles.
Le marché de l'urée a connu des variations particulièrement importantes. Son prix est passé d'environ 400 dollars la tonne en janvier à 850 dollars en avril, avant de redescendre sous les 400 dollars en septembre.
Les engrais phosphatés restent davantage sous tension. Leurs prix ont augmenté d'environ 30 % depuis le début du conflit, en raison notamment de difficultés d'approvisionnement en soufre, un produit nécessaire à leur fabrication.
La Banque mondiale anticipe une hausse moyenne de 14 % des prix des engrais en 2026. Même si un reflux est attendu en 2027, les agriculteurs peuvent continuer à supporter les conséquences des achats réalisés lorsque les cours étaient plus élevés.
Le diesel constitue une autre source de dépenses. Selon les chiffres de S&P Global Institute repris par l'IRIS, il représente habituellement entre 5 et 8 % des coûts opérationnels des exploitations agricoles américaines.
Le renchérissement des carburants augmente les frais liés aux travaux agricoles et au transport des marchandises. Ces dépenses peuvent ensuite se transmettre progressivement aux prix alimentaires, avec des différences importantes selon les pays et les produits.
Les ménages modestes et les budgets publics particulièrement exposés
Les conséquences de l'inflation alimentaire sont beaucoup plus importantes dans les pays où les ménages consacrent une forte proportion de leurs revenus à la nourriture.
Selon l'IRIS, l'alimentation représente entre 15 et 40 % du panier de calcul de l'inflation dans de nombreux pays émergents. Dans les pays les plus pauvres, elle peut absorber plus de la moitié des dépenses des ménages.
Une augmentation de 10 à 20 % des prix alimentaires peut donc entraîner plusieurs points d'inflation supplémentaires dans certaines économies. Les familles concernées disposent de peu de possibilités pour réduire ces dépenses indispensables.
Pour limiter les conséquences sur la population et les producteurs, plusieurs gouvernements ont augmenté leurs aides publiques. L'Inde prévoit notamment au moins 20 milliards de dollars de subventions aux engrais pour la campagne agricole 2026-2027, selon les estimations rapportées par l'IRIS.
L'Indonésie et le Bangladesh ont également prévu des dépenses importantes, tandis que l'Union européenne a adopté en avril un dispositif temporaire permettant aux États membres de soutenir certaines entreprises et exploitations agricoles touchées par la hausse des coûts énergétiques.
Ces mesures permettent d'amortir une partie du choc, mais elles pèsent sur des finances publiques parfois déjà fragiles.
La Banque mondiale prévient que les perspectives pourraient se dégrader davantage si plusieurs perturbations se produisaient simultanément. Dans son scénario défavorable, les prix mondiaux des matières premières alimentaires pourraient dépasser de 12 % les niveaux prévus pour 2027.
À l'inverse, une amélioration des récoltes, une reprise des exportations en mer Noire et une détente des marchés énergétiques pourraient limiter les hausses. Les prochains mois seront donc déterminants pour les coûts agricoles, avant même leur éventuelle répercussion dans les prix payés par les consommateurs.