En 2025, l’utilisation du CPF a chuté de 11% en France, conséquence directe des restrictions gouvernementales sur le financement des permis de conduire. Le permis moto s’effondre de 94%, le permis B de 75%, générant 200 à 250 millions d’euros d’économies annuelles pour l’État au détriment de l’accessibilité à la formation.
CPF : les Français l’ont moins utilisé en 2025 à cause du gouvernement

En 2025, l'utilisation globale du Compte personnel de formation a chuté de 11% en France, une baisse sans précédent directement imputable aux restrictions gouvernementales sur le financement des permis de conduire. Les données publiées en juillet 2026 par le ministère du Travail révèlent une politique budgétaire volontariste : réduire drastiquement l'accès au CPF pour certaines formations afin de générer 200 à 250 millions d'euros d'économies annuelles. Le permis de conduire, qui représentait 40% de l'utilisation du dispositif, s'est vu progressivement fermé entre mai 2024 et février 2026.
Une baisse d'utilisation du CPF pilotée par la réforme des permis
11% de baisse globale en 2025 : le permis de conduire, principal responsable
Le ministère du Travail confirme que la baisse de 11% du CPF en 2025 provient essentiellement de l'effondrement des financements pour les permis de conduire. Alors que 1,23 million de CPF avaient été mobilisés pour cette formation en 2024, le chiffre s'est contracté brutalement dès l'entrée en vigueur des premières restrictions. La Dares indique que « seules 35% des formations commencées en 2025 sont financées uniquement par les droits CPF de l'utilisateur, contre 61% en 2024 », traduisant un changement radical dans les modalités d'accès. Les auto-écoles, qui avaient massivement investi dans la certification pour proposer le financement CPF, se retrouvent face à une perte sèche d'activité.
Les mécanismes restrictifs : trois coups pour réduire les dépenses
Le gouvernement a déployé trois mesures successives pour tarir le flux de financements. Dès le 18 mai 2024, le financement du permis B par CPF devient réservé aux personnes ne possédant aucun autre permis de la catégorie véhicule léger. Simultanément, une participation forfaitaire obligatoire de 100 euros s'impose, sauf pour les inscrits à France Travail ou bénéficiant d'un cofinancement employeur. En avril 2026, cette participation grimpe à 150 euros. Enfin, la loi de finances 2026, applicable en février, supprime purement le financement CPF pour le permis de conduire. Le permis moto subit un sort encore plus sévère : son financement devient conditionné à la justification d'un usage professionnel, une exigence quasi impossible à satisfaire pour la majorité des candidats.
200 à 250 millions d'euros d'économies annuelles : le vrai objectif de la réforme
La Caisse des Dépôts et Consignations, gestionnaire du CPF, chiffre les économies attendues entre 200 et 250 millions d'euros par an une fois dissipé l'effet d'aubaine des inscriptions anticipées. Les montants mensuels financés sont passés de 30 millions d'euros en 2025 à 7,5 millions après février 2026, soit une division par quatre. Cette politique budgétaire s'inscrit dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques, mais interroge sur l'arbitrage entre économies immédiates et investissement dans la formation professionnelle. La participation forfaitaire introduite en avril 2026 avait déjà modifié l'équilibre économique du dispositif, rendant certaines formations moins accessibles aux ménages modestes.
Les données chiffrées de l'effondrement
Permis moto : -94% en un an, la chute la plus spectaculaire
Le permis moto enregistre la chute la plus vertigineuse : 94% de baisse entre 2024 et 2025, passant de 130.200 entrées en formation à seulement 7.800. La Dares souligne que cette catégorie « contribue le plus fortement à la baisse de l'utilisation du CPF dans son ensemble ». L'obligation de justifier d'un usage professionnel s'avère rédhibitoire pour les candidats, qui recherchaient majoritairement une mobilité personnelle ou un complément de qualification. Les auto-écoles moto, particulièrement concentrées en région parisienne, subissent de plein fouet cette évaporation de la demande financée.
Permis B : -75% de financements après février 2026
Le permis B suit une trajectoire similaire avec une baisse de 75% des montants financés après l'entrée en vigueur complète de la réforme en février 2026. Les financements CPF ont été divisés par quatre selon les données de la Caisse des Dépôts. L'Île-de-France, qui concentrait près de 30% des demandes nationales, devient l'épicentre de cette contraction. Les auto-écoles franciliennes, souvent plus dépendantes du financement CPF que leurs homologues provinciales, font face à un défi de reconversion commerciale brutal. Le ralentissement touche également les autres régions métropolitaines, mais dans une moindre proportion.
L'effet d'aubaine de janvier-février 2026 : 14.300 inscriptions d'anticipation
Anticipant la fin du dispositif, les candidats se sont rués sur les inscriptions en janvier et février 2026. La Caisse des Dépôts recense 6.800 dossiers validés en janvier et 7.500 en février, contre 4.000 mensuels en temps normal, soit 14.300 inscriptions d'anticipation cumulées. Cette ruée temporaire a créé un pic d'activité artificiel pour les auto-écoles, masquant momentanément l'ampleur de la chute à venir. Dès mars 2026, le tarissement des nouvelles demandes devient patent, confirmant le caractère structurel de la baisse. Les établissements qui avaient recruté ou investi sur la base de cette activité exceptionnelle se retrouvent en surcapacité.
Un arbitrage budgétaire au détriment de la formation professionnelle
Réorientation du CPF : professionnalisation vs accessibilité
Le gouvernement justifie ces restrictions par une volonté de recentrer le CPF sur des formations certifiantes à fort rendement professionnel. Le 16 février 2025, le financement des formations à la création ou reprise d'entreprise avait déjà été conditionné à la certification. Pourtant, le permis de conduire constitue souvent un prérequis à l'emploi, particulièrement dans les zones périurbaines et rurales mal desservies par les transports collectifs. La baisse de 26 points du financement exclusif par droits CPF (de 61% à 35%) traduit un transfert de charge vers les ménages ou les employeurs, dans un contexte économique tendu marqué par l'inflation et la stagnation du pouvoir d'achat.
Les gagnants et perdants de cette politique économique
L'État apparaît comme le principal gagnant budgétaire avec 200 à 250 millions d'euros économisés annuellement. Les perdants se comptent par milliers : plus de 5.000 auto-écoles voient leur modèle économique fragilisé, les demandeurs d'emploi perdent un levier d'insertion professionnelle, et les ménages modestes renoncent à une formation devenue trop coûteuse. La composition démographique des utilisateurs CPF évolue également : la part masculine, qui atteignait 54% avant la réforme, retombe à 51%, correspondant simplement à la proportion d'hommes dans la population active. Dans un contexte de récession larvée, cette réforme s'ajoute aux pressions économiques pesant sur la consommation des ménages et leur capacité d'investissement formatif.
L'avenir du CPF se dessine désormais autour de formations strictement professionnalisantes, au prix d'une accessibilité réduite pour les publics fragiles. Les auto-écoles devront diversifier leurs sources de revenus, tandis que les candidats au permis devront mobiliser leur épargne personnelle ou renoncer. Cette politique interroge sur l'équilibre entre rigueur budgétaire et investissement dans le capital humain.
