Le rejet est net et massif. L’idée du Medef de créer un CDI spécifique pour les jeunes payé moins que le SMIC, présenté comme une solution miracle à la crise de l’emploi, suscite une défiance profonde dans l’opinion. Derrière l’argument de la flexibilité, les Français voient surtout une nouvelle forme de précarité, dans un contexte où le travail stable reste un horizon de plus en plus lointain pour toute une génération.
CDI Jeunes : 2 Français sur 3 sont contre, n’en déplaise au Medef

Début février 2026, le Medef a relancé un vieux débat français en proposant la création d’un « CDI jeunes », un contrat de travail à durée indéterminée mais avec des règles de rupture assouplies durant les premières années, en particulier sur le salaire qui serait inférieure au SMIC. Très vite, les réactions ont afflué et la proposition se heurte sans surprise à un rejet majoritaire de la part des Français.
Pourquoi le Medef se heurte à un rejet massif sur le CDI jeunes payé moins que le SMIC ?
Selon l’enquête Elabe pour Les Echos publiée le 5 février 2026, 68 % des Français estiment que la proposition du Medef ne serait pas efficace pour améliorer l’emploi des jeunes. Dans le détail, 30 % la jugent « pas du tout efficace » et 38 % « pas vraiment efficace », selon Elabe. Autrement dit, près de sept personnes sur dix rejettent l’idée même que ce nouveau CDI puisse améliorer l’accès au travail démontrant que le Medef est complètement déconnecté de la réalité du quotidien des Français.
Ce rejet est nourri par une perception claire : pour 66 % des personnes interrogées, le projet du Medef augmenterait avant tout la précarité des jeunes, toujours selon Les Echos. Le mot revient souvent dans les réponses : précarité. Derrière l’appellation « CDI », les Français perçoivent un contrat de travail déséquilibré, dans lequel l’employeur disposerait d’un pouvoir accru de rupture, au détriment de la sécurité des salariés. La proposition de payer les jeunes moins que le SMIC, une manière déguisée de commencer à attaquer le salaire minimum en vigueur en France, ne fait qu’augmenter ce sentiment.
Ce rejet s’inscrit dans un contexte social déjà tendu : 62 % des Français estiment qu’il est aujourd’hui plus difficile pour les jeunes de trouver un emploi stable qu’il y a une génération. Le Medef propose donc un nouveau contrat de travail à une population qui doute déjà de la capacité du système à lui offrir des perspectives durables.
Un CDI jeunes du Medef perçu comme un contrat de travail précarisant
D’un point de vue plus concret, le contenu même de la proposition du Medef cristallise les critiques. Le principe d’un CDI qu’il est possible de rompre sans motif pendant les premières années, avec une indemnisation progressive, rappelle fortement des dispositifs passés. Pour beaucoup, ce contrat de travail ressemble moins à un CDI qu’à un CDD déguisé. Cette impression est renforcée par l’évocation d’une possible rémunération inférieure au SMIC pour les jeunes concernés.
Sans surprise, les jeunes eux-mêmes ne sont pas convaincus. Parmi les 18-24 ans interrogés, 51 % jugent la proposition inefficace, contre 49 % qui la considèrent efficace, selon Elabe pour Les Echos. Ce quasi-équilibre tranche avec l’idée selon laquelle la jeunesse serait massivement favorable à plus de flexibilité. Même chez ceux qui sont directement concernés par le chômage et la difficulté d’accès à l’emploi, le projet du Medef ne fait pas consensus. Le CDI proposé n’apparaît pas comme une garantie, mais comme un pari risqué.
De plus, le contexte du marché du travail renforce ces craintes. En 2024, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 18,8 %, contre 7,7 % pour l’ensemble de la population active, selon les données reprises par plusieurs médias nationaux à partir de sources statistiques publiques. À l’échelle européenne, la moyenne s’établit autour de 14 %. Dans ce paysage déjà fragile, toute réforme du contrat de travail est scrutée avec attention. Le Medef espérait répondre à cette urgence par plus de flexibilité, mais l’opinion y voit surtout une tentative d’affaiblissement du CDI.
Le Medef déconnecté des attentes réelles sur le travail
Ce rejet massif s’explique aussi par un facteur mémoriel puissant. En 2006, le contrat première embauche, ou CPE, avait déclenché une mobilisation sociale d’ampleur avant d’être retiré. Ce contrat permettait déjà un licenciement sans motif des jeunes durant deux ans. Vingt ans plus tard, la proposition du Medef réactive ce souvenir collectif. Même si les modalités diffèrent, l’idée d’un contrat de travail à droits progressifs reste associée à un échec politique et social.
En parallèle, le sondage Elabe montre que les Français identifient clairement d’autres leviers pour améliorer l’emploi des jeunes. 50 % citent le développement de l’apprentissage et de l’alternance comme mesure prioritaire. 43 % évoquent l’adaptation des formations aux besoins réels des entreprises, et 39 % l’amélioration de l’orientation scolaire.
Ce débat révèle une fracture persistante entre la vision patronale du travail et celle de la société. Là où le Medef met en avant la souplesse du CDI comme condition de l’embauche, une majorité de Français continue d’associer emploi et sécurité. Le contrat, le SMIC et la protection contre le licenciement restent des repères forts, notamment pour les jeunes confrontés à un marché du travail instable.
