L’ONG ICAW dénonce les pratiques d’élevage de crevettes en France, où 6 à 9 milliards d’unités sont consommées annuellement. Quatre distributeurs s’engagent sur l’interdiction de l’épédonculation et l’étourdissement électrique d’ici 2030-2035, tandis qu’E.Leclerc refuse tout engagement. Une divergence stratégique lourde d’enjeux économiques et réputationnels.
Pourquoi E.Leclerc refuse de s’engager sur le bien-être des crevettes

L'ONG ICAW critique les pratiques cruelles de l'élevage de crevettes en France, poussant les distributeurs à adopter des stratégies variées en réponse à cette pression RSE. Entre engagements déclarés et inaction délibérée, se dessine une compétition économique où l'image de marque prime sur la transparence.
Le 16 octobre 2026, l'International Council for Animal Welfare (ICAW) a publié le rapport « Souffrance en Rayon », dénonçant les conditions d'élevage des crevettes vendues en France. L'ONG américaine, active depuis 2023 auprès des distributeurs européens, met en lumière une industrie mondiale où 440 milliards de crevettes sont abattues chaque année. La France, consommateur européen majeur avec 6 à 9 milliards d'unités par an, est au centre d'un débat mêlant éthique animale et enjeux économiques.
Mobilisation des distributeurs pour le bien-être des crevettes
L'ICAW dénonce l'épédonculation et l'absence d'étourdissement avant abattage. Justine Audemard, responsable des négociations de l'ONG, souligne que la France est le plus gros consommateur de crevettes par habitant dans l'UE. Selon Sud Ouest, l'ONG critique également la souffrance prolongée des crevettes lors de leur abattage.
Les distributeurs doivent désormais gérer le risque d'une mauvaise réputation. La reconnaissance de la sentience des crustacés par l'EFSA en 2005, confirmée en 2021 par la London School of Economics, renforce la légitimité de ces revendications. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et la Suisse, ont reconnu cette capacité à ressentir la douleur.
Avec 440 milliards de crevettes abattues chaque année, le marché est immense. En France, 70% des crevettes consommées proviennent d'élevages intensifs, principalement importées de pays où les normes de bien-être animal sont faibles. Modifier ces pratiques nécessite des investissements significatifs dans ces pays. Le marché français, pesant plusieurs centaines de millions d'euros, force les distributeurs à équilibrer compétitivité-prix et attentes éthiques croissantes des consommateurs.
Stratégies divergentes des géants de la distribution
Quatre enseignes françaises, Intermarché, U, Auchan et Aldi, se sont engagées à interdire l'épédonculation et à imposer l'étourdissement électrique. Intermarché, U et Auchan visent 2030, tandis qu'Aldi prévoit 2035. Le Parisien rapporte que ces engagements couvrent toutes leurs gammes.
Ce calendrier laisse cinq ans aux fournisseurs pour adapter leurs installations à l'étourdissement électrique, nécessitant des équipements spécifiques et une refonte des chaînes d'abattage. Bien que les coûts restent confidentiels, une légère augmentation des prix d'achat est anticipée, compensée par une image de marque valorisée.
Carrefour a une approche intermédiaire, bannissant l'épédonculation d'ici 2027-2029 et promettant l'étourdissement électrique « à partir de 2027 ». Casino, Monoprix, Franprix et Lidl éliminent l'épédonculation mais sans engagement sur l'étourdissement. Grand Frais affirme que 90% de ses crevettes proviennent déjà de fournisseurs ayant abandonné l'épédonculation.
E.Leclerc, leader du marché, refuse tout engagement, n'ayant répondu à aucune sollicitation de l'AFP ou de l'ICAW. BFM TV souligne que cette position suscite les critiques de l'ONG. Ce silence peut être vu comme un choix de maintenir des prix compétitifs, en attendant possiblement des normes réglementaires. Avec une part de marché de 22%, E.Leclerc a un poids considérable, et son inaction freine la transformation du secteur.
Investissements et différenciation : enjeux financiers réels
L'étourdissement électrique des crevettes avant abattage est un défi technique majeur. Contrairement à l'immersion dans la glace, l'électronarcose nécessite des infrastructures spécifiques. Les fermes en Équateur, Inde ou Vietnam doivent investir pour répondre aux demandes françaises.
Les délais (2027-2035) reflètent la complexité de ce changement, permettant de rentabiliser les investissements et de former le personnel. Les distributeurs misent sur une acceptation progressive d'une légère hausse des prix, compensée par une valorisation éthique du produit.
Les enseignes engagées misent sur la différenciation par les valeurs, espérant fidéliser une clientèle sensible au bien-être animal. À l'inverse, E.Leclerc et d'autres enseignes maintiennent des prix bas, sans surcoût éthique. L'ICAW note que 50% du marché français reste sans engagement complet.
