Chômage : travailler plus pour toucher moins (longtemps)

Travailler davantage pour percevoir une allocation plus courte : tel est le cap fixé par le gouvernement. Une réforme de l’assurance chômage, engagée dès l’été 2025, promet un durcissement inédit des conditions d’accès et de la durée d’indemnisation, avec pour objectif des économies massives.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 11 août 2025 10h25
Chômage
Chômage : travailler plus pour toucher moins (longtemps) - © Economie Matin
4,8%Pour les seniors (50 ans et plus), la situation est stable : 4,8 % de chômage

Le 9 août 2025, François Bayrou, Premier ministre, a transmis une lettre de cadrage aux partenaires sociaux, ouvrant la voie à une refonte profonde de l’assurance chômage. Cette initiative intervient moins d’un an après une précédente réforme entrée en vigueur le 1ᵉʳ décembre 2024, déjà marquée par un raccourcissement des durées d’indemnisation. Le nouvel objectif est clair : imposer des critères plus stricts et générer des milliards d’euros d’économies.

Deux à quatre milliards d’économies sur le dos des chômeurs

Le cœur du dispositif repose sur une trajectoire financière précise. Entre 2026 et 2029, le gouvernement vise deux à deux virgule cinq milliards d’euros d’économies annuelles, avant d’atteindre au moins quatre milliards par an en régime de croisière dès 2030, selon la lettre de cadrage révélée par Le Monde le 9 août 2025.

Travailler plus longtemps pour ouvrir ses droits au chômage

Aujourd’hui, il faut avoir travaillé huit mois au cours des vingt derniers mois pour bénéficier de l’assurance chômage, contre six mois sur vingt-quatre avant la réforme de 2024. François Bayrou entend aller plus loin. La lettre de cadrage évoque une modification de la durée minimale d’emploi et de la période de référence d’affiliation — actuellement de vingt mois pour les moins de 55 ans et trente-six mois pour les plus de 55 ans.

Concrètement, cette évolution réduirait la période prise en compte pour calculer les droits, ce qui se traduirait par un allongement nécessaire de la période travaillée et, pour certains demandeurs d’emploi, une baisse de la durée d’indemnisation. Selon BFMTV, un chômeur pourrait perdre jusqu’à un mois et demi d’allocation dans certains cas.

Réduire la durée d’indemnisation : un levier déjà activé en 2024

La réforme de décembre 2024, pilotée par Gabriel Attal, a déjà réduit les droits pour les moins de 57 ans de dix-huit à quinze mois, et pour les seniors de vingt-sept à vingt-deux mois et demi. Un mécanisme de modulation existe : si le taux de chômage passe sous 6,5 %, la durée d’indemnisation serait encore réduite à douze mois pour les moins de 57 ans. Selon Le Monde, cette première vague visait 3,6 milliards d’euros d’économies et la création de 90 000 emplois. La réforme de 2025 ne part donc pas d’une page blanche : elle prolonge et amplifie la logique déjà engagée.

Pour défendre la réforme, Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du Travail, rappelle dans BFMTV que la France reste « plus généreuse » que l’Allemagne, l’Espagne ou le Portugal, où la durée de travail exigée est plus longue et la période d’indemnisation plus courte. Cette comparaison sert de socle à l’argumentaire gouvernemental : aligner progressivement la France sur la moyenne européenne pour inciter au retour rapide à l’emploi.

La réforme prévoit néanmoins des mesures spécifiques pour favoriser l’emploi des seniors, comme des incitations au maintien dans l’activité, la révision des dispositifs de retraite progressive et un contrôle accru des ruptures conventionnelles. Les partenaires sociaux sont invités à négocier ces ajustements dans le cadre d’une nouvelle convention d’assurance chômage couvrant la période 2026-2029.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «Chômage : travailler plus pour toucher moins (longtemps)»

Leave a comment

* Required fields