La campagne présidentielle 2027 commence à peine que la question de la dette publique française s'impose déjà comme le sujet que personne ne veut vraiment affronter. Pourtant, il faudra bien répondre à une question simple : qui détient ces 3 300 milliards d'euros que nous devons collectivement ? Et surtout, qui va payer ?
3 300 milliards €
Le montant de la dette publique française en 2026, soit environ 112% du PIB national.
La dette, ce monstre que tout le monde apprivoise mais que personne ne dompte
Force est de constater que la France a un don particulier pour transformer les problèmes urgents en sujets philosophiques. La dette publique, c'est exactement ça. On en parle, on l'habille de concepts savants, on convoque des commissions, et pendant ce temps-là, le compteur tourne. Environ 3 300 milliards d'euros. Pour donner une image concrète à ce chiffre vertigineux : c'est 48 000 euros par Français, nouveau-né compris. C'est le prix d'une voiture neuve accroché au cou de chaque habitant de ce pays, dès le premier jour de sa vie.
Les Échos posent la bonne question à l'orée de la présidentielle 2027 : qui détient cette dette ? La réponse est moins rassurante qu'on ne le croit. Environ 55% est détenue par des investisseurs étrangers — fonds de pension britanniques, assureurs japonais, banques centrales asiatiques. C'est eux qui, demain, fixeront les conditions auxquelles la France pourra refinancer ses emprunts. Pas Matignon. Pas l'Élysée. Eux. Je pense que nous n'avons pas encore mesuré collectivement ce que cette dépendance signifie en termes de souveraineté réelle.
L'assurance-vie dans le viseur : quand l'État dévore ses propres enfants
L'épisode de l'assurance-vie au Parlement mérite qu'on s'y attarde. Des députés ont rejeté des hausses de fiscalité sur ce produit d'épargne qui représente, rappelons-le, 1 900 milliards d'euros d'encours. Victoire ? À peine. Une association d'épargnants doit déjà se mobiliser pour éviter que ces mêmes hausses reviennent dans le budget 2027. C'est le jeu du chat et de la souris, version fiscale française.
Voilà où nous en sommes : l'État, incapable de réduire sa dépense, se retourne vers les Français qui ont eu la sagesse d'épargner pour leur retraite ou pour leurs enfants. La logique est implacable dans sa perversité — on punit ceux qui ont bien géré leurs finances pour financer les excès de ceux qui ont mal géré les finances publiques. En Suisse ou aux Pays-Bas, l'épargne longue est encouragée fiscalement, car elle finance l'investissement productif. En France, elle est une cible. Cherchez l'erreur.
Discipline et ambition productive : le faux débat qui cache le vrai problème
Des voix s'élèvent pour dire que la discipline budgétaire et l'ambition productive ne sont pas contradictoires. Je suis d'accord sur le principe. Mais ce débat, aussi louable soit-il intellectuellement, risque de servir d'alibi. Car dans la bouche de trop nombreux responsables politiques, « ambition productive » signifie en réalité « nouvelles dépenses publiques », rebaptisées investissements pour faire mieux passer la pilule.
La vraie question pour 2027 est brutalement simple : quel candidat aura le courage de dire que nous dépensons 57% de notre PIB en dépenses publiques — record absolu en Europe — et que cette performance est un boulet, pas une fierté ? Regardez l'Allemagne, qui a constitutionnalisé sa règle d'or budgétaire. Regardez la Suisse, dont la dette représente moins de 40% du PIB. Ils ne sont ni moins développés ni moins solidaires que nous. Ils sont simplement plus sérieux.
La présidentielle 2027 sera soit l'élection de la lucidité budgétaire, soit celle du déni collectif. J'ai une petite idée de ce que les marchés feront si c'est la seconde option.

