Ados : la crise du sommeil qui inquiète les médecins

Ados épuisés, nuits trop courtes, fatigue chronique. Aux États-Unis, les données scientifiques récentes décrivent une dégradation rapide du sommeil des adolescents depuis plus de quinze ans. Si les écrans sont souvent accusés, les chercheurs évoquent désormais une crise plus large, liée aussi à l’organisation scolaire, au rythme biologique et au mode de vie.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Last modified on 9 mars 2026 16h38
Ados : la crise du sommeil qui inquiète les médecins
Ados : la crise du sommeil qui inquiète les médecins - © Economie Matin

Le 8 mars 2026, plusieurs analyses relayées dans la presse médicale ont confirmé une tendance inquiétante : les ados dorment de moins en moins. Selon une étude publiée dans la revue scientifique JAMA et fondée sur les réponses de plus de 120 000 lycéens américains entre 2007 et 2023, le sommeil des ados s’est nettement raccourci. Désormais, une grande majorité d’ados ne dort pas suffisamment durant les nuits d’école, ce qui inquiète les spécialistes du sommeil et de la santé mentale.

Ados et sommeil : une chute spectaculaire du temps pour dormir

Chez les ados américains, la baisse du temps consacré au sommeil est désormais documentée sur plus d’une décennie. Selon l’étude publiée dans JAMA, la proportion d’ados dormant trop peu a fortement progressé. Ainsi, la part d’ados qui dorment sept heures ou moins par nuit est passée de 68,9 % en 2007 à 76,8 % en 2023, selon l’analyse des données du Youth Risk Behavior Survey relayée par Pourquoi Docteur. Près de huit ados sur dix dorment aujourd’hui moins que ce que recommandent les spécialistes. Dans le détail, la progression la plus marquée concerne les nuits extrêmement courtes.

La proportion d’ados dormant cinq heures ou moins par nuit est passée de 15,8 % à 23 % sur la même période, selon l’étude. Parallèlement, la part d’ados qui dorment suffisamment continue de diminuer. Elle dépassait 30 % en 2007 mais est tombée sous les 25 % en 2023. Les recommandations médicales sont pourtant connues. Les organisations américaines de médecine du sommeil indiquent que les ados âgés de 13 à 18 ans devraient dormir entre huit et dix heures par nuit, selon les recommandations rappelées dans l’analyse scientifique. Or, pour une majorité d’ados, cet objectif devient difficile à atteindre dans les conditions actuelles.

Pourquoi les ados dorment moins : au-delà des écrans

Les écrans sont souvent accusés d’être responsables du manque de sommeil des ados. Pourtant, les chercheurs insistent sur une réalité plus complexe. Les données scientifiques montrent que la baisse du sommeil concerne presque tous les ados, même ceux qui n’ont pas d’usage intensif des réseaux sociaux ou des jeux vidéo. Selon l’étude, plusieurs facteurs structurels expliquent ce phénomène : journées scolaires longues, activités extrascolaires nombreuses, vie sociale dense et horaires matinaux très précoces.

La biologie joue également un rôle central dans le sommeil des ados. À la puberté, l’horloge interne se décale naturellement. La Dre Courtney Bancroft explique ainsi : « Le décalage de l’horloge biologique chez les adolescents correspond à un changement de rythme circadien cérébral par rapport à l'enfance. Ils ne commencent donc à produire de la mélatonine que vers 23 heures, ce qui signifie qu'ils ne ressentent pas vraiment le sommeil avant cette heure-là », a-t-elle déclaré selon Pourquoi Docteur. Ce décalage biologique crée un conflit direct avec les horaires scolaires. Les ados s’endorment plus tard, mais doivent souvent se lever très tôt pour aller au lycée. Plusieurs organisations médicales recommandent donc de retarder le début des cours à 8 h 30 ou plus tard, afin de mieux respecter le rythme physiologique des ados, selon les recommandations évoquées dans l’analyse scientifique.

Un risque pour la santé mentale et cognitive

La réduction du sommeil chez les ados n’est pas une simple question de fatigue. Elle s’accompagne d’effets documentés sur la santé mentale et cognitive. Les études indiquent que les ados qui dorment trop peu présentent davantage de troubles de l’humeur, notamment anxiété et dépression. Les chercheurs soulignent aussi les impacts sur les performances scolaires et le développement cérébral.

Dormir moins de cinq heures par nuit est notamment associé à des difficultés de régulation émotionnelle, à une baisse des résultats scolaires et à un risque accru de problèmes de santé, comme l’obésité ou le diabète. Certains travaux montrent même des effets sur le cerveau des ados. Une étude menée sur 177 adolescents de 14 ans a mis en évidence que les jeunes dormant moins de sept heures en semaine présentaient des volumes plus faibles de matière grise dans certaines régions cérébrales impliquées dans l’attention et la concentration, selon les résultats rapportés par Doctissimo.

Face à cette situation, plusieurs spécialistes parlent désormais d’une véritable crise du sommeil chez les ados. La Dre Courtney Bancroft résume ainsi l’ampleur du phénomène : « Le véritable enjeu, c'est la crise du sommeil chez les adolescents, une crise qui s'est aggravée. C'est devenu une grave urgence de santé publique », a-t-elle déclaré selon Pourquoi Docteur. Dans ce contexte, les chercheurs plaident pour des interventions collectives. Les auteurs de l’étude publiée dans JAMA expliquent : « Ces tendances soulignent la nécessité d'interventions à l'échelle de la population chez les adolescents. Par exemple, un horaire de début des cours plus tardif peut favoriser un sommeil plus long, ce qui pourrait améliorer la santé mentale et l'engagement scolaire », ont indiqué T. Greg Rhee et ses collègues.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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