Valeo, Forvia, les fleurons de l'automobile française se reconvertissent dans les drones militaires. Ce n'est pas une bonne nouvelle industrielle — c'est un aveu d'échec. Et une leçon que la classe politique devrait méditer d'urgence.
58,2 %
La part des dépenses publiques dans le PIB français — la plus élevée de la zone euro — et pourtant incapable de financer une réindustrialisation digne de ce nom.
L'automobile s'effondre, la défense ramasse les pièces
Valeo. Forvia. Deux noms qui résument à eux seuls la grandeur passée de la filière automobile française. Deux groupes qui, ensemble, emploient plus de 160 000 personnes en France et dans le monde. Les voilà désormais qui pivotent vers la production de drones militaires pour survivre.
On pourrait s'en réjouir. On pourrait y voir l'agilité de l'industrie française, sa capacité à se réinventer. Ce serait aller un peu vite en besogne. Ce que raconte cette reconversion, c'est d'abord l'échec cuisant d'une politique industrielle qui a laissé la transition vers le véhicule électrique se faire sans filet, sans stratégie, sans anticipation. Pendant que l'Allemagne subventionnait massivement ses batteries, que la Chine construisait une filière intégrée de A à Z, la France comptait ses points et organisait des tables rondes.
Résultat : des usines qui ferment, des sous-traitants qui déposent le bilan, et des équipementiers qui cherchent des débouchés dans les blindés et les drones. Ce n'est pas une politique industrielle. C'est de la survie.
La défense, nouvelle béquille d'une économie mal orientée
La hausse des budgets militaires en Europe est réelle. Elle est légitime, face au contexte géopolitique. Mais attention au mirage : transformer des équipementiers automobiles en prestataires de défense ne se décrète pas par communiqué de presse. Cela demande des certifications, des cycles longs, des investissements massifs — et une visibilité sur les commandes publiques que l'État français est bien en peine d'offrir.
Comparez avec la Suède ou le Danemark. Ces pays ont construit depuis des décennies des ponts entre industrie civile et défense, avec des agences de soutien dédiées, des financements garantis, des procédures allégées. En France, on découvre que les normes d'achat public militaire sont incompatibles avec les cycles d'innovation privée. Imaginez un instant : un industriel qui doit attendre trois ans une homologation pour produire un composant de drone. Pendant ce temps, son concurrent turc ou coréen livre, lui.
La France dépense 58,2 % de son PIB en dépenses publiques — record d'Europe — et n'est toujours pas capable de mettre en place une chaîne d'approvisionnement militaire réactive. Il y a là une contradiction vertigineuse.
Ce que cette crise dit de notre modèle
Ce qui se joue avec Valeo et Forvia dépasse largement l'automobile ou la défense. C'est le symptôme d'un modèle économique à bout de souffle : un État omniprésent dans les dépenses, absent dans la stratégie ; une fiscalité qui pèse sur la compétitivité sans contrepartie lisible ; une bureaucratie qui étouffe l'adaptation industrielle au moment même où elle est vitale.
L'Autriche, pourtant confrontée à un ralentissement similaire, a engagé une revue complète de ses dépenses publiques pour dégager des marges de manœuvre. La France, elle, attend. Elle taxe, elle régule, elle commente.
Il est temps de faire un choix clair : soit on accompagne vraiment la reconversion industrielle — avec des moyens, de la simplification, de la rapidité — soit on continue d'applaudir les annonces et de pleurer les fermetures. Les salariés de Valeo et Forvia, eux, n'ont plus le luxe d'attendre.
