Si pour une grande majorité de français, l’automobile reste le symbole de l’autonomie et de la liberté, l’horizon réglementaire, environnemental et économique instable, amène certains conducteurs à revoir leur copie. Ainsi, 15% des français(1) se disent prêt à s’aventurer vers de nouveaux sentiers pour une mobilité plus flexible et 1 français sur 4 possédants(2) une voiture pourrait y renoncer dans le futur.
De la voiture autonome au car-sharing : quel avenir pour l’assurance auto ?

Un changement de paradigme, qui place le véhicule, autrefois considéré comme bien de possession en objet d’usage. Ce virage à 180° incite aussi les compagnies d’assurance à arpenter de nouveaux chemins mais vers quelle direction ?
L’assurance auto s’est construite sur un modèle où chacun possédait une voiture, en était responsable, et la conduisait lui-même. Un siècle plus tard, les pratiques ont évolué. Et si le monde assurantiel persiste, force est de constater que les usages bousculent les lignes bien établies des contrats d’assurance auto. Le véhicule personnel cède du terrain à l’autopartage, au leasing, aux flottes mutualisées et au covoiturage. Selon l’ADEME(3) un véhicule en autopartage peut remplacer jusqu’à huit voitures individuelles et permettrait de libérer jusqu’à 3 places de stationnement en zone urbaine. Ce glissement ne relève pas d’une mode, mais d’une dynamique de fond. Hausse du coût de la vie, développement des zones à faibles émissions, transition écologique et nouvelles attentes sociales : les moteurs du changement sont multiples et dans les grandes villes, jusqu’à 40 % des 18-30 ans n’envisagent même plus d’acheter une voiture(4). La mobilité devient un service, non un bien.
Des mutations qui redessinent aussi la carte du risque et une révolution qui s’accélère avec l’essor des véhicules autonomes. La responsabilité se déplace ainsi du conducteur vers le constructeur, l’éditeur de logiciel ou l’opérateur de mobilité créant un carrefour de possibilités en cas d’incident. Pendant ce temps le flou juridique persiste malgré les premières avancées réglementaires (règlement UE 2021-443)(5). Mais alors, comment indemniser un sinistre causé par une défaillance algorithmique, un capteur défaillant ou un piratage à distance ?
Car ces nouveaux risques sont déjà là. En 2024, un livre blanc co-publié par BCA Expertise et Orange Business révélait qu’1 vol sur 5 dans les voitures de nouvelle génération se faisait avec une cyberattaque(6). Les actes malveillants ne sont plus hypothétiques : piratages de GPS, déverrouillage à distance, détournement de données personnelles… Et pourtant, peu de contrats les intègrent réellement. Le risque est bien là, mais toujours périphérique dans les grilles assurantielles classiques.
Face à cela, certains acteurs innovent. Des formules comme le « pay as you drive » ou le « pay how you drive » gagnent du terrain, personnalisant les primes selon l’usage ou le comportement. Les formules d'assurance auto connectée gagnent du terrain en France et les constructeurs de véhicules connectés développent leurs propres assurances. Ces nouveaux modèles montrent une voie possible, celle d’une assurance dynamique, contextualisée, incitative.
Mais l’enjeu dépasse la tarification. Il s’agit de repenser le rôle de l’assurance dans un écosystème mobile, partagé, automatisé. Plus que jamais, l’assurance auto doit devenir un levier de confiance dans une mobilité fragmentée et technologique. Cela implique des garanties modulables, des partenariats avec des entreprises de la tech pour prévenir les risques technologiques, une régulation à la hauteur des enjeux cyber et une redéfinition des responsabilités juridiques.
En définitive, l'évolution des mobilités et ses implications sur l'assurance auto ne sont pas seulement une question d’adaptation technologique, mais aussi une opportunité pour repenser profondément le modèle économique et social de ce secteur. Si la transition est bien menée, elle pourrait ouvrir la voie vers une meilleure personnalisation des offres, plus respectueuse de l’environnement et plus équitable pour les usagers. Les entreprises d'assurance doivent se positionner en acteurs de cette transformation, en alliant innovation, anticipation des besoins, responsabilité sociale et partenariats avec des entreprises de la tech. Face à un avenir en pleine mutation, la seule constante sera celle du changement. Il est temps pour l’assurance de reprendre la route et de se positionner en tant qu' éclaireur des pratiques de demain.
5 LegiFrance : Avril 2021
