Le député écologiste Boris Tavernier propose d’obliger les supermarchés à vendre 100 produits alimentaires sains à prix coûtant, sans marge bénéficiaire. Un dispositif de neutralité économique vise à garantir l’accès à une alimentation de qualité pour tous, tout en préservant l’équilibre financier des distributeurs.
Alimentation : bientôt un panier de courses à prix coûtant dans tous les supermarchés ?

Acheter des légumes frais, des produits laitiers et des denrées nutritives sans voir son budget exploser : voilà la promesse portée par une proposition de loi déposée le 7 juillet 2026 par le député écologiste Boris Tavernier. L'objectif affiché ? Obliger les distributeurs à vendre un panier de produits sains à prix coûtant, c'est-à-dire sans aucune marge bénéficiaire. Une initiative qui répond aux demandes pressantes de 37 associations de consommateurs, mobilisées depuis avril pour garantir l'accès à une alimentation de qualité, quel que soit le niveau de revenus.
Le panier de courses qui ne rapporte rien aux distributeurs
Le principe semble simple : imposer aux supermarchés de proposer en permanence une sélection de denrées alimentaires à un tarif n'excédant pas leur coût d'achat. Concrètement, les enseignes ne pourraient plus ajouter leur marge habituelle sur ces produits. Selon Le Figaro, Boris Tavernier a présenté son texte à la presse le 8 juillet, en insistant sur l'urgence sanitaire et sociale. « Pouvoir se nourrir sainement ne devrait dépendre ni du niveau de revenu, ni du lieu de résidence », a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse.
Qu'est-ce que la neutralité économique ?
La clé du dispositif repose sur un concept baptisé « neutralité économique ». « Les distributeurs ne doivent ni perdre ni gagner d'argent sur l'ensemble des références composant le panier », explique Boris Tavernier. Autrement dit, si certains produits du panier sont vendus légèrement en dessous du coût (pour absorber les frais logistiques), d'autres devront compenser en étant proposés exactement au prix d'achat. L'équilibre global doit rester nul : zéro euro de bénéfice, zéro euro de perte. Un exercice d'équilibriste qui interroge les acteurs de la grande distribution, habitués à des marges moyennes oscillant entre 20 et 35 % sur les produits alimentaires frais.
Combien d'argent les ménages pourraient-ils économiser ?
Difficile à ce stade de chiffrer précisément les économies réalisables, car la liste exacte des produits concernés reste à définir. Toutefois, si l'on prend l'exemple d'un kilo de tomates vendu habituellement 3,50 euros avec une marge de 30 %, le prix coûtant tomberait autour de 2,70 euros. Sur un panier mensuel de 100 euros de fruits, légumes et produits de base, l'économie pourrait atteindre 20 à 25 euros par mois, soit près de 300 euros par an pour un ménage moyen. Un montant non négligeable pour les foyers modestes, qui consacrent en moyenne 15 à 20 % de leur budget aux courses alimentaires. Les associations de consommateurs, qui réclamaient l'accès à 100 produits sains à prix coûtant dans leur lettre ouverte adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu début avril, ont salué la proposition comme « équilibrée, réaliste et applicable ».
100 produits sains : lesquels seront concernés ?
Le texte de loi ne détaille pas encore la composition précise du panier, mais la logique sanitaire guide les choix. Seront privilégiées les denrées contribuant à la protection de la santé publique : fruits et légumes de saison, céréales complètes, légumineuses, produits laitiers non transformés, viandes maigres et poissons. L'idée est d'exclure les produits ultra-transformés, riches en sucres ajoutés, sel ou graisses saturées. Selon Sud Ouest, ces références ne représenteraient qu'une part très limitée des centaines de produits présents dans les rayons, afin de ne pas déséquilibrer l'économie globale des enseignes.
Des fruits et légumes aux produits laitiers : la composition du panier
Les fruits et légumes frais constitueront probablement le cœur du dispositif, représentant environ 40 à 50 % des 100 références. Viendront ensuite les produits laitiers basiques (lait, yaourts nature, fromage blanc), les œufs, les céréales complètes (riz, pâtes, pain), les légumineuses (lentilles, pois chiches) et quelques protéines animales peu transformées. L'objectif est de couvrir les besoins nutritionnels essentiels sans tomber dans le luxe ni la malbouffe. Les critères de sélection devront être précisés par décret, en concertation avec les nutritionnistes et les acteurs de la filière agroalimentaire. Une approche qui rappelle les paniers anti-inflation lancés par certaines enseignes en 2023, mais avec une obligation légale et un contrôle renforcé.
Comment les supermarchés compenseront-ils cette perte de marge ?
La question taraude les directions commerciales des grandes enseignes. Si la neutralité économique empêche de perdre de l'argent sur le panier global, elle oblige à revoir la stratégie tarifaire. Les distributeurs devront mécaniquement augmenter leurs marges sur d'autres catégories de produits (épicerie sucrée, boissons, produits d'entretien) pour maintenir leur rentabilité globale. Un phénomène de vases communicants qui pourrait renchérir le coût des produits non concernés par la loi.
Le modèle économique : une redistribution des marges
Dans les faits, les supermarchés pratiquent déjà une forme de subventions croisées : ils vendent certains produits d'appel (baguette, lait) à faible marge pour attirer la clientèle, puis se rattrapent sur les articles à forte valeur ajoutée. La proposition de loi systématise et encadre juridiquement ce mécanisme. Les enseignes devront prouver chaque trimestre que leur panier de 100 produits respecte bien la neutralité économique, sous peine de sanctions financières. Un dispositif de contrôle qui nécessitera des moyens humains et techniques conséquents, tant pour les distributeurs que pour les autorités de régulation. Reste à savoir si les petits commerces et les enseignes de proximité, aux volumes d'achat moins importants, pourront absorber cette contrainte sans mettre en péril leur équilibre financier. Cette dimension pourrait peser sur l'économie locale, notamment dans les zones rurales où la concurrence est moins dense.
Les questions que se posent les distributeurs
Plusieurs zones d'ombre subsistent. Comment définir précisément le « prix coûtant » d'un produit, alors que les coûts logistiques, de stockage et de personnel varient selon les enseignes ? Qui validera la liste des 100 produits, et à quelle fréquence sera-t-elle révisée pour intégrer les variations saisonnières ? Les distributeurs craignent également un effet d'aubaine : si les consommateurs concentrent leurs achats sur le panier à prix coûtant, le chiffre d'affaires global pourrait baisser, fragilisant les marges sur les autres produits. Enfin, la question de l'origine des produits (français, européen, importé) demeure floue. Privilégier les circuits courts augmenterait les coûts d'approvisionnement, rendant l'équilibre économique plus difficile à atteindre. Ces interrogations techniques devront trouver des réponses concrètes avant l'examen du texte à l'Assemblée nationale, prévu dans les prochaines semaines.
