Une seule application pour déclarer un déménagement, suivre une demande de carte grise ou recevoir les notifications de l’administration : c’est la promesse d’AMI. Encore en développement, ce futur guichet numérique pourrait profondément simplifier les démarches administratives des Français.
Une seule application pour parler à toutes les administrations : le projet AMI se précise

Une application mobile interministérielle pourrait bientôt devenir le point d’entrée commun des Français vers les services publics. Baptisé AMI, ce projet porté par la Direction interministérielle du numérique et la Direction de l’information légale et administrative vise à réunir dans un même espace des formalités aujourd’hui dispersées entre de nombreux sites et applications.
AMI veut centraliser toutes les démarches administratives
Déclarer ses revenus, signaler un changement d’adresse, modifier une carte grise ou établir une procuration oblige encore les usagers à naviguer entre plusieurs plateformes. AMI doit précisément réduire cette fragmentation en proposant un accès unique, personnalisé et utilisable depuis un smartphone.
L’application pourrait ainsi proposer un catalogue de démarches, conserver une vue d’ensemble des dossiers engagés et transmettre des notifications lorsque leur état évolue. Selon les informations publiées par Acteurs publics, les utilisateurs pourraient notamment y remplir leur déclaration d’impôts, signaler un mariage ou un changement d’adresse, déclarer la perte d’un véhicule, modifier un certificat d’immatriculation ou effectuer une procuration.
Le projet ne vise donc pas uniquement à réunir des liens. AMI devrait proposer une continuité entre les services, éviter certaines reconnexions et présenter au citoyen un tableau de bord administratif commun.
Ce qu’AMI pourrait changer
- Un accès commun aux démarches grâce à FranceConnect
- Des formulaires préremplis à partir des informations déjà communiquées
- Un suivi centralisé des demandes en cours
- Des notifications sur l’avancement des dossiers
- Des recommandations adaptées à la situation et à la localisation de l’usager
Des formulaires préremplis et des informations données une seule fois
L’un des principaux intérêts d’AMI repose sur le principe « Dites-le-nous une fois ». Lorsqu’une administration possède déjà une information, l’usager ne devrait plus avoir à la ressaisir ou à fournir de nouveau le justificatif correspondant.
Dans la pratique, certains formulaires pourraient être automatiquement complétés à partir des données déjà transmises. L’application serait également capable de personnaliser les démarches proposées. Après un déménagement, par exemple, AMI pourrait orienter l’utilisateur vers les services de sa nouvelle commune, les établissements scolaires ou les formalités rendues nécessaires par son changement d’adresse.
Cette logique existe également au niveau européen. Le système OOTS, pour Once-Only Technical System, doit permettre aux administrations des pays de l’Union européenne d’échanger de manière sécurisée certains justificatifs. Le dispositif européen concerne 21 procédures administratives et repose lui aussi sur le principe selon lequel une information détenue au format électronique par une autorité ne devrait pas être réclamée une seconde fois au citoyen.
La promesse d’AMI tient donc autant à la centralisation qu’à la réduction des répétitions. Le portail pourrait connaître la situation administrative de l’utilisateur, lui signaler les démarches pertinentes et afficher l’avancement des dossiers sans l’obliger à consulter successivement plusieurs espaces personnels.
Selon Acteurs publics, une fonctionnalité de notification est déjà testée afin de prévenir l’usager lorsqu’une demande est acceptée. Le média évoque ainsi la possibilité d’un « suivi en temps réel » des démarches depuis le téléphone.
Une application encore en construction, malgré une possible sortie à l’automne
La fiche officielle d’AMI confirme que le service est « en construction ». Le projet est passé en phase d’investigation le 1er mars 2025, puis en phase de construction le 1er avril 2025. Il est porté par l’Opérateur de produits interministériels et sponsorisé par la Dinum ainsi que par la Dila.
Le calendrier d’ouverture reste toutefois à considérer avec prudence. Acteurs publics rapporte qu’une version alpha est testée depuis janvier 2026 et que plusieurs administrations ont déjà pu connecter leurs démarches au dispositif. Une mise à disposition en octobre 2026 est envisagée selon le média, mais cette date n’apparaît pas sur la fiche officielle du projet.
Frandroid évoque également une arrivée possible dès octobre, en reprenant les informations d’Acteurs publics. Le site souligne que l’application pourrait réunir FranceConnect, des formulaires préremplis et un suivi centralisé des demandes.
À ce stade, beta.gouv.fr ne publie ni budget, ni statistiques d’usage, ni matrice d’impact, ni analyse de risque concernant AMI. L’évaluation du service selon les standards de qualité de beta.gouv.fr n’a pas encore été réalisée.
Il serait donc prématuré de présenter AMI comme une application achevée ou de garantir son lancement à une date précise. Le projet dispose néanmoins d’une équipe identifiée, d’un code source public et de développements utilisant notamment Python et JavaScript.
Les données sensibles devraient rester sur le smartphone
La centralisation des démarches pose inévitablement la question de la sécurité. Une application capable d’accéder à des informations fiscales, familiales, électorales ou liées à un véhicule pourrait devenir une cible particulièrement sensible.
D’après Acteurs publics, AMI devrait stocker localement les données personnelles les plus sensibles, directement sur le téléphone. Seul un volume minimal d’informations transiterait alors par les serveurs.
Cette architecture devra néanmoins être précisément documentée avant le déploiement public. Il faudra notamment connaître les mécanismes de chiffrement utilisés, les conséquences d’une perte ou d’un vol du téléphone, les conditions de récupération du compte et les modalités de partage des données entre administrations.
AMI devra aussi trouver sa place aux côtés de France Identité. Cette dernière permet déjà d’importer sur son smartphone une carte d’identité, un permis de conduire et, depuis le 30 juin 2025, un certificat d’immatriculation. Le gouvernement souhaite progressivement en faire un portefeuille numérique de documents officiels.
AMI semble poursuivre un objectif différent et complémentaire : France Identité stocke et permet de présenter des titres numériques, tandis que l’application interministérielle doit accompagner la réalisation et le suivi des démarches. Sa fiche officielle la résume d’ailleurs par une formule : « Un assistant pour la vie administrative. »
Le risque d’une simplification réservée aux utilisateurs à l’aise avec le numérique
Une application unique peut rendre les démarches plus lisibles, mais elle ne supprime pas les difficultés liées à l’exclusion numérique. Certains usagers ne possèdent pas de smartphone compatible, maîtrisent difficilement FranceConnect ou hésitent à conserver des documents administratifs sensibles sur leur téléphone.
AMI ne pourra donc pas remplacer entièrement les sites internet, les guichets, les accueils téléphoniques et l’accompagnement humain. Son efficacité dépendra également du nombre d’administrations réellement connectées au socle commun. Une application centralisée perdrait une grande partie de son intérêt si elle se contentait de rediriger fréquemment l’utilisateur vers des interfaces extérieures très différentes.
Le projet doit enfin éviter d’ajouter une nouvelle application à un paysage déjà fragmenté. Impots.gouv, Ameli, France Identité, Simplimmat ou encore les services de l’Agence nationale des titres sécurisés répondent chacun à des besoins particuliers. Pour s’imposer, AMI devra réellement orchestrer ces services et non simplement les juxtaposer.
