La Banque du Japon va porter ses ventes annuelles de fonds indiciels cotés à 860 milliards de yens en valeur comptable dès janvier 2027, contre 330 milliards jusqu’ici. Cette réduction plus rapide de son portefeuille d’actions intervient alors que l’institution maintient son taux directeur à 1,25 % et revoit à la hausse ses prévisions d’inflation.
Japon : la banque centrale accélère la vente de ses ETF boursiers

La Banque du Japon a décidé vendredi 30 octobre 2026 d’accélérer la vente des fonds indiciels cotés (ETF) qu’elle détient depuis ses années de soutien massif aux marchés. À partir de janvier 2027, elle cédera environ 860 milliards de yens par an en valeur comptable, contre 330 milliards jusqu’à présent. Cette décision marque une nouvelle étape dans le retrait progressif de la banque centrale du marché des actions japonaises.
Le communiqué officiel de politique monétaire précise que le rythme retenu représente environ 0,1 % de la valeur des transactions boursières, contre 0,05 % auparavant. L’institution estime que ses ventes engagées en janvier 2026 se sont déroulées sans perturbation majeure et que l’augmentation des volumes négociés permet désormais d’aller plus vite.
Un désengagement accéléré, mais étalé sur plusieurs décennies
Les 860 milliards de yens correspondent à la valeur comptable des titres cédés, et non au produit attendu de leur vente sur le marché. Selon le document détaillant la décision, leur valeur de marché équivaudrait à environ 2 460 milliards de yens par an, calculée à partir du rapport entre valeur de marché et valeur comptable observé sur les ventes récentes.
À rythme constant, la banque centrale estime qu’il faudrait environ 43 ans pour écouler l’encours détenu à fin septembre 2026, contre 112 ans avec le calendrier précédent. Ces durées sont des estimations fondées sur les montants actuels : elles ne constituent pas une date garantie de sortie définitive. L’établissement conserve la possibilité d’ajuster temporairement ou de suspendre ses ventes en fonction des conditions de marché.
La Banque du Japon avait accumulé ces ETF dans le cadre de sa politique monétaire très accommodante, destinée à combattre la faiblesse durable des prix et de l’activité. Leur cession réduit progressivement une présence publique inhabituelle sur le marché boursier. Reuters souligne que le nouveau calendrier raccourcit nettement la durée théorique de liquidation du portefeuille.
Les taux restent à 1,25 %, mais les risques inflationnistes progressent
Lors de la même réunion, le conseil de politique monétaire a maintenu son taux directeur à 1,25 %, par huit voix contre une. Le membre dissident Hajime Takata proposait de le relever à 1,50 %. La décision sur les ETF a, elle, été adoptée à l’unanimité.
Dans ses nouvelles projections économiques, la banque centrale porte à 2,6 % sa prévision médiane d’inflation pour l’exercice budgétaire 2027, contre 2,4 % en juillet, pour l’indice des prix hors produits alimentaires frais. Elle cite notamment le renchérissement du pétrole, les prix des semi-conducteurs et la faiblesse du yen. La demande mondiale liée à l’intelligence artificielle soutient certains investissements, mais contribue aussi à la hausse du coût de composants industriels.
La politique japonaise évolue ainsi sur deux fronts : un retrait graduel des achats d’actifs hérités de la période de soutien monétaire et une vigilance accrue face aux prix. La banque centrale indique qu’elle continuera d’adapter ses taux en fonction de l’activité, de l’inflation et des conditions financières.
Pourquoi les investisseurs français sont concernés
Le Japon occupe une place importante dans les portefeuilles internationaux, notamment à travers les fonds actions mondiaux et les produits investis sur la Bourse de Tokyo. Un épargnant français exposé aux actions japonaises, directement ou par l’intermédiaire d’un fonds, peut donc être sensible à l’évolution des conditions de marché et du yen.
L’effet de ces ventes dépendra de leur répartition dans le temps, de la liquidité du marché et des autres facteurs qui influencent les cours. La Banque du Japon prévoit précisément de répartir les cessions entre les ETF de son portefeuille et d’en étaler l’exécution. Les variations des marchés technologiques mondiaux et des taux de change constituent d’autres déterminants importants des performances pour un investisseur en euros.
Le nouveau rythme entrera en vigueur en janvier 2027. D’ici là, les investisseurs suivront aussi les prochaines décisions sur les taux japonais, dans un contexte où les banques centrales européennes et américaines affrontent, elles aussi, des pressions inflationnistes liées à l’énergie.