Changement d’heure le 25 octobre 2026 : pourquoi une date aussi précode ?

Dans moins de deux semaines, la France basculera à l’heure d’hiver le 25 octobre 2026, date la plus précoce possible. Instaurée en 1976 pour économiser l’énergie après le choc pétrolier, cette pratique coûte désormais plus qu’elle ne rapporte. Malgré un consensus de 84% des Européens pour sa suppression, le changement d’heure persiste, bloqué par l’incapacité des États membres à choisir entre heure d’été et heure d’hiver permanente.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 12 octobre 2026 11h30
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Displeased young woman suffering from insomnia and hands with alarm clocks on light background - © Economie Matin
24 au 25 octobreDans la nuit du 24 au 25 octobre, les Français reculeront leurs montres d'une heure

Depuis un demi-siècle, la France ajuste ses horloges deux fois par an, une mesure initiée après le choc pétrolier de 1973-1974. Pourtant, les données économiques actuelles remettent en cause cette pratique : le changement d'heure ne permet plus d'économiser de l'énergie, il en coûte. Dans moins de deux semaines, dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026, les Français passeront à l'heure d'hiver à 3 heures du matin, reculant ainsi leurs montres d'une heure. Cette date correspond au dernier dimanche d'octobre, le moment le plus précoce possible pour ce changement.

Le 25 octobre 2026 : un héritage du choc pétrolier

Le changement d'heure en France a été instauré en 1976, en réponse directe à la crise pétrolière de 1973-1974 qui avait quadruplé le prix du baril. L'objectif était de réduire la consommation d'électricité en alignant les activités humaines sur l'ensoleillement naturel. À l'époque, l'éclairage constituait une part importante des dépenses énergétiques des ménages et des entreprises. On pensait qu'en décalant les horaires, les Français utiliseraient moins leurs lampes en fin de journée. Cette logique avait du sens dans un contexte où les radiateurs électriques et la climatisation étaient peu répandus, et où les ordinateurs n'existaient pas dans les foyers.

En 1998, l'Union européenne a harmonisé les dates de changement d'heure pour tous ses États membres. Depuis lors, le passage à l'heure d'hiver s'effectue le dernier dimanche d'octobre et à l'heure d'été le dernier dimanche de mars. Le 25 octobre 2026 illustre cette règle, car le 31 octobre tombe un samedi. Cette harmonisation s'est faite sans réévaluation économique approfondie du dispositif.

Les économies d'énergie remises en question

Des études récentes contredisent le mythe fondateur du changement d'heure. L'éclairage représente désormais seulement 5 à 10% de la consommation électrique des ménages français, contre plus de 30% dans les années 1970. En revanche, le chauffage et la climatisation représentent aujourd'hui 40 à 60% de la facture énergétique. Le passage à l'heure d'hiver prolonge la période durant laquelle les Français allument leur chauffage le matin, car le soleil se lève une heure plus tard. Les économies réalisées sur l'éclairage du soir sont annulées par les pertes thermiques du matin. De plus, les entreprises consomment davantage d'énergie pour maintenir leurs locaux à température pendant les matinées plus sombres et plus froides.

Au-delà de l'inefficacité énergétique, le changement d'heure entraîne des coûts économiques directs. Les études épidémiologiques montrent une augmentation des accidents cardiovasculaires dans les jours qui suivent le changement, surtout au printemps. Les perturbations du sommeil affectent la concentration et la productivité, entraînant une baisse de rendement dans la semaine qui suit. Les parents d'enfants en bas âge et les personnes âgées, plus sensibles aux dérèglements, subissent des répercussions sur leur efficacité professionnelle et leur santé.

Une large opposition ignorée

En 2018, la Commission européenne a organisé une consultation publique sur le changement d'heure. Résultat : 4,6 millions de citoyens se sont exprimés, un record pour ce type de consultation. Parmi eux, 84% étaient favorables à sa suppression. Ce consensus s'étendait à tous les pays membres et à toutes les catégories socioprofessionnelles. Les citoyens évoquaient les perturbations sanitaires, l'obsolescence énergétique et l'absurdité d'une pratique désuète. Fort de ces résultats, le Parlement européen a voté en mars 2019 pour mettre fin au changement d'heure, avec une mise en œuvre initialement prévue pour 2021.

Malgré cela, les Européens continuent de changer d'heure deux fois par an. Le projet est bloqué au Conseil de l'Union européenne, qui réunit les gouvernements des États membres. Le désaccord porte sur le choix entre l'heure d'été et l'heure d'hiver permanente. Les pays du Nord préfèrent l'heure d'hiver, plus en phase avec le rythme solaire naturel, tandis que les pays du Sud optent pour l'heure d'été, favorable au tourisme. La crise du Covid-19 a ensuite relégué la question au second plan. Ainsi, malgré un consensus citoyen de 84% et un vote parlementaire, la décision politique fait défaut.

Quel avenir pour le changement d'heure ?

Le statu quo est coûteux. Chaque année, les entreprises européennes dépensent des millions d'euros pour adapter leurs systèmes informatiques, reprogrammer leurs équipements automatisés et gérer les perturbations logistiques. À l'inverse, choisir entre heure d'été et heure d'hiver permanente aurait des répercussions sectorielles : l'hôtellerie-restauration privilégie l'été, l'agriculture l'hiver, les transports s'adaptent. Les simulations économiques montrent qu'aucune option ne sera entièrement satisfaisante, mais toutes surpassent le coût du changement biannuel actuel.

En attendant, les Français reculeront leurs montres le 25 octobre 2026 à 3 heures du matin, perpétuant une tradition devenue économiquement contre-productive. Cette mesure d'urgence de 1976 persiste malgré son obsolescence, entravée par un manque de consensus politique sur son remplacement. Comme d'autres habitudes de consommation, le changement d'heure illustre l'inertie des pratiques face aux nouvelles réalités économiques. Reste à savoir combien de temps les Européens continueront à payer le prix de cette indécision collective.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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