Le Pentagone et Lockheed Martin ont finalisé le 22 octobre 2026 un accord-cadre historique portant sur 850 F-35 Lightning II à produire sur dix ans, avec 7 milliards de dollars d’investissements industriels garantis.
F-35 : 850 avions, 7 milliards investis, le plus gros contrat de l’histoire

Le 22 octobre 2026, le Pentagone et Lockheed Martin ont scellé le plus grand contrat de l'histoire du programme F-35 : 850 avions commandés sur dix ans, 7 milliards de dollars d'investissements industriels garantis, et une cadence de 156 appareils annuels.
Au-delà du volume impressionnant, cet accord-cadre décennal marque un changement de paradigme dans la manière dont le Pentagone sécurise ses approvisionnements militaires. Fini les contrats triennaux qui contraignaient les industriels à des cycles courts. Place à une visibilité financière sans précédent qui permet à Lockheed Martin d'investir massivement dans son outil de production. Michael P. Duffey, sous-secrétaire à la Guerre, l'affirme sans détour : « Nous avons fondamentalement changé notre manière de stabiliser la base industrielle de défense américaine afin de produire rapidement et à grande échelle ».
Un accord-cadre décennal sans précédent : les chiffres qui changent tout
L'engagement porte sur un minimum de 850 F-35 Lightning II à produire entre 2026 et 2036. Lockheed Martin garantit une cadence de 156 avions par an, bien supérieure aux rythmes antérieurs. Pour contextualiser, environ 1 375 exemplaires volent actuellement à travers le monde, totalisant plus d'un million d'heures de vol. Le nouveau contrat représente donc une augmentation de 62% de la flotte mondiale en une décennie. À environ 100 millions de dollars l'unité selon les estimations de Straitstimes, le montant global pourrait atteindre 85 milliards de dollars, pièces détachées et services compris.
7 milliards de dollars d'investissements privés : Lockheed Martin mise sur la stabilité
Lockheed Martin s'engage à injecter au minimum 7 milliards de dollars dans ses capacités industrielles et logistiques. Jim Taiclet, PDG du groupe, explique : « Avec la plus grande certitude qui découle de l'approche transformatrice du gouvernement américain en matière de production et de soutien des F-35, nous pouvons faire les investissements initiaux nécessaires pour augmenter la capacité, améliorer l'efficacité et construire une chaîne d'approvisionnement plus résiliente ». Ces fonds financeront l'extension des lignes d'assemblage à Fort Worth (Texas), l'automatisation de certains processus, et le renforcement des stocks de composants critiques.
Pièces détachées, maintenance et services, le vrai modèle économique
L'accord ne se limite pas à la livraison d'appareils neufs. Il englobe la fourniture de pièces détachées, d'équipements de modernisation et la maintenance de l'ensemble de la flotte mondiale de F-35 sur dix ans. Un volet souvent sous-estimé mais économiquement crucial. Les contrats de soutien logistique représentent généralement 60 à 70% du coût total de possession d'un avion de combat sur sa durée de vie. Lockheed Martin sécurise donc un flux de revenus récurrents considérable, tandis que le Pentagone obtient une garantie de disponibilité opérationnelle pour ses escadrons. Le programme devrait générer 79 milliards de dollars d'activité économique aux États-Unis et soutenir 317 000 emplois directs et indirects selon les projections de l'industriel.
Stabilisation des prix et sécurisation de l'approvisionnement : les enjeux économiques réels
Traditionnellement, les contrats F-35 étaient négociés par blocs de trois ans, exposant le Pentagone à des variations de prix importantes et à des incertitudes budgétaires. L'accord décennal permet de lisser les coûts, d'obtenir des économies d'échelle substantielles grâce aux volumes garantis, et de réduire les frais administratifs liés aux renégociations fréquentes. Pour le Congrès, qui doit encore approuver les crédits budgétaires correspondants, la visibilité à long terme facilite la planification fiscale. Le risque d'inflation sur les composants électroniques ou les matériaux stratégiques (titane, composites) est également mieux maîtrisé grâce à des clauses d'indexation négociées en amont.
L'accord bénéficie à un réseau étendu de sous-traitants et fournisseurs. BAE Systems (fuselage arrière), Northrop Grumman (fuselage central), et des milliers de PME spécialisées dans l'électronique, les systèmes hydrauliques ou les matériaux composites voient leur carnet de commandes sécurisé pour une décennie. Un accord similaire devrait suivre avec Pratt & Whitney, filiale de RTX, pour la fourniture des moteurs F135, représentant plusieurs milliards supplémentaires. Cette stabilité permet aux équipementiers d'investir dans la recherche et développement, d'embaucher et de former du personnel qualifié, et de moderniser leurs outils de production. L'effet multiplicateur sur l'économie américaine dépasse largement le périmètre strict de l'aéronautique militaire. Il concerne également les programmes concurrents comme le F/A-XX de Boeing, qui devront composer avec la domination renforcée de Lockheed Martin sur le segment des chasseurs de cinquième génération.
L'approbation du Congrès : le dernier obstacle à franchir
L'accord-cadre reste conditionné à l'approbation du Congrès américain, qui doit voter les crédits budgétaires pluriannuels correspondants. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 pourraient modifier l'équilibre politique et influencer les priorités budgétaires. Certains élus démocrates contestent traditionnellement les dépenses militaires jugées excessives, tandis que des républicains exigent des garanties sur le contrôle des coûts. Le programme F-35, déjà le plus onéreux de l'histoire militaire américaine avec des dépassements budgétaires passés, fait l'objet d'un suivi parlementaire strict. Toutefois, le rapport de l'US Air Force au Congrès du 16 octobre 2026 affirme que « le F-35 est la fondation de la structure de force de chasseurs de l'armée de l'air », soulignant son caractère stratégiquement indispensable.
Dans les prochains mois, le F-35 Joint Program Office et Lockheed Martin doivent finaliser les termes contractuels détaillés, les prix unitaires par variante (F-35A, F-35B, F-35C) et les calendriers de livraison précis. La signature formelle des contrats interviendra après validation parlementaire, probablement au premier trimestre 2027.