L’Allemagne s’apprête à tester les missiles de croisière ukrainiens Bars début 2027, avec une commande potentielle de plusieurs centaines d’unités. Une coentreprise ukraino-allemande produit déjà ces armements sur le sol allemand depuis septembre 2026, dans le cadre du programme ‘Build with Ukraine’. Premier achat connu d’armes offensives ukrainiennes par la Bundeswehr, ce partenariat industriel pourrait générer 300 millions d’euros d’investissements et positionner l’Allemagne comme hub manufacturier européen face aux solutions américaines.
Comment l’Ukraine devient fournisseur d’armement de l’Allemagne

Berlin franchit un cap décisif : en testant les missiles ukrainiens Bars dès 2027, l'Allemagne ne se réarme pas seulement, elle investit dans une filière industrielle européenne capable de rivaliser avec les technologies américaines. Un accord d'achat pourrait être signé avant fin 2026, marquant la première acquisition connue d'armes offensives développées en Ukraine pour l'usage propre de la Bundeswehr.
Une coentreprise stratégique au cœur du réarmement européen : le programme 'Build with Ukraine'
La production de missiles Bars en Allemagne illustre un modèle économique inédit. Depuis septembre 2026, une coentreprise ukraino-allemande fabrique ces armements sur le sol allemand, financée par Berlin dans le cadre du programme 'Build with Ukraine'. Selon le Financial Times, un accord signé en juillet 2026 a permis de lancer cette production conjointe, transformant l'Allemagne en hub manufacturier pour l'industrie de défense ukrainienne.
Le missile Bars affiche des caractéristiques compétitives : portée maximale de 1 000 km et charge utile de 105 kg selon les variantes. Meduza souligne que "le Bars est le missile à bas coût le plus largement produit d'Ukraine. Il représente le plus grand nombre de lancements, et son utilisation a été la plus minutieusement affinée." Une validation opérationnelle précieuse pour les acheteurs européens cherchant des systèmes éprouvés au combat.
Première livraison : les missiles Bars allemands arrivent en octobre 2026
La cadence industrielle s'accélère. En octobre 2026, le premier lot de missiles Bars fabriqués en Allemagne avec des fonds allemands a été livré à l'Ukraine, démontrant la viabilité opérationnelle de la chaîne de production. Cette livraison intervient seulement trois mois après la signature de l'accord initial, un délai remarquablement court pour l'industrie de défense. Pour l'Allemagne, cette capacité de production domestique répond à un impératif stratégique double : renforcer l'autonomie européenne en matière d'armement tout en générant des emplois qualifiés dans le secteur industriel allemand. La coentreprise crée des retombées économiques directes, notamment en Bavière et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, régions traditionnelles de l'industrie de défense germanique.
La Bundeswehr comme client : une commande potentielle de plusieurs centaines de missiles
Les essais techniques par la Bundeswehr débuteront début 2027, après l'acquisition d'un premier lot de test dont l'accord pourrait être finalisé dans les prochaines semaines. Si ces évaluations s'avèrent concluantes, l'Allemagne envisage une commande de plusieurs centaines d'unités, selon Meduza.
Volodymyr Zelensky a autorisé l'exportation d'armes ukrainiennes en 2026, une décision qui ouvre des perspectives commerciales considérables. L'Ukraine, qui avait suspendu ses exportations militaires après 2022, cherche désormais à générer plusieurs milliards de dollars de revenus via ces ventes internationales. Pour Berlin, commander plusieurs centaines de missiles Bars permettrait d'élargir rapidement son arsenal de systèmes de frappe à longue portée, comblant un retard capacitaire face aux menaces russes.
Coûts unitaires et budget de défense allemand : où s'inscrit cette acquisition
L'équation budgétaire penche en faveur des Bars. Le missile américain Tomahawk coûte entre 4 et 6 millions de dollars l'unité, un montant prohibitif pour des acquisitions massives. Le missile Anthem, concurrent américain à bas coût, affiche un prix dix fois inférieur au Tomahawk, mais reste plus onéreux que les solutions ukrainiennes.
Le budget de réarmement allemand s'élève à 780 milliards d'euros sur cinq ans, un effort colossal piloté par le chancelier Friedrich Merz depuis 2025. Dans ce contexte, acquérir 300 missiles Bars plutôt que 50 Tomahawk pour un budget équivalent change radicalement la capacité de saturation défensive de la Bundeswehr. L'approche privilégie la quantité et la disponibilité rapide plutôt que la technologie premium, une stratégie adaptée aux contraintes économiques allemandes actuelles, similaire à celle adoptée pour les systèmes antiaériens SAMP/T NG.
Enjeux de souveraineté industrielle et compétitivité face aux solutions américaines
Bars vs Anthem : le choix stratégique entre partenaire européen et allié américain
L'Allemagne hésite entre deux approches. Selon le Financial Times, Berlin envisage également d'acheter un petit lot de missiles Anthem américains pour les tester. Covenant Industries, fabricant du Anthem, propose une alternative transatlantique à moindre coût que le Tomahawk. Pourtant, l'achat potentiel du missile ukrainien Flamingo a été suspendu, suggérant une rationalisation des programmes d'évaluation.
Opter pour les Bars renforce une filière industrielle européenne émergente, créant des emplois en Allemagne et consolidant les liens économiques avec l'Ukraine. Privilégier l'Anthem maintient la dépendance aux chaînes d'approvisionnement américaines, même à coût réduit. D'autres pays européens, comme la Pologne avec Anduril, développent également des partenariats industriels en matière d'armement.
Pour l'Ukraine, l'enjeu commercial est vital. Générer des revenus d'exportation en devises fortes stabilise son économie de guerre et légitime son industrie de défense auprès des partenaires occidentaux. Chaque contrat signé avec un pays de l'OTAN valide la qualité des systèmes ukrainiens et ouvre de nouveaux marchés.