Caravel – Les femmes paient plus cher leurs placements

Interview EconomieMatin réalisée auprès de Marie Janoviez, cofondatrice de Caravel.

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By Interviews Last modified on 23 juin 2026 9h00
femmes placements
Caravel – Les femmes paient plus cher leurs placements - © Economie Matin
28%28 % des femmes seulement estiment s'y connaître en matière d'épargne et de placements

1. Cette étude de l'American Economic Association porte sur 27 000 rendez-vous
dans une banque allemande. Concrètement, quelle ampleur prennent ces
différences de frais entre hommes et femmes, et quel impact cela représente-t-il
sur un portefeuille après 10 ou 20 ans d'investissement ?

Concrètement, si deux épargnants investissent 10 000 euros sur 20 ans, avec un
rendement brut identique de 6 % par an : l'un paie 0,20 % de frais annuels, l'autre 2 %
(ce qui correspond aux frais de gestion courants des fonds maison que l'étude identifie
comme sur-recommandés aux femmes). Au bout de 20 ans, le premier se retrouve avec
environ 30 900 euros. Le second avec environ 21 900 euros. Cela représente neuf mille
euros d'écart, uniquement à cause des frais. Sans compter l'effet cumulatif si l'on parle
de versements réguliers sur une vie entière et sur plusieurs produits d’investissement.

2. Vous mentionnez que les femmes se voient proposer des produits plus coûteux
'à profil équivalent'. Quels sont précisément ces biais : s'agit-il d'une perception
erronée du niveau de risque acceptable par les femmes, de leur capacité
financière, ou d'autres stéréotypes ?

Dans cette étude, les conseillers financiers semblent utiliser un raccourci de genre : une
femme est supposée être moins informée, moins susceptible de comparer ou de
négocier, et donc plus facile à orienter vers un produit coûteux (les femmes affichant en
moyenne une moindre confiance en elles sur les sujets financiers et une moindre
sensibilité au prix). Ce stéréotype, même inconscient, se traduit concrètement par des
produits plus chers et des commissions plus élevées pour le conseiller. C'est légal. C'est
courant, mais c'est inacceptable. D’ailleurs, un chiffre de l'Autorité des marchés
financiers (AMF) démontre le contraire. Même si 28 % des femmes seulement estiment
s'y connaître en matière d'épargne et de placements (contre 51 % des hommes), elles
surestiment moins leurs niveaux réels de compétences financières que les hommes*.

3. Chez Caravel, 63 % de votre clientèle est féminine, soit une proportion inverse
du marché traditionnel. Comment expliquez-vous cet attrait particulier des
femmes pour votre plateforme ? Est-ce lié à votre positionnement sur
l'investissement responsable ou à d'autres facteurs ?

Cela est surtout lié à notre façon de communiquer davantage axée sur les projets de vie
que sur les produits. L’objectif est d’être les plus clairs et les plus transparents possible
pour nos clients. N’étant pas issue du monde de la finance, j’étais moi-même
relativement novice lorsque nous avons lancé Caravel. Cela a fortement influencé notre
approche. Nous sommes également convaincus que l’éducation financière est un levier
majeur pour l’émancipation des femmes. D’ailleurs, nous collaborons beaucoup avec
des partenaires et médias s’adressant aux femmes en particulier. Nous avons même
lancé un podcast Histoires Cash, que j’anime, pour parler de ces sujets, afin de lever les
tabous genrés sur la finance.

4. Au-delà des frais, observez-vous d';autres différences dans la façon dont les
conseillers financiers traditionnels traitent leur clientèle masculine et féminine ?
Comment cela se traduit-il dans les recommandations d'allocation d'actifs ?

Il semblerait que les femmes aient tendance à être plus prudentes lorsqu’elles
investissent, ce qui en fait plutôt de meilleures investisseuses que les hommes à long
terme. Selon l’étude d’Hargreaves Lansdown**, sur trois ans, elles obtiennent en
moyenne 0,81 % de plus que les hommes. Si cette tendance se maintenait sur 30 ans,
elles se retrouveraient avec un portefeuille valant 25 % de plus qu'un homme. Par
ailleurs, les femmes font moins de transactions pouvant générer des frais
supplémentaires, privilégient des fonds avec un historique de rendement stable plutôt
que la spéculation sur des actions individuelles. Elles maintiennent également plus
facilement le cap pendant les périodes de volatilité que les hommes. Autrement dit, ce
que l'industrie interprète comme de la prudence est en réalité une discipline qui paie
sur le long terme. Les femmes devraient davantage se faire confiance !

