Les bateaux de plaisance pollueraient presque 40 fois plus que les voitures

Une récente étude menée à Marseille révèle que les bateaux de plaisance émettent des niveaux de pollution bien plus élevés que les voitures. Les résultats interpellent les acteurs du secteur maritime et relancent le débat sur l’électrification des moteurs.

Jade Blachier
By Jade Blachier Published on 12 juin 2025 9h25
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Old Port in Marseille. Marseille is the second largest city of France. - © Economie Matin
428 000La France compte aujourd’hui près de 428 000 bateaux de plaisance enregistrés sur son littoral.

Le 6 juin 2025, une étude conduite à Marseille par l’Observatoire régional de la qualité de l’air AtmoSud, en collaboration avec le CNRS, met en lumière un fait méconnu : les bateaux de plaisance pourraient polluer bien plus que les voitures. L’information, passée relativement inaperçue dans le débat public, soulève des enjeux environnementaux majeurs dans un secteur encore peu encadré.

Des bateaux de plaisance plus polluants que les voitures : étude choc

L’étude, réalisée autour du Vieux-Port de Marseille, révèle que les moteurs thermiques des embarcations de plaisance peuvent émettre entre trois et trente-sept fois plus de polluants qu’un véhicule classé Crit’Air 1. Selon Grégory Gille, responsable du pôle mesures chez AtmoSud, des niveaux de dioxyde d’azote atteignant 7 000 microgrammes par mètre cube ont été enregistrés, alors que le seuil réglementaire est fixé à 200 microgrammes par heure dans l’air ambiant. Cette pollution est concentrée dans la zone dite des 300 mètres côtiers, particulièrement fragile sur le plan écologique, où la biodiversité est la plus dense. Dominique Robin, directeur d’AtmoSud, rappelle que la plaisance n’est soumise à aucune contrainte comparable à celle du transport maritime encadré par les conventions MARPOL, ni à celle du secteur automobile.

Pourquoi les moteurs électriques s’imposent

Les résultats de cette étude confortent les défenseurs de la transition énergétique qui militent pour une électrification partielle ou totale de la flotte de plaisance. Les moteurs électriques permettent une réduction significative des émissions de gaz nocifs, améliorent sensiblement le confort sonore et réduisent les vibrations et les nuisances olfactives. Cette technologie, déjà déployée dans d’autres domaines, pourrait également avoir un effet bénéfique sur la protection des écosystèmes marins. Le directeur d’AtmoSud et plusieurs associations locales estiment que le basculement vers ces motorisations est techniquement réalisable à court terme, sous réserve de moyens adéquats.

L’option hybride : entre innovation et pragmatisme

Face aux limites d’autonomie des moteurs entièrement électriques, l’hybridation diesel-électrique est envisagée comme une solution intermédiaire crédible. Elle repose sur la combinaison d’un moteur thermique avec une propulsion électrique, permettant de réduire la consommation tout en prolongeant la durée d’utilisation. Plusieurs projets pilotes sont en cours, notamment dans le Vieux-Port de Marseille, où des prototypes sont testés pour déterminer les meilleures adaptations techniques selon la configuration de chaque navire. Les technologies en cours d’étude visent à répondre aux spécificités de chaque embarcation, avec l’objectif de généraliser cette approche dans les années à venir.

Réactions des acteurs locaux

Michel Lamberti, président de la Fédération des sociétés nautiques des Bouches-du-Rhône, a déclaré avoir été profondément surpris par les données environnementales liées à la plaisance. Il rappelle que les bateaux de plaisance naviguent majoritairement dans une zone côtière particulièrement sensible. Cette prise de conscience, partagée par plusieurs acteurs du secteur, semble ouvrir la voie à une évolution positive. Si aucun témoignage direct de plaisancier n’a été recensé dans les sources officielles, plusieurs initiatives comme celle de l’association Neede Méditerranée montrent un intérêt croissant pour des solutions techniques plus respectueuses de l’environnement marin.

Réglementation et perspectives européennes

Le cadre juridique européen, défini notamment par la directive 2013/53/UE, prévoit une révision des normes applicables aux émissions des moteurs de plaisance. Cette directive permet déjà aux États membres de définir des restrictions d’usage dans certaines zones, incluant des limitations de vitesse ou des obligations d’équipement. En France, ces dispositions restent encore peu appliquées. Toutefois, les évolutions récentes pourraient contraindre les collectivités locales à adopter des mesures spécifiques, notamment pour protéger les zones Natura 2000 ou les parcs marins.

Pour les plaisanciers, une équation technique et économique

La France compte aujourd’hui près de 428 000 bateaux de plaisance enregistrés sur son littoral, dont environ 80 % sont des motorisés, avec un âge moyen estimé à 23 ans. Pour les propriétaires, la perspective d’une transition vers des motorisations plus propres représente un investissement significatif, les moteurs électriques coûtant entre 30 % et 50 % plus cher que leurs équivalents thermiques. Toutefois, des solutions émergent : certaines entreprises locales, comme Ozo, proposent des systèmes de conversion (« retrofit ») permettant d’électrifier des bateaux anciens à des coûts compris entre 3 000 et 12 000 euros. L’entretien réduit et la durabilité des batteries peuvent compenser, sur le long terme, l’investissement initial.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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