Le juge fédéral Brian Cogan a validé l’accord de 38 milliards de dollars entre Visa et Mastercard concernant la réduction des commissions sur les transactions par carte bancaire. Cette décision met fin provisoirement à un litige de près de vingt ans, malgré l’opposition persistante des associations de commerçants qui jugent les mesures insuffisantes.
L’accord à 38 milliards de dollars entre Visa et Mastercard validé par la justice américaine

Un règlement de 38 milliards entériné par la justice fédérale
Le juge fédéral Brian Cogan a validé l'accord révisé de 38 milliards de dollars entre Visa, Mastercard et plus de 12 millions de commerçants américains. Siégeant à Brooklyn, le magistrat qualifie le règlement d'« équitable, raisonnable et adéquat », marquant un tournant dans un contentieux qui oppose depuis 2005 les deux géants du paiement aux détaillants américains. Au cœur du litige : les frais d'interchange, ces commissions prélevées sur chaque transaction par carte dont l'impact économique atteint des proportions colossales.
Les commerçants reprochaient aux réseaux de cartes et à leurs banques partenaires une violation des lois antitrust américaines. L'approbation préliminaire ouvre la voie à un règlement définitif, sous réserve de l'examen des objections déjà annoncées par plusieurs organisations professionnelles.
Une explosion des commissions qui préoccupe les commerçants
Les frais d'interchange de Visa et Mastercard ont atteint 118,8 milliards de dollars en 2025 aux États-Unis, contre 111,2 milliards l'année précédente, selon les données de la Merchants Payments Coalition. Depuis 2009, où ils ne représentaient que 25,6 milliards, les montants ont été multipliés par plus de quatre. Le taux moyen s'établit désormais à 2,36% du montant des transactions, alimentant les griefs des associations de détaillants qui dénoncent cette croissance exponentielle dans un secteur des paiements électroniques en pleine expansion.
La progression constante de ces commissions reflète l'emprise croissante des réseaux de cartes sur l'économie américaine. Chaque transaction génère des revenus substantiels pour les émetteurs et les réseaux, au détriment des marges commerciales des détaillants qui répercutent souvent ces coûts sur les prix de vente.
Réduction des tarifs et flexibilité renforcée pour les commerçants
L'accord prévoit une baisse de 0,1 point de pourcentage des frais de transaction pendant cinq années consécutives. Parallèlement, les taux standard pour les consommateurs seront plafonnés à 1,25% durant huit ans. Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, et Keith Leffler, professeur à l'université de Washington, estiment que ces modifications pourraient générer 38 milliards de dollars d'économies pour les commerçants d'ici 2031.
L'innovation la plus significative concerne l'assouplissement de la règle « Honor All Cards ». Les commerçants pourront désormais accepter de manière sélective les cartes commerciales destinées aux entreprises, les cartes de crédit haut de gamme incluant les cartes de fidélité, et les cartes de crédit standard. Cette flexibilité nouvelle permettra aux détaillants d'ajuster leur stratégie d'acceptation selon leurs contraintes économiques et leur clientèle cible.
Résistances persistantes dans le secteur du commerce de détail
Plusieurs organisations maintiennent leur opposition malgré la validation judiciaire. La National Retail Federation, principale association mondiale du commerce de détail, ainsi que la National Association of Convenience Stores, dénoncent un marché des cartes de crédit qu'elles qualifient de « défaillant ». Doug Kantor, directeur juridique de la NACS, annonce que « de nombreuses autres objections » seront déposées.
Les opposants, parmi lesquels figurent Walmart et la Merchants Payments Coalition, soulignent que les commerçants continueront de payer des tarifs élevés pour accepter les cartes de fidélité et resteront contraints d'« honorer tous les émetteurs » d'un réseau donné. L'accord ne répond pas, selon eux, aux défis structurels du secteur.
Réactions favorables sur les marchés financiers
Les marchés financiers ont accueilli positivement la décision judiciaire. L'action Visa a progressé de 1,7% tandis que celle de Mastercard a gagné 2% lors de la séance suivant l'annonce. L'Electronic Payments Coalition, qui regroupe les réseaux de cartes et les grands émetteurs comme Bank of America, Capital One, Chase et Citibank, salue un compromis « conciliant les intérêts de toutes les parties ».
Cette validation intervient dans un contexte géopolitique complexe où les réseaux de paiement américains font face à des restrictions croissantes dans certains pays. L'évolution rappelle les enjeux analysés dans les marchés émergents face aux tensions géopolitiques actuelles, illustrant la fragilité des positions dominantes dans l'économie mondialisée.
Un précédent prometteur mais encore provisoire
L'approbation préliminaire contraste avec l'accord précédent de 30 milliards de dollars, rejeté en juin 2024 par la juge Margo Brodie qui l'avait jugé insuffisant. Les experts économiques projettent 224 milliards de dollars d'avantages totaux d'ici 2031, bénéficiant à l'ensemble des acteurs économiques, consommateurs inclus.
L'approbation définitive reste néanmoins conditionnée à l'examen des objections déjà annoncées. Comme dans d'autres secteurs où se concentrent des montants considérables, à l'image du coût de l'empreinte climatique des ultra-fortunés, la régulation de ces géants économiques soulève des questions de justice distributive qui dépassent le seul cadre technique. Le règlement marque néanmoins une avancée significative dans l'encadrement d'un secteur dont l'influence sur l'économie américaine ne cesse de croître.
