Automobile : pourquoi Stellantis mise désormais sur le chinois Dongfeng pour relancer son usine de Rennes

Face à la pression croissante des constructeurs chinois dans l’électrique, Stellantis change de stratégie. Le groupe automobile étudie la possibilité de fabriquer des modèles de Dongfeng Motor Corporation dans son usine bretonne de Rennes-La Janais. Derrière cette décision, l’enjeu est autant industriel qu’économique : maintenir l’activité des sites européens tout en profitant de l’avance technologique chinoise dans les véhicules électriques.

Jean Baptiste Le Roux
By Jean-Baptiste Le Roux Published on 20 mai 2026 9h53
Stellantis envisage de produire des véhicules du constructeur chinois Dongfeng dans son usine de Rennes. Une stratégie économique destinée à renforcer la compétitivité du groupe dans la voiture électrique. Wikipedia
Stellantis envisage de produire des véhicules du constructeur chinois Dongfeng dans son usine de Rennes. Une stratégie économique destinée à renforcer la compétitivité du groupe dans la voiture électrique. Wikipedia - © Economie Matin

La voiture électrique pousse Stellantis à revoir son modèle industriel

Le marché automobile européen traverse une période délicate. Les ventes de voitures électriques progressent moins rapidement qu’espéré, tandis que les constructeurs chinois gagnent du terrain grâce à des modèles souvent moins chers et mieux positionnés technologiquement. Dans ce contexte, Stellantis cherche de nouvelles solutions pour rester compétitif.

Le groupe a ainsi confirmé la signature d’un accord stratégique avec Dongfeng. Cette coopération doit permettre au constructeur européen de distribuer des véhicules électriques chinois sur le marché européen mais aussi, à terme, d’en produire directement dans certaines usines du groupe. Le site de Rennes figure parmi les candidats envisagés.

Pour Stellantis, ce rapprochement répond à une logique économique claire. Les constructeurs chinois disposent aujourd’hui d’une forte avance dans les batteries, les logiciels et les coûts de fabrication. En s’associant à Dongfeng, le groupe espère accélérer sa transition électrique sans devoir supporter seul l’ensemble des investissements nécessaires.

Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large déjà engagé avec d’autres partenaires chinois. Quelques semaines plus tôt, Stellantis avait déjà renforcé ses liens avec Leapmotor afin de produire certains véhicules dans ses usines espagnoles. L’objectif est identique : remplir des capacités industrielles sous-utilisées et éviter des fermetures de sites en Europe.

Le partenariat prévoit également le développement de la marque Voyah, filiale premium de Dongfeng, sur le marché européen. Grâce au réseau commercial et industriel de Stellantis, le constructeur chinois pourrait accélérer son implantation sur le continent.

Rennes espère sécuriser son avenir industriel avec Dongfeng

L’usine de Rennes-La Janais, située près de Rennes, est aujourd’hui spécialisée dans la production du Citroën C5 Aircross. Mais comme de nombreux sites européens, elle fait face à la baisse des volumes et aux transformations rapides du secteur automobile.

Pour les syndicats, l’arrivée potentielle de Dongfeng représente autant une opportunité qu’une source d’interrogations. D’un côté, cette production supplémentaire pourrait contribuer à préserver l’emploi et à garantir l’activité du site sur plusieurs années. De l’autre, certains craignent une dépendance croissante vis-à-vis des technologies chinoises.

Le secteur automobile européen souffre actuellement d’un problème de surcapacité industrielle. Les usines produisent moins qu’avant alors que la concurrence internationale s’intensifie. Dans ce contexte, plusieurs groupes européens préfèrent accueillir des partenaires chinois plutôt que de voir ces derniers construire leurs propres usines sur le continent.

Cette évolution illustre surtout un renversement historique. Pendant des décennies, les constructeurs occidentaux exportaient leur savoir-faire vers la Chine. Désormais, ce sont les industriels chinois qui apportent leurs technologies aux groupes européens, notamment dans l’électrique.

Le partenariat entre Stellantis et Dongfeng soulève également des questions plus larges sur l’avenir de l’industrie automobile européenne. Certains observateurs s’interrogent sur la place future de la recherche et développement en Europe ou encore sur l’équilibre entre marques européennes et chinoises dans les réseaux de distribution.

À court terme, Stellantis cherche avant tout à renforcer sa compétitivité. Produire des véhicules Dongfeng en Europe pourrait permettre de réduire certains coûts logistiques et de répondre aux exigences européennes sur la fabrication locale. Une manière aussi de proposer des modèles électriques à des prix plus accessibles dans un marché devenu extrêmement concurrentiel.

Les informations initiales proviennent notamment des annonces officielles de Stellantis ainsi que des échanges organisés lors du comité social et économique extraordinaire du site de Rennes-La Janais.

Jean Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.

No comment on «Automobile : pourquoi Stellantis mise désormais sur le chinois Dongfeng pour relancer son usine de Rennes»

Leave a comment

* Required fields