COP27 : l’heure des belles paroles ?

L’année dernière, la COP26 s’est achevée sur des ambitions loin d’être à la hauteur des exigences d’un scénario de réchauffement climatique à 1,5°C. L’ambition du Royaume-Uni de « maintenir le scénario 1,5°C en vie » n’a pas été atteinte, mais comme d’habitude (malheureusement), des promesses ont été faites pour l’année suivante.

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Par Gerrit Dubois Modifié le 29 novembre 2022 à 9h21
Cop27 Climat Urgence Decision Politique
46%46 % des objectifs de décarbonisation reposent actuellement sur des technologies qui n’ont pas encore été développées

Tous les regards sont donc tournés vers la prochaine édition. Qu'est-ce que la COP27 a à offrir ?

4 GRAPHIQUES À GARDER À L'ESPRIT PENDANT LA COP27

Combler le fossé : les nouvelles promesses sont-elles conformes à celles de Paris ? Ou encore complètement en dehors des clous ?

À la veille de la COP27, la division des Nations unies chargée du changement climatique a publié un autre rapport inquiétant : nous sommes loin de l'ampleur et du rythme des réductions d'émissions nécessaires pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C d'ici à la fin du siècle. Au contraire, sur la base des engagements climatiques combinés (contributions déterminées au niveau national ou CDN), nous pourrions mettre le monde sur la voie d'un réchauffement d'environ 2,5°C d'ici la fin du siècle. Il semble que le Pacte de Glasgow pour le climat se soit perdu quelque part dans le courrier. Une note positive cependant : selon l'analyse, les émissions n'augmentent plus après 2030, même si la tendance à la baisse est loin d'être suffisante.

L'écart des émissions : un indicateur inquiétant

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Source : Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), 2021

Des CDN plus ambitieuses sont donc nécessaires. Depuis l'année dernière, plusieurs pays ont promis de revoir leurs ambitions à la hausse. Cela semble donc être une tâche facile, non ? Pas forcément : depuis la COP26, seuls 24 plans, nouveaux ou actualisés, ont été soumis. De plus, à ce jour, seuls trois pays du G20 ont soumis des objectifs alignés sur la limite de 1,5°C et l'UE a annoncé un retard lié à la finalisation du plan "Fit for 55". En outre, la rumeur veut que cette COP ne se concentre pas sur de nouvelles ambitions, mais traite plutôt de toutes les problématiques de financement.

Pouvons-nous vraiment être positifs quant aux dernières nouvelles émanant de grandes nations comme des États-Unis, avec leur loi historique sur la réduction de l'inflation (369 milliards de dollars alloués aux actions liées au climat), ou du Brésil, avec l'élection de Lula da Silva qui a promis de protéger la forêt amazonienne et de rétablir le leadership du Brésil en matière de climat ? Et qu'en est-il de la Chine, premier investisseur dans les énergies renouvelables ? Annoncera-t-elle davantage d’investissements dans ces secteurs lors de la COP ? Ne soyons pas trop optimistes, mais le leadership mondial est et a toujours été un moteur important.

Malheureusement (ou heureusement ?), cette COP sera éclipsée par une nouvelle crise, ou pire, par plusieurs crises. Les conséquences du Covid-19 et la guerre en Ukraine ont déclenché des chocs inflationnistes mondiaux, des inquiétudes concernant l'alimentation, des pénuries d'énergie ainsi qu’une démondialisation. La récente flambée des prix des hydrocarbures (et de la valorisation des émetteurs) et un retour vers le charbon suscitent de vives inquiétudes quant aux ambitions à travers le monde. Cela entravera-t-il l’annonce d'engagements plus ambitieux ? Et cela aura-t-il un impact négatif sur les trajectoires d'émissions ? Espérons que ce ne soit pas le cas. Les événements récents ont montré que les objectifs environnementaux pouvaient et devaient aller de pair avec les ambitions en matière de sécurité énergétique.

Mais ces crises ne suscitent pas seulement des inquiétudes quant aux efforts de réduction des émissions, elles mettent également en péril les indispensables flux de financement de la transition, ainsi que les exigences de financement des pertes et dommages. Examinons de plus près la situation quant au financement du climat.

Une facture toujours plus lourde : est-il enfin temps de combler le déficit de financement de la transition ?

