Christine Lagarde (BCE) : la croissance européenne menacée par les taxes de Trump

Alors que la croissance européenne semblait reprendre au début de 2025, Christine Lagarde a averti que l’alourdissement des taxes douanières convenues entre l’Union européenne et les États-Unis menace désormais ce fragile redressement et oblige la BCE à préparer une réponse adaptée.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 21 août 2025 7h30
bce-lagarde-prevision-croissance-taxes-trump-europe
bce-lagarde-prevision-croissance-taxes-trump-europe - © Economie Matin
0,6%La zone euro a connu une croissance de 0,6% au premier trimestre 2025.

Le 20 août 2025 à Genève, lors du Forum de l’International Business Council, Christine Lagarde a détaillé les risques qui pèsent sur la croissance de la zone euro. La présidente de la BCE a souligné que les nouvelles taxes douanières appliquées aux échanges transatlantiques constituent un frein significatif, au moment où l’économie européenne sort à peine d’un semestre marqué par un ralentissement notable.

Les taxes douanières de Donald, un choc pour la croissance européenne

Au cœur de son intervention, Christine Lagarde a insisté sur le niveau des droits de douane convenus entre Bruxelles et Washington. Selon Repubblica, le niveau moyen des droits de douane s’établit entre 12 % et 16 %. La présidente de la BCE a reconnu que ces taux « ne sont pas le pire scénario », mais qu’ils restaient supérieurs aux prévisions initiales.

Ce nouvel environnement tarifaire ne survient pas dans le vide. La BCE avait bâti en juin 2025 un scénario de base intégrant une progression du PIB de 1,1 % en 2025. Mais dans un scénario sévère, incluant un renforcement des droits de douane, la croissance attendue chutait à 0,7 % selon Reuters. En signalant que les taux définitifs sont « un peu plus élevés » que ceux anticipés, Christine Lagarde a clairement admis que l’option pessimiste gagne en probabilité.

La croissance européenne commence déjà à freiner

L’analyse des derniers trimestres confirme cette dynamique préoccupante. La zone euro avait connu un rebond de +0,6 % au premier trimestre 2025, selon Quotidiano Nazionale. Mais ce rythme s’est brutalement tassé, avec une progression limitée à +0,1 % au deuxième trimestre. Comme l’a reconnu Christine Lagarde citée par le Corriere della Sera, « l’économie de la zone euro, après la croissance robuste du premier trimestre, présentait déjà des signaux de ralentissement au deuxième trimestre qui sont destinés à se consolider ». Autrement dit, les taxes douanières ne font qu’accélérer une tendance déjà perceptible.

Les données sociales reflètent aussi cette fragilité. Le taux de chômage s’est établi à 6,2 % en juin 2025, stable sur un an. Cette stabilité apparente masque un autre phénomène : l’élargissement de la population active, qui rend la tâche plus complexe pour maintenir une croissance soutenue. En parallèle, l’inflation s’est fixée à 2 % en juillet 2025 confirmant que la BCE ne bénéficie pas d’un environnement de prix favorable pour stimuler la demande sans risque.

La BCE va-t-elle lancer une nouvelle salve de baisse de ses taux directeurs ?

La présidente de la BCE n’a pas exclu une réaction monétaire. Selon Sky TG24, elle a indiqué que les nouvelles projections de septembre 2025 devront intégrer des droits de douane plus lourds que prévu. Cette révision ouvre la voie à un possible ajustement de la politique monétaire, notamment via un allègement des taux directeurs. Une telle orientation viserait à soutenir la croissance dans un contexte où la demande extérieure s’affaiblit.

Cependant, Christine Lagarde a tenu à rassurer en soulignant que l’accord commercial transatlantique « n’est pas très éloigné du scénario de base de la BCE » selon Reuters. Elle a rappelé que des incertitudes subsistent, notamment dans les secteurs pharmaceutique et des semi-conducteurs, essentiels pour la compétitivité européenne. Pour la BCE, la priorité reste donc de préserver la croissance à moyen terme, tout en maintenant la crédibilité de sa lutte contre l’inflation.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «Christine Lagarde (BCE) : la croissance européenne menacée par les taxes de Trump»

Leave a comment

* Required fields