Alors que la France ambitionne d’accélérer sa transition énergétique, l’électrification des usages demeure insuffisante dans les transports, le bâtiment et l’industrie. Ce décalage crée une situation paradoxale. La production d’électricité progresse, notamment grâce aux renouvelables, mais la demande stagne. Résultat, EDF se retrouve avec des surplus d’électricité à gérer, au risque d’essuyer d’importants manques à gagner.
Faute d’électrification des Français, EDF se retrouve en surproduction

EDF a publié, lundi 16 février 2026, un rapport consacré aux conséquences industrielles, organisationnelles et économiques de la modulation de son parc nucléaire. Dans un contexte marqué par une montée en puissance des énergies renouvelables et une consommation électrique atone, l’électrification des usages apparaît comme le maillon faible de la stratégie énergétique nationale. Pourtant, cette électrification est censée absorber la production supplémentaire d’électricité bas carbone et soutenir la décarbonation de l’économie.
Selon l’énergéticien, si aucune accélération significative de l’électrification n’intervient, l’entreprise publique pourrait subir des pertes financières importantes. L’enjeu dépasse le seul périmètre d’EDF, il concerne l’équilibre global du système électrique français et, plus largement, la trajectoire climatique du pays.
Une électrification insuffisante face à une production en hausse chez EDF
Dans son rapport publié le 16 février 2026, EDF dresse un constat sans détour. « Pour sortir de cette situation de surcapacité, la priorité absolue, c'est l'électrification des usages », a déclaré Catherine Bauby, directrice de la stratégie d’EDF, selon le communiqué de l’entreprise du 16 février 2026. Cette électrification vise à encourager la consommation d’électricité décarbonée en remplacement des énergies fossiles, notamment le gaz. Or, dans les faits, l’électrification progresse trop lentement. En effet, de nombreux ménages continuent de se chauffer au gaz, tandis que le parc automobile reste majoritairement composé de véhicules thermiques.
De plus, certains procédés industriels demeurent dépendants des combustibles fossiles. Par conséquent, la demande d’électricité ne croît pas au rythme espéré, malgré les capacités de production supplémentaires mises en service ces dernières années. Cette situation est d’autant plus paradoxale que la France souhaite, à long terme, renforcer sa souveraineté énergétique et réduire sa dépendance aux importations d’énergies fossiles. Cependant, à court terme, l’insuffisance d’électrification entraîne une surcapacité de production, en particulier aux heures où l’éolien et le solaire injectent massivement de l’électricité sur le réseau.
Modulation nucléaire : un effet direct du retard d’électrification
Le rapport d’EDF analyse en détail la modulation, c’est-à-dire la capacité à ajuster à la baisse ou à la hausse la production des réacteurs nucléaires en fonction de la consommation. Depuis 2024, cette modulation s’est nettement accélérée. Elle traduit un déséquilibre croissant entre offre et demande, dans un contexte où l’électrification n’absorbe pas les volumes disponibles. EDF précise, dans des propos rapportés par BFMTV, que cette évolution « résulte principalement du développement des moyens de production renouvelables, solaires et éoliens, en France et en Europe, dans un contexte de consommation atone », selon son communiqué du 16 février 2026. Ainsi, la montée en puissance des renouvelables, bien que stratégique pour la transition énergétique, accentue temporairement les tensions sur l’équilibre du système électrique.
Entre 2019 et 2025, les volumes de modulation nucléaire ont doublé, passant d’environ 15 TWh à 33 TWh en 2025. Cela représente près de 9 % de la production nucléaire d’EDF. Ce chiffre illustre l’ampleur du phénomène. En conséquence, l’entreprise est contrainte de réduire la puissance de ses réacteurs, voire d’en arrêter certains lorsque la production éolienne et solaire est abondante, notamment en milieu de journée. Dans le même temps, les barrages hydrauliques et les centrales à gaz sont davantage sollicités pour ajuster l’équilibre du réseau. Cette flexibilité a toutefois un coût. EDF évoque « un renchérissement des coûts de maintenance de tous ces équipements », toujours dans son communiqué du 16 février 2026. L’électrification insuffisante a donc un impact concret sur l’organisation industrielle du groupe.
Des coûts croissants pour EDF et un risque financier structurel
Au-delà des ajustements techniques, la multiplication des cycles de modulation pèse sur la maintenance du parc nucléaire. EDF indique que, pour certaines composantes comme la turbine, les contrôles devront être effectués tous les six ans au lieu de dix actuellement. Ce changement de cadence génère un surcoût estimé à environ 30 millions d’euros par an pour l’ensemble du parc nucléaire. Cette augmentation des dépenses intervient dans un contexte où les revenus pourraient être fragilisés par la surproduction d’électricité. En effet, si la demande nationale ne progresse pas grâce à une électrification plus rapide des transports, des bâtiments et de l’industrie, les volumes excédentaires risquent de peser durablement sur les prix de marché et donc sur la rentabilité des installations. Catherine Bauby a également souligné la nécessité « d'ajuster le rythme de déploiement des énergies renouvelables », conformément à la feuille de route énergétique (PPE) publiée le jeudi 12 février 2026 par le gouvernement, selon le communiqué d’EDF du 16 février 2026. Cette position ne remet pas en cause la trajectoire de décarbonation, mais elle vise à mieux synchroniser l’offre et la demande dans une phase transitoire.
Toutefois, ralentir le déploiement des renouvelables ne constitue qu’un levier partiel. Le véritable enjeu demeure l’électrification massive des usages. Sans une transformation rapide des systèmes de chauffage, du parc automobile et des procédés industriels, la France pourrait se retrouver durablement avec une capacité électrique excédentaire difficile à valoriser. Dans ce contexte, l’électrification apparaît non seulement comme un outil climatique, mais aussi comme une condition de soutenabilité économique pour EDF. La réussite de la transition énergétique dépendra donc de la capacité des pouvoirs publics et des acteurs économiques à accélérer concrètement le basculement des usages vers l’électricité bas carbone, afin d’aligner la production et la consommation dans un système en pleine mutation.
