La nomination de Cathy Pianon à la direction de la communication d’Alstom dépasse le simple jeu des mouvements de dirigeants. En la rattachant directement à son directeur général, le groupe industriel reconnaît que, dans une économie mondiale dominée par les rapports de force, la communication n’est plus une fonction d’accompagnement. Elle devient un instrument de compétitivité, d’influence et de souveraineté…
Cathy Pianon chez Alstom : quand la communication devient une arme industrielle

Il faut d’abord mesurer ce que représente Alstom. Présent dans 61 pays, fort de 87 800 collaborateurs et de 19,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, le groupe français ne vend pas seulement des trains, des métros ou des systèmes de signalisation. Il intervient sur des infrastructures stratégiques, engageant les États pour plusieurs décennies et touchant directement à leur souveraineté industrielle, technologique et territoriale. Dans cet univers, la meilleure offre technique ne suffit plus toujours à emporter la décision.
Les contrats se gagnent aussi dans l’opinion, auprès des gouvernements, des élus, des investisseurs et des salariés. Ils dépendent de la capacité d’une entreprise à faire reconnaître sa contribution à l’emploi, à la transition écologique, à l’autonomie stratégique et au développement des territoires. Ils peuvent, inversement, être fragilisés par une controverse, une campagne hostile ou un récit concurrent imposé dans l’espace public.
Une communicante placée au cœur de la décision
C’est pourquoi le rattachement direct de Cathy Pianon à Martin Sion, directeur général d’Alstom, constitue un signal important. La communication corporate, les relations médias, le numérique, la marque, la réputation et la communication interne seront ainsi placés à proximité immédiate du centre de décision. Cette organisation traduit une conception moderne de la fonction : une direction de la communication réellement stratégique ne peut intervenir une fois les décisions prises pour simplement les mettre en forme. Elle doit participer à leur préparation, anticiper leurs conséquences et éclairer les arbitrages du dirigeant.
Le parcours de Cathy Pianon correspond précisément à cette évolution. Au Groupe SEB, elle associait communication, affaires publiques et direction du cabinet du président. Elle avait auparavant exercé des responsabilités chez Euro Disney, Vivendi, Vinci et Bureau Veritas. Autrement dit, dans des entreprises cotées, internationales, exposées à des transformations profondes et à des environnements réputationnels complexes. Elle maîtrise également la communication financière, la gestion de crise et le dialogue avec des parties prenantes aux intérêts souvent contradictoires.
La bataille industrielle est aussi une bataille des perceptions
Cette expérience est d’autant plus précieuse que la compétition économique a changé de nature. Les industriels européens ne se confrontent plus seulement sur les prix, la technologie ou les capacités de production. Ils font face à des stratégies d’influence, à des offensives réglementaires, à des campagnes numériques, à l’instrumentalisation des sujets environnementaux ou sociaux et parfois à la diffusion délibérée d’informations trompeuses. Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) décrit désormais explicitement la lutte informationnelle comme un rapport de force visant à produire des effets sur les perceptions et les comportements.
Dans ce contexte, communiquer ne consiste plus à publier des communiqués et à répondre aux journalistes. Il faut détecter les récits émergents, comprendre qui les fabrique, identifier les intérêts qu’ils servent et savoir réagir avant qu’ils ne structurent le débat. Il faut aussi être capable d’imposer ses propres thèmes, de construire des coalitions et de transformer une expertise industrielle souvent complexe en une démonstration politique et économique intelligible.
Cathy Pianon appartient à cette génération de directeurs de la communication qui a compris que l’entreprise évolue désormais dans un continuum reliant communication, affaires publiques, intelligence économique et stratégie d’influence. Ce n’est pas une invitation à transformer la communication en propagande. Ce serait même une erreur dangereuse. Dans une guerre de l’information, la première force d’une entreprise demeure la solidité de ses preuves, la cohérence de ses actes et la confiance qu’elle inspire.
Un possible effet d’entraînement au sein de l’industrie française
Pour Alstom, l’enjeu sera donc de mieux défendre ses positions, mais aussi de faire rayonner plus fortement ses innovations, ses implantations et sa contribution à la souveraineté ferroviaire européenne. Le groupe possède les réalisations, les technologies et l’empreinte internationale nécessaires. Il lui faut désormais les inscrire dans un récit de puissance industrielle aussi structuré que celui de ses concurrents.
La nomination de Cathy Pianon est, en cela, une bonne nouvelle pour Alstom. Elle pourrait l’être également pour l’ensemble de l’industrie française si elle contribuait à imposer un nouveau standard : celui d’une communication présente au sommet, reliée à la stratégie et capable de mener la bataille des perceptions sans jamais renoncer aux faits. Car dans la compétition mondiale actuelle, ne pas organiser son influence revient souvent à laisser les autres organiser votre réputation.