Le gouvernement veut réformer le cumul emploi-retraite pour faire des économies. Résultat prévisible : l'État perdra de l'argent, les entreprises perdront des compétences, et les retraités actifs perdront l'envie de travailler. Un triple perdant que l'on aurait pu éviter avec un peu de bon sens économique.
774 €
C'est le coût minimum mensuel supplémentaire que vont devoir assumer des patientes atteintes d'un cancer du sein suite au déremboursement du Zoladex — l'illustration cruelle de ce que signifie "faire des économies" à la française.
Le grand classique : chercher l'économie là où elle n'existe pas
Il y a une constante dans la politique budgétaire française depuis des décennies : quand il faut serrer la ceinture, on commence toujours par le mauvais bout. On rogne sur ce qui rapporte, on supprime ce qui fonctionne, on taxe ce qui crée. Et surtout, on évite soigneusement de toucher aux vraies sources de gaspillage.
La réforme du cumul emploi-retraite en est l'exemple parfait cette semaine. Ce mécanisme, qui permet à un retraité de continuer à travailler tout en percevant sa pension, est dans le collimateur du gouvernement pour 2027. L'idée est simple : plafonner ou pénaliser ce cumul pour faire rentrer quelques centaines de millions dans les caisses. Sauf que les économistes sont formels — le Figaro le documente très bien cette semaine — : la mesure serait perdante pour tout le monde. L'État récupèrerait moins de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu. Les entreprises perdraient des profils expérimentés impossibles à remplacer. Et des milliers de seniors actifs, qui contribuent aujourd'hui à la croissance, rentreraient chez eux.
Force est de constater que nous avons un vrai talent national pour transformer une bonne nouvelle — des gens qui veulent travailler plus longtemps ! — en problème budgétaire.
La France, élève en baisse dans la classe européenne
Pendant ce temps, la photographie de la France dans le paysage économique européen continue de se dégrader. Les chiffres sur l'inflation publiés cette semaine sont éloquents : l'Allemagne résiste mieux que nous. Pas grâce à des milliards de subventions comme l'Espagne, qui a dépensé sans compter pour un résultat médiocre. Non — l'Allemagne a fait ce que nous refusons de faire depuis trente ans : elle a assaini ses finances, maintenu sa compétitivité industrielle, et évité de promettre ce qu'elle ne peut pas tenir.
Je sais bien que l'Allemagne traverse elle aussi des difficultés conjoncturelles. Mais la différence fondamentale reste là : nos voisins ont des marges de manœuvre que nous n'avons plus. Leur dette n'écrase pas leurs entrepreneurs. Leurs entreprises ne croulent pas sous les charges. Et à Berlin, quand on parle de budget européen, on réclame des coupes dans les dépenses — là où Paris réclame de nouvelles taxes pour combler le déficit.
Ce n'est pas un hasard. C'est une philosophie. Et les deux sont incompatibles.
La bonne nouvelle du jour, malgré tout
Il y a pourtant une lueur dans cette semaine morose : la création d'entreprise bat un nouveau record en France. Dans un contexte d'incertitude économique réelle, des centaines de milliers de Français choisissent encore d'entreprendre, de prendre des risques, de créer de la valeur. C'est remarquable. C'est même enthousiasmant.
Mais j'aimerais que nos gouvernants entendent ce message correctement. Ce n'est pas malgré la fiscalité, malgré la complexité administrative, malgré les charges, que ces entrepreneurs se lancent. C'est grâce à leur courage individuel, en dépit des obstacles que l'État leur impose.
Imaginez ce que ces mêmes femmes et hommes pourraient accomplir si l'État décidait enfin de les aider au lieu de les ponctionner. La question n'est pas de savoir si la France manque d'impôts — elle n'en manque clairement pas, avec un taux de prélèvement obligatoire parmi les plus élevés au monde. La vraie question est : à quoi servent-ils vraiment ?
