Alimentation : pourquoi le prix des courses risque de flamber ?

La tension géopolitique au Moyen-Orient pourrait rapidement se transformer en tension sur les prix alimentaires. Entre flambée des engrais, hausse du pétrole et perturbations logistiques, plusieurs signaux indiquent que les prix de l’alimentation pourraient encore augmenter dans les prochains mois.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 12 mars 2026 6h26
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Alimentation : pourquoi le prix des courses risque de flamber ? - © Economie Matin
1,1%Les prix des céréales ont progressé de 1,1 % en février 2026 sur un mois.

Depuis début mars 2026, la guerre autour de l’Iran et les perturbations du détroit d’Ormuz alimentent les inquiétudes sur l’évolution des prix à l’échelle mondiale. Le conflit ne menace pas seulement les marchés énergétiques. Il touche aussi un maillon essentiel de l’économie agricole : les engrais et les intrants nécessaires à la production alimentaire.

Cette situation intervient dans un contexte déjà fragile pour les prix de l’alimentation. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’indice mondial des prix alimentaires a atteint 125,3 points en février 2026, en hausse de 0,9 % sur un mois, signe que la pression sur les prix avait déjà commencé à remonter avant même l’aggravation du conflit.

Les prix des engrais sous pression, un risque direct pour l’alimentation

La première tension concerne les engrais, indispensables à la production agricole. Les perturbations du commerce maritime autour du détroit d’Ormuz menacent l’approvisionnement mondial en intrants agricoles. Environ 33 % du commerce maritime mondial d’engrais, soit près de 16 millions de tonnes, transite par cette zone stratégique selon l’UN Trade and Development.

Les conséquences se font déjà sentir sur les marchés. Reuters rapporte que le prix de certains engrais au hub d’importation de La Nouvelle-Orléans est passé de 516 dollars à 683 dollars la tonne métrique en quelques jours. L’urée, l’un des fertilisants les plus utilisés dans le monde, a également augmenté d’environ 80 dollars par tonne. « Cela ne pouvait littéralement pas arriver à un pire moment de l’année », a déclaré l’analyste Josh Linville. Le spécialiste souligne que la hausse intervient alors que les agriculteurs de l’hémisphère Nord préparent les semis de printemps.

D’autres acteurs du marché décrivent une situation particulièrement tendue. « C’est le chaos parce que c’est le printemps. Cette situation ne peut pas durer », a déclaré Cedric Benoist selon Reuters. Concrètement, si les agriculteurs paient leurs engrais plus cher, leurs coûts de production augmentent et cette hausse finit généralement par se répercuter sur les prix alimentaires.

Prix : une tension sur toute la chaîne de consommation

La hausse des prix de l’énergie renforce encore la pression sur les prix de l’alimentation. Le 12 mars 2026, le baril de Brent s’échangeait autour de 100,52 dollars, après avoir atteint un pic de 119,50 dollars quelques jours plus tôt. Cette flambée du pétrole augmente les coûts de transport, de production et de logistique. Or ces dépenses pèsent sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, depuis la ferme jusqu’aux rayons des supermarchés. En effet, explique Reuters, le transport routier représente entre 5 % et 10 % des coûts d’exploitation pour certains distributeurs, ce qui peut rapidement peser sur les prix à la consommation.

Pour les organisations agricoles, le risque est clair. « Une spirale inflationniste tirée par les coûts semble presque inévitable, en commençant par l’augmentation du transport qui touche toute la chaîne, de la ferme à la table », a déclaré Massimiliano Giansanti cité par Reuters.

Les prix agricoles déjà orientés à la hausse avant la crise

Un autre facteur renforce les inquiétudes sur les prix alimentaires : les marchés agricoles étaient déjà en phase de remontée avant l’intensification des tensions géopolitiques. Selon la FAO, plusieurs catégories de produits alimentaires ont enregistré des hausses en février 2026. Les prix des céréales ont progressé de 1,1 %, les huiles végétales de 3,3 % et les prix de la viande de 0,8 %.

La crise géopolitique pourrait amplifier une tendance déjà présente. Pour les analystes économiques, la durée du conflit sera déterminante. « Le facteur clé sera la durée du conflit », a expliqué l’économiste Mabrouk Chetouane dans une analyse citée par Le Monde. Plus le conflit se prolonge, plus les perturbations des chaînes d’approvisionnement risquent de se multiplier. Les analystes de BNP Paribas Securities estiment par exemple qu’un mouvement récent de 15 % sur les prix de l’énergie pourrait ajouter entre 0,15 et 0,30 point de pourcentage à l’inflation globale.

Tensions sur l’offre mondiale et conséquences pour la consommation

Les tensions ne concernent pas seulement les prix mais aussi l’offre mondiale d’intrants agricoles. Certaines installations de production d’engrais ont été arrêtées ou ralentissent leur activité en raison des perturbations énergétiques. QatarEnergy a dû interrompre la production du plus grand site unique d’urée au monde après la perte de son approvisionnement en gaz, ce qui réduit encore l’offre mondiale d’engrais.

Dans le même temps, la Russie, qui représente environ 20 % du commerce mondial d’engrais, ne pourrait pas compenser rapidement un éventuel manque d’approvisionnement mondial. Certaines capacités de production ont été temporairement affectées, notamment après une attaque ayant mis hors service environ 5 % de la capacité de production d’un site industriel russe, souligne Reuters.

Pour les pays importateurs, l’exposition est particulièrement forte. L’Inde, par exemple, achète plus de 40 % de ses engrais phosphatés et de son urée au Moyen-Orient. Toute perturbation durable du commerce régional pourrait donc rapidement se traduire par des tensions sur les marchés agricoles.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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