Les congés payés non pris ne disparaissent plus automatiquement. Après une décision majeure de la Cour de cassation, un décret est venu préciser les obligations des employeurs. Pour les entreprises, l’enjeu est désormais financier autant que juridique.
Congés payés : une nouvelle règle qui peut coûter cher aux entreprises

La réforme des congés payés dépasse largement le cadre du droit social. Elle s’impose aujourd’hui comme un sujet économique à part entière, avec des impacts directs sur les coûts du travail, la gestion de trésorerie et les risques de contentieux. La décision rendue fin 2024 par la Cour de cassation, suivie d’un décret d’application début 2025, a profondément modifié l’équilibre entre employeurs et salariés.
Congés payés : un passif social qui entre dans les comptes
Désormais, un salarié ne peut plus perdre ses congés payés si son employeur ne lui a pas permis de les prendre. Cette règle, issue du droit européen et confirmée par la Cour de cassation, transforme les jours de congé non pris en une forme de dette sociale latente. Pour les entreprises, ces droits accumulés peuvent représenter plusieurs semaines de salaire par collaborateur, parfois sur plusieurs exercices comptables.
Dans les secteurs en tension, où les absences sont difficiles à organiser, le risque est réel. Selon les analyses relayées par Capital, certaines entreprises pourraient voir apparaître des provisions significatives dans leurs comptes. Les congés payés cessent ainsi d’être un simple sujet RH pour devenir un élément à surveiller dans la gestion financière globale.
Charge de la preuve : un nouveau risque juridique
Le décret publié en 2025 précise un point clé : c’est à l’employeur de prouver qu’il a effectivement permis au salarié de prendre ses congés payés. Cette inversion de la charge de la preuve accroît mécaniquement le risque de contentieux. Courriels, logiciels de gestion du temps, notes internes deviennent des pièces stratégiques en cas de litige.
Pour les directions financières comme pour les directions des ressources humaines, cette évolution impose une coordination accrue. À défaut, une rupture de contrat peut se traduire par une indemnité compensatrice élevée, venant alourdir le coût des départs. Dans un contexte économique déjà tendu, la question des congés payés devient un facteur supplémentaire d’incertitude.
Congés payés : un levier de compétitivité mal anticipé
Au-delà du risque, certains économistes y voient aussi un signal sur l’organisation du travail. Une entreprise qui laisse s’accumuler les congés payés révèle souvent une surcharge chronique ou une mauvaise allocation des ressources. À l’inverse, celles qui encouragent réellement la prise de congés limitent leur exposition financière tout en améliorant la productivité à long terme.
Le ministère du Travail insiste sur cet aspect préventif. L’objectif affiché n’est pas de sanctionner, mais d’inciter les entreprises à mieux planifier l’activité. Dans cette perspective, les congés payés deviennent un indicateur indirect de santé organisationnelle, scruté de plus en plus attentivement par les partenaires sociaux.
Cette nouvelle donne interroge également les stratégies de négociation collective. Dans de nombreuses entreprises, les congés payés faisaient partie des variables d’ajustement tacites en période de tension économique. Désormais, leur accumulation forcée peut rigidifier les organisations et réduire les marges de manœuvre financières. Pour les directions, le coût potentiel ne se limite plus au versement d’une indemnité : il inclut aussi l’impact sur la planification de la production, la continuité de service et, à terme, la compétitivité. Dans un contexte de ralentissement économique et de pression sur les coûts salariaux, cette réforme agit comme un rappel brutal : le droit social produit des effets économiques concrets, mesurables, et durables.
Les congés payés, un impact diffus mais durable
À l’échelle macroéconomique, l’effet est diffus mais réel. Des millions de jours de congés payés pourraient rester inscrits dans les comptes des entreprises françaises. À court terme, cela pèse sur les bilans. À moyen terme, cela peut aussi soutenir la consommation, si les salariés prennent effectivement ces jours ou perçoivent des indemnités correspondantes.
Derrière une réforme juridique technique, les congés payés deviennent un sujet de coûts, de risques et d’arbitrages stratégiques. Une variable discrète, mais désormais impossible à ignorer dans l’économie du travail française.
