Un groupe industriel privé attire les investisseurs à un taux inférieur à celui de la République française. Ce n'est pas une anecdote financière : c'est un signal d'alarme retentissant sur la crédibilité de nos finances publiques. Et personne, ou presque, n'en parle.
3 200 milliards €
Le montant de la dette publique française, qui pousse les investisseurs à préférer le risque Air Liquide au risque France.
Quand Total ou Air Liquide valent mieux que la France
Il y a des faits qui, en d'autres temps, auraient provoqué une tempête politique. Cette semaine, Air Liquide a émis des obligations en euros sur les marchés financiers. Résultat : les investisseurs ont accepté de prêter leur argent au géant industriel français à un taux *inférieur* à celui exigé pour prêter à l'État français. Lisez bien : une entreprise privée, aussi solide soit-elle, est jugée plus fiable que la France par les marchés.
Ce n'est pas un détail technique réservé aux salles de marché. C'est la traduction brutale d'une réalité que nos dirigeants refusent d'affronter : la France est devenue un mauvais risque. Pas encore la Grèce de 2010 — soyons précis — mais un pays dont la signature se dégrade année après année, budget après budget, promesse après promesse non tenue.
Force est de constater que nous avons accumulé 3 200 milliards d'euros de dette publique, soit plus de 110 % de notre PIB. Chaque Français, du nourrisson au retraité, naît ou vit avec environ 46 000 euros de dette sur les épaules. Et la facture d'intérêts annuelle dépasse désormais les 60 milliards d'euros — davantage que le budget de l'Éducation nationale.
Lecornu gère l'urgence, personne ne gère l'essentiel
Pendant ce temps, le gouvernement Lecornu est dans la tempête : contestation lycéenne, prix du carburant, bouclage du budget 2027. Les urgences s'accumulent, et je comprends que la gestion quotidienne soit épuisante. Mais qui, à Matignon ou à Bercy, s'occupe vraiment du fond ?
Réduire le déficit structurel de la France n'est pas une option idéologique : c'est une nécessité arithmétique. Quand les marchés financiers préfèrent prêter à Air Liquide plutôt qu'à l'État, ils envoient un message limpide : *vous dépensez trop, vous réformez trop peu, et votre trajectoire n'est pas crédible*. Ce jugement-là ne se combat pas avec des discours. Il se combat avec des actes.
Regardons ce que font nos voisins. L'Irlande, dont le budget vient d'être présenté cette semaine, affiche un *excédent* budgétaire. Dublin peut se permettre de baisser les impôts de ses citoyens parce qu'elle a su, pendant des années, tenir ses comptes. La Suisse plafonne constitutionnellement ses dépenses. L'Allemagne, malgré ses propres difficultés conjoncturelles, garde une culture de la rigueur budgétaire que nous avons abandonnée depuis des décennies.
Le programme Le Pen : bonnes intentions, grande inconnue
Marine Le Pen a présenté ce mardi son plan économique pour la présidentielle, promettant de plafonner la dette à 60 % du PIB et de réduire le déficit. Les analystes sont sceptiques — et ils ont raison de l'être. Non pas parce que l'objectif est mauvais, bien au contraire : c'est exactement ce que je défends depuis des années. Mais parce que les chiffres présentés ne bouclent pas, et que promettre la rigueur sans détailler les coupes précises, c'est de la politique-fiction.
La vraie question n'est pas *qui* promet de redresser les finances publiques. C'est *qui est capable de le faire vraiment*, en taillant dans la dépense publique avec courage, sans céder aux corporatismes et aux lobbies syndicaux.
Ce mardi, pendant que les politiques communiquaient, Air Liquide levait des fonds moins chers que la France. Le marché a parlé. La question est : qui va enfin l'écouter ?

