À l’occasion de la Journée internationale de la recharge, le 16 juin, les éco-recharges reviennent sur le devant de la scène. Présentées comme une solution à la fois économique et écologique, elles séduisent de plus en plus de consommateurs. Pourtant, derrière la promesse d’économies et de réduction des déchets plastiques, certaines éco-recharges affichent encore des prix supérieurs à ceux des produits d’origine. Une contradiction qui interroge au moment où ce format gagne du terrain dans les rayons.
Les éco-recharges sont-elles vraiment moins chères et plus écologiques ?

Le 16 juin marque la Journée internationale de la recharge, une occasion de s’intéresser à l’essor des éco-recharges dans les secteurs de l’hygiène et de la beauté. Selon une étude Worldpanel 2025 citée par RMC Conso, ce marché a conquis un million de consommateurs supplémentaires en 2025 par rapport à 2024. Si les éco-recharges répondent aux objectifs environnementaux des marques et aux attentes des consommateurs, leur avantage économique apparaît parfois moins évident qu’annoncé.
Des éco-recharges parfois plus chères que les produits d’origine
Le principe des éco-recharges repose sur une double promesse. D’une part, elles permettent de réduire la quantité de plastique utilisée. D’autre part, elles sont censées offrir un prix plus avantageux que les flacons ou bidons classiques. Pourtant, dans les rayons de la grande distribution, cette logique n’est pas toujours respectée. Selon l’enquête menée par RMC Conso le 15 juin 2026, plusieurs exemples montrent des éco-recharges vendues à un prix supérieur au litre par rapport au produit d’origine. Ainsi, un gel douche Cadum est affiché à 8,52 euros le litre dans son flacon classique contre 9,06 euros le litre en recharge. Même constat pour un savon liquide Carrefour vendu 2,18 euros le litre en flacon et 2,78 euros le litre en recharge, ou encore pour un gel douche Sanex proposé à 8,56 euros le litre contre 11,09 euros le litre en version rechargeable.
Cependant, la comparaison reste souvent complexe. D’une part, les contenances diffèrent fréquemment entre les produits. D’autre part, l’indisponibilité régulière du flacon d’origine ou de la recharge complique les vérifications. RMC Conso souligne que cette situation avait déjà été observée par l’association 60 Millions de consommateurs en février 2026. Par ailleurs, certaines marques mettent en avant des formulations différentes. Interrogée par RMC Conso, Soupline estime qu’« il est plus juste de comparer le nombre de lavages que le prix au litre », les concentrations pouvant varier selon les références. Néanmoins, les emballages restent souvent similaires et les consommateurs disposent de peu d’éléments pour évaluer concrètement ces différences.
Pourquoi le coût des éco-recharges varie autant selon les enseignes
Les écarts de prix observés ne relèvent pas uniquement des fabricants. En effet, les distributeurs disposent d’une liberté totale dans la fixation des prix de vente. Comme le rappelle Soupline auprès de RMC Conso, « le distributeur est libre de fixer les prix de vente au consommateur. Ainsi les prix varient d'une période à une autre et d'un magasin à un autre ». Dès lors, une même éco-recharge peut être moins chère qu’un flacon classique dans un point de vente et plus coûteuse dans un autre. Cette réalité s’explique notamment par les stratégies promotionnelles mises en œuvre par les enseignes, qui privilégient souvent les produits les plus vendus afin d’attirer les consommateurs.
Or, les produits d’origine continuent aujourd’hui de représenter l’essentiel des volumes écoulés. Les promotions portent donc davantage sur ces références que sur les éco-recharges. Cette situation crée parfois des incohérences visibles en rayon. Emilie Chauvin, cheffe de produit au sein du groupe Briochin et responsable des savons liquides Marcel’s Green Soap, souligne auprès de RMC Conso que « la cohérence du prix est indispensable pour que l'écorecharge se développe ». Elle précise également que les prix marketing recommandés par la marque prévoient des recharges « 33% moins élevées sur l'original ». Malgré cela, les prix finaux restent soumis aux choix des distributeurs. Dans le cas de Marcel’s Green Soap, l’économie atteint environ 4 euros par litre entre la recharge et le flacon classique.
Les éco-recharges répondent avant tout à un enjeu écologique
Au-delà du prix, les marques défendent les éco-recharges pour leurs bénéfices environnementaux. Selon Alexandra Ferré, directrice RSE d’Yves Rocher, citée par RMC Conso, l’entreprise accepte de réduire ses marges afin de garantir un avantage tarifaire compris entre 25 % et 30 % entre les éco-recharges et les flacons classiques. Toutefois, elle rappelle également que le développement de ces formats implique des investissements importants. « Le développement des recharges implique un gros travail de recherche et développement et des défis techniques », explique-t-elle. De plus, les volumes produits restent encore limités, ce qui empêche les économies d’échelle dont bénéficient les emballages traditionnels.
Les enjeux réglementaires jouent également un rôle majeur. La loi AGEC fixe un objectif de 10 % d’emballages réemployés à l’horizon 2027. Les éco-recharges constituent un levier privilégié pour réduire la consommation de plastique. Elles utilisent entre 60 % et 80 % de plastique en moins que les contenants rigides. L’exemple cité est parlant : un bidon classique nécessite environ 30 grammes de plastique pour 300 millilitres de produit, contre seulement 10 grammes pour 600 millilitres dans une recharge. Cette réduction se traduit également par une baisse du poids transporté, une diminution des émissions de gaz à effet de serre et une moindre consommation énergétique.
Les éco-recharges ne représentent toutefois qu’une étape dans la transition vers des modes de consommation plus durables. Plusieurs alternatives se développent parallèlement. Les cosmétiques solides gagnent du terrain, tandis que certaines marques misent sur des solutions à diluer ou sur la vente en vrac. RMC Conso cite notamment 900.Care et ses pastilles de gel douche à dissoudre dans l’eau, ainsi que les fontaines à parfum proposées par Thierry Mugler dans certaines parfumeries. Plusieurs marques distribuées en pharmacie expérimentent également le vrac pour certains produits de soin. Ces modèles réduisent encore davantage l’usage du plastique, mais ils soulèvent des contraintes logistiques et sanitaires plus importantes, ce qui limite pour l’instant leur adoption à grande échelle.