La perception des risques liés au changement climatique est de plus en plus négative, comme l'ont clairement montré le Global Risk Report du WEF et, désormais, le Future Risks Report 2022 d'AXA (publié la semaine dernière) : le changement climatique devient la première préoccupation dans le monde et, comme on a pu le remarquer ces dernières années, il est clairement lié à d'autres risques majeurs. Le coût de l'inaction sera extrêmement élevé, et le monde n'est actuellement pas prêt à faire face à ce qui s'annonce. L’Adaptation Gap Report 2021 sur le déficit d'adaptation au changement climatique montre des signes inquiétants d'élargissement du fossé entre les besoins et les perspectives dans ce contexte, tandis que les nations en développement réclament un financement de transition depuis longtemps. Où en sommes-nous alors ?

Il semble que la promesse de financement de transition de 100 milliards de dollars par an, des pays développés aux pays en développement, qui devait commencer en 2020, ait été davantage un coup marketing qu'une véritable résolution. Les références aux besoins de financement sont restées inscrites dans le texte final de Glasgow, mettant en valeur un "redoublement des efforts" d'ici à 2025, mais omettant la mise en place d'un "fonds", le texte se concentrant uniquement sur le "soutien technique". L'UE a néanmoins déjà exprimé une certaine ambition de passer à la vitesse supérieure et de viser 2023. Cependant, jusqu'à preuve du contraire, le déficit de financement de la transition demeure, surtout si l'on considère que la grande majorité du financement se fait sous la forme de prêts coûteux, et non de subventions. Heureusement, la réglementation européenne contre le greenwashing ne vise que les entreprises et les institutions financières, et non les souverains. Ou peut-on espérer une action concrète en Égypte ?

Financement de la transition : la promesse non tenue des 100 milliards

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Source : OCDE, 2021

Outre les lacunes en matière de financement de la transition, le financement des combustibles fossiles est en pleine expansion et devrait, espérons-le, susciter à nouveau un débat. Les ambitions de la COP de l'année dernière ont déjà été mises à mal avec les entreprises du G20 qui ont injecté environ 693 milliards de dollars de financement dans les combustibles fossiles en 2021 et les pays du Pacte de Glasgow en faveur de l’élimination progressive du charbon qui ont sont devenus plus dépendants à ce combustible. La modération des propos à la fin de la dernière conférence a clairement offert une certaine marge de manœuvre. Allons-nous enfin tourner la page du charbon ? Et qu'en est-il des profits records réalisés par les grandes compagnies pétrolières en raison de la guerre en Ukraine ? Faut-il s'attaquer à ce problème au niveau international ?

Outre le financement de la transition et les dépenses actuelles en matière de combustibles fossiles, la compensation des pertes et dommages fera probablement l'objet d'un débat animé, car les pays les plus vulnérables continuent d'être nettement plus touchés par les effets du réchauffement climatique. Selon les estimations du GIEC, 3,3 à 3,6 milliards de personnes (près de la moitié de la population mondiale !) vivent dans des contextes très vulnérables au changement climatique. Malheureusement, les personnes les plus vulnérables vivent en grande partie dans les pays dont les émissions historiques de GES sont les plus faibles. Cependant, en termes de compensation, aucune promesse n'a encore été faite par les émetteurs "historiques" et les pays de l'UE se sont déjà montrés plus prudents, réitérant leur "volonté de s'engager de manière constructive avec les pays partenaires". En d'autres termes, il ne faut pas s'attendre à des engagements ou à des mesures courageuses, à l'instar du "dialogue de Glasgow" ? Ou bien le mécanisme de financement des pertes et dommages, tant attendu, sera-t-il enfin créé ? Tous les regards sont tournés vers le programme de Bridgetown 2022 pour la réforme de l'architecture financière mondiale.

Pourquoi l'indemnisation des pertes et dommages est importante

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Source : World Resources Institute

Enfin, que peut-on attendre de l'article 6 de l'Accord de Paris visant à établir un marché international du carbone ? Lors de la COP26, certaines failles du système ont été comblées en termes de comptabilité grâce à à la mise en place de standards de reportings universels. Nous attendons toujours la finalisation de l'article 6 qui permettrait d’accroître l'intégrité du marché. Les récents développements au Canada, en Indonésie ou en Australie sont-ils des signes encourageants pour inciter des pays comme l'Inde et la Turquie à s'engager ?

