Un aperçu rapide des raisons pour lesquelles les bâtiments qui abritent la moitié des Européens disposent de plus d’options de chauffage propre qu’on ne le pense généralement.
Décarboner les immeubles collectifs : les solutions existent

Par Thomas Nowak, ambassadeur digital EUSEW
La moitié de l’Europe attend
Près de la moitié des citoyens de l’UE — environ 200 millions de personnes — vivent en appartement selon Eurostat, avec les niveaux les plus élevés en Espagne et en Lettonie (environ 65 %). La majorité des habitants des zones urbaines en Europe centrale et orientale vivent dans des immeubles collectifs, souvent de grands blocs préfabriqués construits entre les années 1950 et 1980, présentant dans de nombreux cas une isolation minimale, des réseaux de chauffage urbain vieillissants ou des chaudières centrales au gaz, et une facture énergétique qui pèse trop souvent lourdement sur les budgets des ménages.
L’ampleur du défi est claire. Les bâtiments représentent 40 % de la consommation énergétique totale de l’UE ; environ 80 % de l’énergie des ménages est consacrée au chauffage, au refroidissement et à l’eau chaude. Environ 85 % du parc immobilier est antérieur à l’an 2000, et les trois quarts sont considérés comme énergivores. Le taux annuel de rénovation est à peine de 1 %. À ce rythme, la contribution essentielle d’un parc immobilier décarboné aux objectifs climatiques de l’UE ne pourra pas être atteinte.
Le législateur a compris
Tous les types de bâtiments sont couverts par la directive révisée sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD). Elle est en vigueur depuis mai 2024 et fixe une trajectoire contraignante pour le résidentiel : les 16 % des bâtiments les moins performants doivent être rénovés d’ici 2030, les 20–22 % les moins performants d’ici 2035, et toutes les chaudières à combustibles fossiles doivent être supprimées d’ici 2040. Les aides aux chaudières fossiles individuelles ont dû être supprimées au 1er janvier 2025.
La directive révisée sur l’efficacité énergétique (EED) impose spécifiquement des règles transparentes de répartition des coûts pour les immeubles avec chauffage collectif — un outil direct contre le problème des incitations divergentes entre propriétaires et locataires.
À partir de 2028, le système d’échange de quotas d’émission pour les bâtiments (ETS2) introduira un prix du carbone direct sur le chauffage fossile, rendant l’utilisation des chaudières à gaz structurellement plus coûteuse chaque année.
« Il n’existe pas de solutions pour les immeubles collectifs » — un mythe à abandonner
Dans le débat sur la transition thermique, une idée persistante présente les immeubles collectifs comme un problème particulier que la technologie actuelle ne peut pas résoudre. La prescription habituelle : continuer à utiliser le gaz, attendre l’hydrogène vert ou le biométhane, ou se raccorder au chauffage urbain si l’on a de la chance. Cette vision est factuellement incorrecte.
Des solutions existent pour les investisseurs
Cinq catégories de solutions de chauffage propre sont disponibles commercialement aujourd’hui, éprouvées en conditions réelles, et applicables à l’ensemble du parc immobilier européen. Elles constituent la base d’une multitude d’alternatives, car chacune peut couvrir l’ensemble des besoins énergétiques, seule ou en solution hybride. En conséquence, les chaudières fossiles peuvent être supprimées dans tous les types de bâtiments.
1. Chauffage urbain avec pompe à chaleur centrale. Lorsque le réseau existe ou est en construction, s’y raccorder est souvent la solution la plus simple pour le propriétaire. Les réseaux peuvent être décarbonés grâce à de grandes pompes à chaleur utilisant la chaleur des rivières, des nappes, des eaux usées ou des rejets industriels. Aucun local technique n’est nécessaire dans le bâtiment.
2. Pompe à chaleur centralisée dans le bâtiment. Remplacement direct de la chaudière centrale existante. Peut nécessiter un local technique adapté, de l’espace extérieur ou des forages géothermiques, et un renforcement électrique. Une rénovation thermique peut être nécessaire pour fonctionner à basse température.
3. Boucle thermique ambiante avec pompes à chaleur individuelles (solution 1-2-3). Une boucle d’eau à basse température circule dans le bâtiment. Chaque appartement possède sa propre pompe à chaleur. Cela résout structurellement le problème locataire/propriétaire et minimise les pertes thermiques.
4. Pompes à chaleur décentralisées par appartement. Solutions individuelles faciles à installer, souvent sans permis. Adaptées aux copropriétés fragmentées, mais pouvant poser des problèmes esthétiques, de bruit ou de réseau électrique.
5. Chauffage électrique direct. Dans les bâtiments très bien isolés, des solutions électriques combinées au photovoltaïque et au stockage offrent une voie simple vers la décarbonation.
Au-delà de la décarbonation : qualité de l’air et flexibilité du réseau
Remplacer les chaudières au gaz et au fioul par des pompes à chaleur élimine la combustion sur site, réduisant directement les émissions de NOₓ et de particules fines responsables de la pollution urbaine et des maladies respiratoires.
Les réseaux thermiques et les réservoirs de stockage permettent de déplacer la consommation vers les périodes où l’électricité renouvelable est abondante, agissant comme des batteries virtuelles. Cette flexibilité est déjà valorisée via des tarifs dynamiques dans plusieurs États membres.
Conclusion
Les solutions pour décarboner les immeubles collectifs existent, sont éprouvées et immédiatement déployables. Ce qui manque encore, c’est un cadre économique incitatif : mise en œuvre rapide de l’EPBD, règles de l’EED, et signal prix du carbone via l’ETS2. C’est ce qui transformera les technologies disponibles aujourd’hui en bâtiments rénovés demain.
Ce texte est produit en coopération avec la Semaine européenne de l’énergie durable (EUSEW).
À propos de l’auteur
Thomas Nowak est VP Government Relations & Public Affairs chez Qvantum Industries, une scale-up suédoise spécialisée dans les solutions urbaines à base de pompes à chaleur, et ancien secrétaire général de l’European Heat Pump Association.

