La réélection de Luiz Inácio Lula da Silva a provoqué une séance de fortes turbulences sur les marchés brésiliens, lundi 26 octobre. La Bourse de São Paulo a dû interrompre les échanges et le réal s’est nettement déprécié, un choc à surveiller pour les investisseurs européens exposés au pays.
Brésil : la Bourse chute de 13,88 % après la réélection de Lula, le réal décroche

La Bourse brésilienne a terminé lundi 26 octobre 2026 sur une chute de 13,88 %, à 176 608,23 points, au lendemain de la réélection de Luiz Inácio Lula da Silva. La séance a été marquée par une interruption temporaire des échanges, tandis que le dollar s'appréciait de 8,25 % face au réal, à environ 5,40 réais. Ces chiffres de clôture figurent dans le bilan publié par B3, l'opérateur de la Bourse de São Paulo.
Le mouvement dépasse une simple correction boursière. Il traduit une réévaluation brutale des perspectives budgétaires du Brésil, première économie d'Amérique du Sud, après un scrutin dont le résultat a contrarié les anticipations d'une partie des investisseurs.
Une suspension des échanges dès l'ouverture
L'indice Ibovespa a déclenché le mécanisme de sécurité appelé « circuit breaker » après avoir perdu 10 % par rapport à la clôture précédente. Les échanges ont été suspendus pendant trente minutes avant de reprendre. En séance, l'indice a touché un point bas de 169 516,43 points, puis réduit ses pertes pour terminer à 176 608,23 points, selon B3.
Cette interruption sert à laisser aux intervenants le temps de réévaluer leurs ordres lorsque les cours décrochent rapidement. Elle ne constitue ni une fermeture permanente de la place financière ni une mesure décidée par le gouvernement.
Le mouvement a également frappé la monnaie et la dette publique. D'après les données et témoignages recueillis par Reuters, le réal a perdu environ 8,1 % face au dollar sur la journée, après un recul encore plus prononcé pendant les échanges. Le coût de l'assurance contre un défaut souverain brésilien à cinq ans, mesuré par les contrats CDS, est passé de 120 à 144 points de base.
Pourquoi les investisseurs ont changé de position
Une partie du marché avait parié sur la victoire de Flávio Bolsonaro, arrivé en tête au premier tour, et sur une orientation budgétaire plus restrictive. La victoire de Lula au second tour, dimanche 25 octobre, a entraîné un ajustement rapide de ces positions. Les investisseurs attendent désormais des précisions sur la composition de l'équipe économique et sur la trajectoire de la dette publique.
Le Trésor brésilien a annulé des adjudications d'obligations à taux fixe et indexées sur l'inflation prévues dans les jours suivants, selon Reuters. Cette décision illustre les difficultés de financement susceptibles d'apparaître lorsque les taux exigés par les investisseurs s'envolent.
La baisse n'a cependant pas été uniforme. Les chiffres de B3 montrent que Suzano a gagné 10,08 % et Vale 4,01 % au cours de la séance. Les entreprises exportatrices peuvent bénéficier, dans leurs comptes en monnaie locale, d'un dollar plus fort lorsque leurs recettes sont libellées en devises étrangères. À l'inverse, les sociétés fortement endettées ou dépendantes du marché intérieur sont plus sensibles à la remontée des taux.
Quels enjeux pour les épargnants et les entreprises en France ?
Pour un épargnant français, le premier canal est celui des placements exposés au Brésil : fonds d'actions émergentes, ETF spécialisés ou titres de sociétés brésiliennes. Leur valeur peut être affectée à la fois par la baisse des cours et par la dépréciation du réal, selon la devise de cotation, la composition du portefeuille et l'existence éventuelle d'une couverture de change.
Pour les entreprises françaises qui achètent, vendent ou investissent au Brésil, le changement de taux de change peut modifier les prix relatifs et la valeur des flux financiers. Les conséquences dépendent des contrats, des monnaies de facturation et des dispositifs de couverture : une baisse du réal ne produit pas le même effet sur un importateur et sur un exportateur.
Les prochaines indications viendront des nominations économiques de Lula et de ses choix fiscaux. La séance du 26 octobre donne la mesure de la nervosité des marchés, mais l'évolution des investissements, de l'inflation et du coût du crédit dépendra des décisions effectivement prises au cours des prochains mois.