Empreinte carbone : un quart des Français responsable de 42% du total national

Les nouvelles données du CITEPA révèlent que les émissions des Français demeurent marquées par de fortes disparités sociales et territoriales. Derrière une empreinte annuelle moyenne de 8,5 tonnes de CO₂ équivalent, l’écart entre les profils les plus sobres et les plus émetteurs se creuse, dessinant une véritable fracture carbone.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 6 novembre 2025 10h26
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Empreinte carbone : un quart des Français responsable de 42% du total national - © Economie Matin
10%5 % des individus, concentre 10 % de l’empreinte totale

Le CITEPA et l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC) ont publié en octobre 2025 leur nouvelle enquête de caractérisation de l’empreinte carbone des Français, portant sur les émissions de 2023. Le document, fondé sur des analyses de cycle de vie et des données empiriques, propose un regard inédit sur la répartition des émissions, leur lien avec le revenu, les modes de vie et les pratiques quotidiennes.

Les émissions carbone moyennes masquent d’immenses écarts entre Français

Les chiffres du Citepa sont sans appel : l’empreinte carbone annuelle moyenne d’un adulte en France est de 8,5 tonnes de CO₂ équivalent, mais cette moyenne dissimule une dispersion extrême. L’étude précise que les émissions varient de 3 à 83 tonnes de CO₂ éq. par personne et par an. Une amplitude qui confirme la « fracture carbone » déjà observée dans l’enquête 2023. Selon le Citepa, les 10 % des individus les plus émetteurs concentrent 25 % de l’empreinte totale, avec une moyenne de 20,7 t CO₂ éq., tandis que les 10 % les moins émetteurs ne comptent que pour 5 %, soit environ 4,6 t CO₂ éq..

Le revenu apparaît comme un marqueur central. Le Citepa note que l’empreinte médiane passe de 6,6 t CO₂ éq. pour le premier décile de revenu à 8 t CO₂ éq. pour le dernier, la médiane globale se situant à 7,2 t CO₂ éq. Les ménages les plus aisés émettent donc plus que les autres, et par choix. À l’inverse, les foyers modestes subissent souvent des émissions liées à des contraintes – chauffage au fioul, logements anciens ou déplacements contraints.

L’enquête insiste sur cette distinction essentielle entre « empreinte subie » et « empreinte choisie ». La première découle de conditions imposées – isolation défaillante, manque d’alternatives de transport – tandis que la seconde résulte de décisions individuelles, comme l’usage accru de l’avion ou la surconsommation énergétique. « Distinguer ces deux formes d’empreinte est indispensable pour construire une transition juste », souligne le dossier de presse du Citepa (2025).

Logement, transport, alimentation : les grands postes d’émissions sous la loupe

Les émissions des Français se structurent autour de cinq postes : transport, logement, alimentation, biens et équipements, et services sociétaux. Le Citepa observe que le logement et le transport sont les postes les plus variables selon les individus, caractérisant les profils à forte empreinte, c’est-à-dire supérieurs à 15 t CO₂ éq.

Le transport concentre de fortes disparités : l’usage de l’avion apparaît comme un facteur déterminant. L’enquête montre que cette pratique est plus fréquente chez les jeunes actifs et les hauts revenus, et qu’elle contribue de façon disproportionnée aux émissions de CO₂ du poste transport. L’un des points les plus saillants de l’étude est la part croissante des « loisirs carbonés », où les voyages internationaux et la mobilité longue distance creusent les écarts d’empreinte entre Français.

Côté logement, le Citepa souligne l’impact du chauffage au fioul, particulièrement présent dans les zones rurales. Ce mode de chauffage accroît significativement la pollution et pèse sur l’empreinte annuelle des ménages concernés. L’étude note aussi que les logements anciens et énergivores sont surreprésentés chez les personnes âgées de plus de 65 ans, dont l’empreinte moyenne dépasse celle de la population générale.

Enfin, l’alimentation reste un poste stable et important, représentant entre 1,5 et 3 t CO₂ éq. par personne et par an pour 72 % des Français. Chez les individus dont l’empreinte totale est inférieure à 8 t CO₂ éq., l’alimentation devient même le premier contributeur aux émissions totales.

Une empreinte collective façonnée par les modes de vie et la sensibilisation écologique

Le Citepa a défini quatre grands profils de Français, ou clusters, partageant des caractéristiques communes en matière d’empreinte et de modes de vie. Ces typologies permettent de mieux comprendre la diversité des comportements et des besoins d’accompagnement.

Le premier cluster, représentant 8 % des personnes interrogées, se distingue par une sobriété marquée dans l’ensemble des gestes du quotidien : mobilité douce, logement économe, consommation limitée. Ce groupe ne représente que 4 % de l’empreinte totale de la population. À l’opposé, le dernier cluster, 5 % des individus, concentre 10 % de l’empreinte totale, en raison d’une consommation énergétique élevée et d’une utilisation fréquente de l’avion.

Entre ces extrêmes, deux autres groupes traduisent la complexité de la transition. Le troisième cluster, composé en majorité de retraités vivant dans des logements anciens, cumule des contraintes structurelles : chauffage au fioul, faible mobilité, isolement territorial. Pour ces profils, les émissions reflètent avant tout une empreinte subie. Le quatrième groupe, au contraire, réunit des individus à hauts revenus et à loisirs carbonés – croisières, voyages fréquents, véhicules puissants – relevant d’une empreinte choisie.

La sensibilisation environnementale joue également un rôle majeur. Le Citepa a mobilisé l’indice NEPi (New Ecological Paradigm) pour mesurer la perception des enjeux écologiques. Les résultats sont nets : moins les individus sont sensibles à l’environnement, plus leur empreinte carbone est élevée.

Pour les 25 % de la population les plus émetteurs, le Citepa a mené une analyse spécifique. Ce quart de Français, dont l’empreinte moyenne atteint 14,2 t CO₂ éq., représente à lui seul 42 % des émissions totales. L’organisme estime que les leviers prioritaires concernent la performance énergétique des bâtiments, la transition vers des modes de transport décarbonés et la diminution des usages aériens.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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