La hausse du coût des engrais, les tensions sur le diesel et les perturbations des exportations de blé pourraient alimenter une nouvelle augmentation des prix alimentaires. Dans une note publiée le 5 novembre 2026, l’IRIS met en garde contre des conséquences particulièrement lourdes pour les ménages et les finances publiques des pays émergents.
Prix alimentaires : l’IRIS alerte sur une nouvelle vague d’inflation mondiale en 2027

Les prix alimentaires pourraient subir de nouvelles pressions en 2027. Dans une note consacrée aux risques pesant sur les marchés agricoles mondiaux, publiée le 5 novembre 2026, l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) décrit une accumulation de chocs susceptibles de renchérir les coûts de production et de perturber les approvisionnements.
Son auteur, Alexandre Roussel, met notamment en avant la crise du détroit d'Ormuz, les tensions sur les engrais, le coût élevé des carburants et les difficultés rencontrées par les exportateurs de céréales.
La note souligne que certaines conséquences pourraient n'apparaître que dans plusieurs mois, notamment lorsque les difficultés d'approvisionnement en engrais se répercuteront sur les décisions agricoles et les récoltes.
Engrais, diesel, céréales : plusieurs hausses se cumulent
Les engrais constituent un premier facteur de tension. Le blocage du détroit d'Ormuz a fortement perturbé les exportations de matières premières nécessaires à leur fabrication.
Le prix de l'urée est passé d'environ 400 dollars la tonne en janvier 2026 à 850 dollars en avril, avant de redescendre sous les 400 dollars en septembre. Malgré ce repli, la Banque mondiale prévoit, selon les chiffres repris par l'IRIS, une augmentation moyenne de 21 % du prix de l'urée sur l'année 2026.
Les engrais phosphatés connaissent une situation différente. Leurs prix ont augmenté d'environ 30 % depuis le début du conflit, notamment en raison des tensions sur le soufre, un composant nécessaire à leur production.
Le diesel représente une autre source de renchérissement. Selon les données de S&P Global Institute citées par l'IRIS, ce carburant compte normalement pour 5 à 8 % des coûts opérationnels d'une exploitation agricole aux États-Unis.
L'écart entre le prix du pétrole brut et celui du gazole, habituellement compris entre 12 et 20 dollars par baril, a atteint 100 dollars en septembre 2026 avant de revenir autour de 70 dollars en octobre.
Ces tensions s'ajoutent aux perturbations du commerce des céréales. Les attaques contre les infrastructures d'exportation russes et ukrainiennes ont réduit les capacités de transport de deux pays représentant ensemble 27 % des exportations mondiales de blé.
D'après les données de la Banque mondiale reprises dans la note, les prix des céréales ont progressé de 9 % au troisième trimestre 2026, tandis que ceux du blé ont augmenté de 40 % sur les douze derniers mois.
Ces évolutions concernent les marchés internationaux. Leur transmission aux prix payés par les consommateurs dépend notamment des coûts de transformation, du transport et des mécanismes de soutien nationaux.
Une hausse alimentaire de 10 à 20 % pourrait peser lourdement sur l'inflation
L'IRIS s'inquiète particulièrement des conséquences dans les économies émergentes et les pays pauvres.
Selon les chiffres présentés dans la note, l'alimentation représente entre 15 et 40 % du panier de consommation servant au calcul de l'inflation dans les pays émergents. Dans les pays les plus pauvres, les dépenses alimentaires peuvent dépasser 50 % du budget des ménages.
Une augmentation de 10 à 20 % des prix alimentaires pourrait donc contribuer à plusieurs points supplémentaires d'inflation dans certaines économies, en fonction du poids de l'alimentation dans leur indice des prix.
La pression est d'autant plus importante que les dépenses énergétiques augmentent parallèlement. Dans un pays émergent, l'alimentation et l'énergie peuvent représenter ensemble 40 à 60 % du revenu d'un ménage moyen, selon les estimations citées par l'IRIS.
L'auteur rappelle également que l'épisode El Niño de 2014-2015 avait été associé à une hausse des prix alimentaires de l'ordre de 10 %, d'après S&P Global Institute. L'épisode actuel pourrait être plus puissant et intervient dans un contexte de tensions énergétiques et commerciales particulièrement importantes.
Les subventions aux engrais alourdissent les dépenses publiques
Face à ces risques, plusieurs gouvernements augmentent leur soutien aux agriculteurs.
Selon l'IRIS, l'Inde devrait consacrer au moins 20 milliards de dollars aux subventions pour les engrais pendant la campagne 2026-2027. L'Indonésie pourrait dépenser jusqu'à 3 milliards de dollars, tandis que le Bangladesh prévoit entre 2,2 et 2,5 milliards de dollars.
L'Union européenne a également mis en place, fin avril 2026, un cadre temporaire permettant notamment aux États membres de soutenir les exploitations agricoles confrontées à la hausse du prix des carburants et des engrais.
Ces aides visent à empêcher que le renchérissement des intrants ne provoque une dégradation trop importante de la production agricole. Elles représentent toutefois une charge supplémentaire pour des budgets publics parfois déjà contraints.
L'ampleur de la hausse future des prix alimentaires reste incertaine. Elle dépendra notamment de l'évolution du conflit autour d'Ormuz, des exportations céréalières de la mer Noire et des conséquences agricoles d'El Niño.
Pour l'IRIS, c'est la convergence de ces différents facteurs qui constitue aujourd'hui le principal risque pour l'inflation alimentaire et le pouvoir d'achat dans les mois à venir.