5. Cette discrimination tarifaire semble largement invisible pour les épargnantes
elles-mêmes. Comment les femmes peuvent-elles concrètement identifier et
éviter ces surcoûts lors de leurs démarches d'investissement ?

Il faudrait commencer par comparer systématiquement les frais de gestion disponibles
dans les documents d'information clé pour l’investisseur (DICI), sachant que l'étude de
American Economic Association identifie des écarts allant jusqu'à 2 % de frais annuels.
Ensuite, il est préférable de privilégier les ETF, dont les frais se situent souvent entre 0,1
% et 0,3 %, contre 1,5 % à 2 % pour les fonds gérés activement, car la différence sur 20

ans peut représenter des dizaines de milliers d'euros. Autre conseil : ne jamais signer
lors d'un premier rendez-vous afin de pouvoir se renseigner et comparer,
éventuellement avec des alternatives moins chères, et surtout ne pas hésiter à
négocier.

6. Vous évoquez un intérêt croissant des femmes pour l'investissement. Quels
changements observez-vous sur le terrain depuis la création de Caravel il y a trois
ans ? Les habitudes d'épargne évoluent-elles réellement ?

Depuis notre création, nous constatons une véritable prise de conscience sur
l’importance de préparer financièrement sa retraite par le biais de placements
alternatifs (plan d’épargne retraite, assurance-vie), du fait de la perte de confiance dans
notre système de retraite actuel. Nous observons aussi de plus en plus de créatrices de
contenus et de médias qui prennent le sujet de l’investissement féminin en main face
aux inégalités constatées. Cela participe à la prise de conscience des femmes de
construire leur indépendance financière. Les chiffres sont d’ailleurs encourageants
depuis plusieurs années. Selon l’AMF*, 46 % des femmes prennent désormais leurs
décisions d'investissement seules, contre 26 % en 2022, et la proportion de femmes
suivant les recommandations d'un professionnel a baissé de 32 % à 23 % en trois ans.

7. La digitalisation des services financiers peut-elle contribuer à réduire ces biais
de genre, en supprimant l'interaction humaine potentiellement discriminante ?
Ou y a-t-il un risque que les algorithmes reproduisent ces mêmes préjugés ?

La digitalisation des services financiers peut contribuer à limiter certains biais en
standardisant davantage les parcours et les critères utilisés pour accompagner les
épargnants. Pour autant, elle n’est pas une garantie en soi : les algorithmes peuvent
également reproduire des biais existants. L’enjeu est donc de s’assurer que les
recommandations reposent sur des critères objectifs et pertinents, indépendamment
du genre. La digitalisation peut par ailleurs rendre l’investissement plus accessible et
plus simple à appréhender.

8. Quelles mesures concrètes l'industrie financière devrait-elle mettre en place
pour garantir une égalité de traitement tarifaire ? Faut-il une régulation
spécifique ou les acteurs peuvent-ils s'autoréguler ?

Il serait intéressant de réfléchir à supprimer les rétrocessions, ou a minima leur opacité.
MiFID 2 (2018) a interdit les rétrocessions pour le conseil indépendant et la gestion de
portefeuille. Depuis 2025, les conseillers doivent en plus archiver la preuve que le client
a compris et accepté tous les frais, rétrocessions incluses. Enfin, il est nécessaire d’en
faire plus en matière de formation financière comme, par exemple, ajouter l’éducation
financière dans les programmes scolaires pour une plus grande égalité face à
l’investissement.

Entrepreneuse depuis plusieurs années, Marie Janoviez cofonde d'abord l'Épicerie Créole en
2018, puis Caravel en 2020. Elle en est aujourd'hui la directrice marketing. Convaincue que
l'éducation financière est un levier d'émancipation pour les femmes, elle porte aussi cette
conviction à travers son podcast Histoires Cash.

Marie Janoviez

Sources
* Les femmes et l’investissement, AMF - Mars 2026
** Hargreaves Lansdown

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