Emploi : le test du sac à main, une dérive sexiste et illégale du recrutement

Demander à une candidate de vider son sac en plein entretien d’embauche. La scène pourrait prêter à sourire si elle n’était pas révélatrice d’une dérive sexiste bien réelle dans le recrutement. Baptisée « test du sac à main », cette pratique, officiellement déclarée illicite par le ministère du Travail en février 2026, continue pourtant d’être signalée. Explications détaillées sur un procédé jugé illégal, les risques encourus par les employeurs et les recours possibles pour les personnes concernées.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 3 mars 2026 6h03
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Emploi : le test du sac à main, une dérive sexiste et illégale du recrutement - © Economie Matin
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Le 19 février 2026, dans une réponse publiée au Journal officiel du Sénat, le ministère du Travail a tranché. Saisi par la sénatrice Catherine Dumas, il a qualifié le test du sac à main d’illégal dans le cadre d’un recrutement. Depuis, le débat a pris de l’ampleur. Car derrière ce geste apparemment anodin se cache une atteinte aux droits fondamentaux des candidates.

Recrutement : en quoi consiste le test du sac à main lors des entretiens d’embauche ?

Concrètement, le test du sac à main intervient lors d’un rendez-vous d’embauche. Le recruteur demande à la candidate d’ouvrir son sac et d’en vider le contenu devant lui. L’objectif affiché ? Évaluer son sens de l’organisation, sa rigueur, voire sa personnalité.

« La demande explicite d’un employeur à un candidat d’exposer ses effets personnels lors d’un entretien d’embauche est en effet illicite », selon la réponse ministérielle publiée au Journal officiel du Sénat le 19 février 2026. Le document précise que cette demande ne repose sur aucun fondement légal en matière de recrutement.

Le phénomène n’est pas isolé. D’après RTL Info, qui évoque un sujet « de plus en plus pratiqué », on demande littéralement aux femmes de « vider leur sac ». Selon la même source, la pratique se serait répandue « ces deux dernières années » aux États-Unis avant d’émerger en France « courant 2025 ».

À l’origine, plusieurs candidates se sont plaintes publiquement. RTL Info indique que des témoignages ont circulé sur les réseaux sociaux et dans la presse, conduisant la sénatrice de Paris Catherine Dumas à interpeller le ministère du Travail. L’affaire a ainsi quitté la sphère des anecdotes pour entrer dans le champ institutionnel.

Pourquoi cette pratique de recrutement est illégale et sexiste

Sur le plan juridique, la réponse du ministère est sans ambiguïté. « Contraire à la loi. Le test dit du sac à main, que pratiquent certaines entreprises au cours d’entretiens de recrutement, est “illicite” », écrit Merci pour l’info. Le fondement légal repose notamment sur l’article L.1221-6 du Code du travail. Celui-ci impose que les informations demandées à un candidat aient « un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ». Or, comme le rappelle la réponse ministérielle, « le contenu d’un sac et les qualités organisationnelles d’un individu sont sans rapport ». Autrement dit, le critère invoqué par certains recruteurs ne tient pas juridiquement.

De surcroît, l’article L.1121-1 du Code du travail interdit toute atteinte non justifiée et disproportionnée aux droits des personnes et aux libertés individuelles. Demander à une candidate d’exposer ses effets personnels relève potentiellement de la vie privée.

Enfin, la dimension sexiste est centrale. Le test vise quasi exclusivement des femmes, pour la simple raison que les hommes n’ont pas de sac à main. Dès lors, si la pratique n’est appliquée qu’à elles, elle peut constituer une discrimination fondée sur le sexe, prohibée par l’article L.1132-1 du Code du travail et par l’article L.225-1 du Code pénal. Le ministère rappelle d’ailleurs que des sanctions pénales et civiles peuvent être encourues par les recruteurs.

Management, pouvoir et dérives lors du rendez-vous d’embauche

Pourquoi une telle pratique apparaît-elle malgré son illégalité ? Certains recruteurs la présentent comme un outil de management, censé révéler l’ordre, la méthode ou la capacité d’anticipation d’une candidate. Pourtant, aucun texte ne reconnaît ce type d’évaluation intrusive.

Dans sa réponse au Sénat, le ministère rappelle également que tout dispositif de recrutement doit être porté à la connaissance du candidat préalablement. Les tests « par surprise » sont donc exclus du cadre légal. Le rendez-vous d’embauche n’est pas une zone de non-droit.

En réalité, le test du sac à main s’inscrit dans une tendance plus large de dérives dans le recrutement : questions sur la vie familiale, projets de maternité, contraintes personnelles. Autant d’éléments qui n’ont pas à entrer en ligne de compte dans l’évaluation des compétences professionnelles.

Le fait que cette pratique cible majoritairement des femmes renforce le déséquilibre de pouvoir inhérent à la situation. Le recruteur détient la décision. La candidate, elle, peut se sentir contrainte d’accepter par crainte de compromettre son accès à l’emploi. C’est précisément ce rapport asymétrique que le droit du travail cherche à encadrer.

Que faire si l’on est confrontée à ce test lors d’un recrutement ?

Face à une telle demande, plusieurs options existent. D’abord, rappeler calmement que le Code du travail encadre strictement les informations pouvant être exigées lors d’un recrutement. Mentionner que la pratique a été déclarée illicite par le ministère du Travail peut suffire à faire reculer un recruteur mal informé.

Ensuite, il est possible de refuser. Aucun candidat ne peut être sanctionné légalement pour avoir refusé de dévoiler des éléments relevant de sa vie privée. Si le refus entraîne un rejet manifeste de la candidature, la personne concernée peut envisager un recours.

Le Défenseur des droits peut être saisi en cas de suspicion de discrimination liée au sexe. Par ailleurs, un signalement auprès de l’inspection du travail peut être envisagé si la pratique semble systémique au sein d’une entreprise. Le rappel du ministère est clair : la demande « d’exposer ses effets personnels » est illicite.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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