Innovation, innovation, innovation

Outre les investissements directs, nous avons besoin d’innovation pour faire face à la crise climatique. Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, 46 % des objectifs de décarbonisation reposent actuellement sur des technologies qui n’ont pas encore été développées ou qui n’en sont qu’aux premiers stades de commercialisation. Alors, que peut-on attendre de la COP27 ?

Lors de la COP, l’Innovation Zone va mettre en valeurs des nouvelles intéressantes sur l’innovation pour les investisseurs. Une mise à jour sur la First Movers Coalition est ainsi très attendue. L’initiative a-t-elle déjà donné lieu à des mesures concrètes ou des changements ? En parallèle, le Sommet sur la transition vers l’hydrogène sera un événement annexe à suivre de près.

Un autre sujet prometteur : l’économie des énergies renouvelables devenant plus favorable d’année en année, les ambitions en matière de sécurité énergétique et l’action pour le climat devraient en effet aller de pair à l’avenir.

Les ambitions en matière de Cleantech, et la loi sur la réduction de l’inflation aux États-Unis, entres autres, ainsi que les investissements dans les énergies renouvelables en Europe via RePowerEU sont des signes encourageants pour l’avenir, tout comme le renforcement d’initiatives telles que les véhicules zéro émission ou l’engagement mondial sur le méthane. En outre, il convient de noter que la réglementation la plus récente en matière de financements climatiques et de risques, y compris en lien avec la stabilité financière, sont des évolutions prometteuses qui, espérons-le, seront mises en place par les nations lors de la COP27. Selon l’AIE, dans le cadre d’un scénario « Net Zero », nous devons augmenter considérablement les investissements dans les énergies bas carbone, l’efficacité énergétique, les carburants à faible teneur en carbone et la capture du carbone, ainsi que dans les véhicules électriques, les réseaux et le stockage par batterie.

Les investissements et l’innovation doivent augmenter si nous voulons atteindre la neutralité carbone d’ici 2050

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Source : International Energy Agency, 2021

L’innovation et le financement nous amènent également à l’importance et au rôle des institutions financières. La Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ) tiendra-t-elle le coup ? L’initiative sera-t-elle en mesure de maintenir sa crédibilité malgré les critiques et les pressions extérieures ? Avant le début de la COP27, Mark Carney a confirmé que la GFANZ avait reçu plus de 250 objectifs SBT (Science-Based Targets) intermédiaires. Et les pionniers en matière de taxonomies, d’exigences de fonds propres et de règles de publication obligatoire inciteront-ils d’autres pays ou régions à encourager leurs investisseurs à plus de transparence et d’intégration ? Par rapport à l’année dernière, il y a clairement eu une accélération en 2022, alors peut-être pouvons-nous être modérément optimistes ?

Cela nous amène à l’un des aspects les plus prometteurs de la COP : la collaboration sur l’action climatique par le biais du programme Climate Action/Climate Champions. Ces événements déclenchent ou font souvent progresser des initiatives entre les gouvernements ou le secteur privé pour accélérer les progrès réels en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Des annonces récentes comme le Partenariat pour une transition énergétique juste, ou les initiatives de suspension et d’allégement de la dette sont de bons exemples d’une telle collaboration.

En conclusion : il faut encore attendre

Dans l’ensemble, nous ne voulons pas nous faire de faux espoirs pour cette 27ème conférence. Nous pouvons encore une fois nous attendre à des annonces officielles et informelles. Si, par miracle, la COP27 s’avérait être un succès, cela signifierait que les efforts de réduction des émissions seraient renforcés parmi les signataires pour combler l’écart en matière d’émissions, que le financement de la transition climatique vers les pays en développement atteindrait (au moins) 100 milliards de dollars américains par an et qu’un accord (ou un moyen de financement) sur la compensation des pertes et dommages serait conclu.

De plus, nous attendons avec impatience d’autres annonces des entreprises sur le climat, bien que nous ayons le sentiment qu’elles n’attendent plus la COP pour le faire. Comme l’impact des évolutions administratives sur l’engagement des souverains a été démontré ces dernières années, nous sommes convaincus qu’il est important de surveiller de près les engagements et actions concrètes des entreprises au cours de l’année, car ils sont souvent plus prometteurs et porteurs d’espoir.

Gerrit Dubois Color Cmyk (002)

Spécialiste investissement responsable chez DPAM

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