BHV Marais : après l’échec de Shein, le redressement judiciaire

Le BHV Marais a demandé son placement en redressement judiciaire le 27 octobre 2026, après une chute de chiffre d’affaires de 274 millions d’euros en 2024 à 21 millions en 2026. La polémique Shein, les émeutes parisiennes et le conflit de trésorerie avec le bailleur Brookfield ont précipité la crise.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 28 octobre 2026 5h37
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BHV Marais : après l’échec de Shein, le redressement judiciaire - © Economie Matin
170 MILLIONS €Entre 2024 et 2025, le chiffre d'affaires s'effondre de 274 à 170 millions d'euros

Le BHV Marais, fleuron du commerce parisien depuis 1856, a demandé son placement en redressement judiciaire le 27 octobre 2026. Derrière la décision de Karl-Stéphane Cottendin, PDG depuis juin 2026, se cache une chute vertigineuse du chiffre d'affaires : de 274 millions d'euros en 2024 à 170 millions en 2025, puis 21 millions pour l'exercice en cours. Une dégringolade provoquée par une succession de crises économiques et commerciales, dont l'arrivée controversée de Shein en novembre 2025 constitue le point de rupture.

La polémique Shein, point de rupture économique

Novembre 2025 : une décision stratégique contestée

L'ouverture de magasins Shein au sein du BHV Marais en novembre 2025 marque un tournant fatal pour l'enseigne historique. L'alliance avec le géant chinois de la fast-fashion, connu pour ses pratiques controversées en matière de conditions de travail et d'impact environnemental, provoque une levée de boucliers immédiate. La clientèle traditionnelle du BHV, attachée à l'image d'un grand magasin parisien de qualité, se détourne massivement. Selon Le Dauphiné Libéré, le magasin était déjà fragilisé par cette collaboration lorsque les difficultés se sont accélérées. Les marques prestigieuses quittent les rayons, refusant de cohabiter avec l'enseigne low-cost. Le positionnement du BHV devient illisible, coincé entre haut de gamme et discount.

Entre 2024 et 2025, le chiffre d'affaires s'effondre de 274 à 170 millions d'euros, soit une perte sèche de 104 millions en douze mois. Challenges confirme que l'exercice 2026 ne génère que 21 millions d'euros, témoignant d'une hémorragie continue. La fréquentation chute drastiquement. Les clients fuient un magasin dont l'identité s'est diluée. La stratégie commerciale censée rajeunir la clientèle produit l'effet inverse : elle chasse les fidèles sans attirer durablement de nouveaux acheteurs. L'expérience Shein, loin de sauver le BHV, précipite sa descente aux enfers.

Les chocs successifs accélèrent l'effondrement

Émeutes parisiennes et pillage du rez-de-chaussée

Les violences urbaines qui frappent Paris durant plusieurs samedis consécutifs achèvent de fragiliser le grand magasin. Le rez-de-chaussée du BHV Marais subit un pillage en règle lors des émeutes. Midi Libre rapporte que le magasin a subi des dégâts matériels importants. Au-delà des pertes directes, l'image du quartier du Marais se dégrade. Les touristes et les Parisiens évitent le secteur par crainte de nouvelles violences. Le centre commercial perd encore des clients, aggravant une situation déjà critique. Les investissements nécessaires pour réparer et sécuriser les lieux creusent davantage le déficit de trésorerie.

Nouvelle direction, anciens problèmes : la reprise de juin 2026

En juin 2026, Karl-Stéphane Cottendin reprend l'exploitation du BHV avec trois autres cadres dirigeants, après le départ de Frédéric Merlin qui avait racheté le fonds en 2023. Merlin cède à perte, incapable de redresser la barre. Cottendin hérite d'un passif colossal : 60 millions d'euros de dettes envers les Galeries Lafayette, 8 millions dus à l'Urssaf, et 98 millions thésaurisés en ne payant pas les fournisseurs. Parallèlement, Brookfield Asset Management devient propriétaire des murs. La nouvelle équipe doit simultanément relancer l'activité commerciale et traiter un endettement abyssal. Quatre mois plus tard, la trésorerie est à sec. Comme l'explique Cottendin au Figaro : « Ce qui manque, c'est la trésorerie pour financer nos projets. »

Le conflit de trésorerie avec Brookfield : l'étincelle finale

Indemnités contractuelles non versées : 27 octobre 2026

La goutte d'eau qui fait déborder le vase provient du différend avec le bailleur Brookfield. Au printemps 2026, le BHV restitue plus de la moitié de ses surfaces à Brookfield dans le cadre d'un accord contractuel. En contrepartie, le magasin devait recevoir des indemnités dépassant 30 millions d'euros. Or, selon la direction du BHV, Brookfield n'a jamais versé ces sommes. Cottendin dénonce publiquement ce blocage, affirmant que ces fonds étaient essentiels pour financer le plan de relance. Sans cet argent, impossible de réapprovisionner les rayons, de mener des campagnes marketing ou de rénover les espaces. Le 27 octobre, la direction dépose officiellement une demande de redressement judiciaire auprès du tribunal des activités économiques de Paris.

Le redressement judiciaire comme bouée de sauvetage

Brookfield réfute catégoriquement ces accusations. Dans un communiqué relayé par BFM TV, le bailleur affirme ne devoir « une quelconque somme au BHV à ce jour » et soutient que le magasin n'a pas respecté ses obligations de mise en conformité des espaces restitués. Le conflit juridique s'enlise. Pour Cottendin, le redressement judiciaire devient la seule issue pour sécuriser l'activité tout en traitant le passif. « Le magasin reste ouvert, les équipes sont en poste et notre ambition est la même. Mais les difficultés de trésorerie ne permettent plus de mener de front les deux chantiers », explique-t-il au Figaro. Une audience devait se tenir le vendredi 30 octobre 2026 pour examiner la demande. Les 700 salariés du BHV attendent désormais la décision du tribunal, entre espoir de sauvetage et crainte de liquidation.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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