Doctolib crée son propre laboratoire d’IA pour transformer la santé

Doctolib accélère dans l’IA en santé avec la création d’un laboratoire d’intelligence artificielle clinique doté de 20 millions d’euros. L’objectif : développer des outils d’aide à la décision médicale et d’assistance aux praticiens, tout en garantissant un haut niveau d’exigence scientifique et de sécurité des données.

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By Aurélie Giraud Published on 24 février 2026 10h31
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Les équipes de recherche de Doctolib travailleront entre Paris, Nantes et Berlin pour développer des outils d’IA clinique destinés aux professionnels de santé européens. - © Economie Matin
20 MILLIONS €Montant investi par Doctolib en 2026 pour lancer son laboratoire d’IA clinique.

Longtemps identifié comme la plateforme de prise de rendez-vous médicaux, Doctolib poursuit sa transformation stratégique. Face à la montée en puissance de l’IA dans le secteur de la santé et à la pression concurrentielle des géants technologiques, l’entreprise française structure désormais ses ambitions autour d’un laboratoire dédié à la recherche et au développement d’outils cliniques avancés. Une initiative qui pourrait redessiner son rôle dans l’écosystème médical européen.

Une nouvelle étape stratégique pour Doctolib

Longtemps perçue comme une simple plateforme de rendez-vous en ligne, Doctolib poursuit sa mutation en éditeur de logiciels médicaux à part entière. L’entreprise, fondée en 2013, équipe aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de professionnels de santé en Europe et revendique des dizaines de millions d’utilisateurs patients. Mais la bataille qui s’ouvre désormais dépasse la simple digitalisation des agendas : elle concerne l’intégration de l’intelligence artificielle au cœur même de l’exercice médical.

Avec l’annonce de son laboratoire d’IA clinique, Doctolib entend structurer ses travaux de recherche et développement autour d’un objectif clair : concevoir des outils d’aide à la décision médicale et d’assistance administrative reposant sur des modèles fiables, encadrés scientifiquement et adaptés aux pratiques locales.

Dans son communiqué, l’entreprise précise vouloir développer « des systèmes d’intelligence artificielle conçus avec et pour les soignants », en s’appuyant sur des données médicales validées et sur l’expertise d’institutions publiques. L’ambition affichée est double : améliorer la qualité des soins tout en réduisant la charge administrative qui pèse sur les professionnels.

L’enjeu est considérable. En France comme en Allemagne, les médecins dénoncent depuis plusieurs années l’alourdissement des tâches non médicales. La promesse de l’IA n’est donc pas seulement technologique : elle est organisationnelle.

Doctolib et l’IA : un laboratoire adossé à la recherche publique

Pour crédibiliser sa démarche, Doctolib ne fait pas cavalier seul. Le laboratoire d’IA clinique sera développé en partenariat avec plusieurs institutions de référence, parmi lesquelles l’Inserm, l’Inria, le CHU de Nantes ainsi que le centre allemand DFKI.

Cette alliance public-privé vise à garantir une approche rigoureuse. Selon Doctolib, les modèles développés seront entraînés à partir de connaissances médicales validées scientifiquement, et non sur des bases de données généralistes. L’entreprise insiste sur la nécessité d’un haut niveau d’exigence en matière de sécurité, de confidentialité et de performance clinique.

Le président et cofondateur de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau, explique ainsi que l’objectif n’est pas de proposer un simple agent conversationnel grand public, mais de construire des outils spécialisés capables d’intervenir dans un cadre médical strict. Il souligne que l’assistance ne sera proposée que lorsque « le niveau de confiance est suffisant », afin d’éviter toute approximation dangereuse.

Les équipes du laboratoire seront réparties entre Paris, Nantes et Berlin. Cette implantation européenne illustre la volonté de bâtir un pôle d’excellence capable de rivaliser avec les initiatives nord-américaines, tout en respectant les standards réglementaires européens, notamment en matière de protection des données de santé.

20 millions d’euros pour transformer la pratique médicale

L’entreprise annonce un investissement initial de 20 millions d’euros pour l’année 2026 afin de structurer ce laboratoire. Une somme significative, qui marque une accélération dans la stratégie IA du groupe.

Ce virage n’est pas totalement inédit. Depuis 2024, Doctolib déploie déjà un assistant de consultation fondé sur l’intelligence artificielle. Cet outil permet d’écouter les échanges entre le médecin et le patient — avec leur accord — puis de générer automatiquement un compte rendu structuré intégré au dossier médical. L’objectif : faire gagner du temps aux praticiens et réduire la part consacrée à la saisie informatique.

Selon les données communiquées par l’entreprise, ces fonctionnalités peuvent diminuer significativement le temps passé devant l’écran et fluidifier la consultation. Le laboratoire d’IA vise désormais à aller plus loin : préparation automatisée des consultations, aide à l’interprétation de résultats biologiques, synthèse d’antécédents médicaux complexes, voire accompagnement du patient avant et après la consultation.

Dans un contexte de tension démographique médicale, où le nombre de médecins disponibles peine à suivre la demande de soins, l’optimisation du temps médical devient un enjeu central. L’IA apparaît comme un levier potentiel pour redonner du temps clinique sans augmenter mécaniquement le nombre d’heures travaillées.

Souveraineté technologique et concurrence mondiale

Le lancement du laboratoire intervient alors que la compétition internationale autour de l’IA en santé s’intensifie. Les grands groupes technologiques multiplient les annonces dans le domaine du diagnostic assisté, de l’analyse d’imagerie médicale ou encore des assistants conversationnels spécialisés.

Face à ces acteurs mondiaux, Doctolib met en avant un positionnement européen, centré sur la conformité réglementaire et l’ancrage dans les systèmes de santé locaux. L’entreprise insiste sur la maîtrise des données, leur hébergement sécurisé et leur utilisation dans un cadre strictement défini.

La stratégie est claire : s’imposer comme la plateforme de référence en Europe pour les outils numériques de santé intégrant de l’IA, tout en conservant la confiance des professionnels et des patients. Car dans ce secteur, la crédibilité scientifique et la sécurité juridique sont aussi importantes que la performance technologique.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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