Énergies renouvelables : l’ONU vante un rempart, mais le débat sur la souveraineté reste entier

Les énergies renouvelables protègent-elles vraiment la sécurité nationale ? L’ONU le soutient avec force au moment où les cours du pétrole et du gaz restent exposés aux crises géopolitiques. Mais l’intermittence, la dépendance à la Chine et l’atout du nucléaire empêchent tout triomphalisme.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 16 mars 2026 16h30
Energies Renouvelables Lonu Vante Un Rempart Mais Le Debat Sur La Souverainete Reste Entier
Énergies renouvelables : l’ONU vante un rempart, mais le débat sur la souveraineté reste entier - © Economie Matin

Le 16 mars 2026, par la voix du secrétaire général António Guterres, reprise par la CCNUCC le 10 mars, l'ONU  soutient que l’abandon accéléré des énergies fossiles au profit des énergies renouvelables constitue la voie la plus rapide vers la sécurité énergétique, la sécurité économique et, au bout du compte, la sécurité nationale.

L’argument n’a rien d’abstrait. Il surgit dans un climat de grande nervosité sur les marchés de l’énergie, alors que les tensions au Moyen-Orient rappellent la fragilité d’un système mondial encore très lié au pétrole et au gaz. Reuters souligne que le détroit d’Ormuz reste un point de passage vital pour les hydrocarbures, ce qui suffit à faire grimper les primes de risque dès qu’une crise éclate.

Énergies renouvelables, ONU et fin de l’illusion fossile

Sur le fond, l’ONU vise juste sur un point essentiel : les combustibles fossiles exposent les Etats importateurs à des secousses qu’ils ne contrôlent pas. Dans sa déclaration du 10 mars, António Guterres a résumé sa thèse d’une formule percutante : « Il n’y a pas de flambée des prix pour la lumière du soleil, ni d’embargo sur le vent », selon la CCNUCC. L’idée est simple. Un pays qui produit davantage d’électricité à partir d'énergies renouvelables réduit sa sensibilité aux crises diplomatiques, aux tensions maritimes et aux décisions des pays exportateurs.

L’expérience récente donne du poids à cet argument. L’éolien et le solaire ont fourni 30 % de l’électricité de l’Union européenne en 2025, contre 29 % pour les combustibles fossiles. Dans le même temps, le gaz a continué d’alourdir la facture électrique : l’agence indique que les coûts d’importation de gaz pour le secteur électrique européen ont bondi de 16 %, à 32 milliards d’euros, tandis que les prix de gros étaient 11 % plus élevés durant les heures les plus dépendantes du gaz. Dit autrement, plus le système reste accroché aux hydrocarbures, plus il reste vulnérable.

Les énergies renouvelables butent sur l’intermittence et les excès de production

Pour autant, transformer les renouvelables en synonyme automatique de souveraineté serait aller trop vite. Le premier problème est bien connu : le solaire et l’éolien ne produisent pas à la demande. Ils produisent quand il y a du soleil ou du vent, pas forcément quand le réseau en a besoin. En Allemagne, malgré une hausse de 4,9 gigawatts des capacités éoliennes, portées à 77,7 gigawatts fin 2025, la production a reculé de 4,1 %, à 131 térawattheures, à cause d’une faiblesse durable des vents. Voilà le point aveugle du discours onusien : une capacité installée n’est pas une garantie de production au bon moment.

L’autre difficulté apparaît quand les renouvelables produisent trop. Reuters note qu’au Chili, 19 % de la production solaire et éolienne a été écrêtée en 2024 parce que les réseaux ne pouvaient pas absorber les pics. C’est précisément pour corriger ce défaut que le stockage explose. Toujours selon Reuters, près de 180 gigawattheures de batteries ont été ajoutés dans le monde en 2024, soit presque le double de 2023. Le constat est limpide : les renouvelables variables peuvent réduire la dépendance aux fossiles, mais elles exigent des réseaux renforcés, des batteries, de la flexibilité et des moyens pilotables en soutien. Sans cela, elles ne suppriment pas la vulnérabilité ; elles la déplacent.

Chine, terres rares et panneaux : une souveraineté très relative

Il faut ensuite regarder la chaîne industrielle, pas seulement la production électrique. Sur ce terrain, la dépendance change de visage avec l'avènement des énergies renouvelables. Elle ne disparaît pas. L’Agence internationale de l’énergie prévient que la Chine devrait encore conserver 80 % à 90 % des capacités mondiales de fabrication photovoltaïque à l’horizon 2030, malgré les efforts américains, indiens et européens pour relocaliser une partie de la filière. Autrement dit, installer plus de solaire ne signifie pas forcément reprendre la main sur l’outil industriel. Cela peut aussi vouloir dire remplacer une dépendance au gaz par une dépendance à l’industrie chinoise.

La même logique vaut pour les minéraux critiques. L’AIE indique que la Chine est le premier raffineur de 19 des 20 minerais suivis par l’agence, avec une part moyenne d’environ 70 %. Elle rappelle aussi que les restrictions chinoises annoncées en octobre 2025 sur les terres rares ont créé des risques économiques et nationaux pour de nombreux secteurs. La Chine pèse environ 90 % de la production mondiale d’aimants en terres rares.

Le nucléaire revient comme l’autre réponse à la souveraineté

C’est ici que le nucléaire revient au centre du jeu. Lors du Sommet nucléaire de Paris, l’AIEA a rappelé que les dirigeants réunis voyaient dans l’atome une source d’énergie « propre, fiable, abordable et sûre », dans un moment marqué par la hausse de la demande électrique et les tensions géopolitiques. Ce vocabulaire compte. Le nucléaire apporte ce que le solaire et l’éolien ne peuvent pas garantir seuls : une production pilotable, continue, peu carbonée, capable d’alimenter l’industrie et les réseaux en base.

La France défend d’ailleurs cette ligne avec constance. Emmanuel Macron a plaidé à Paris pour une diversification des approvisionnements en uranium enrichi et pour une montée en puissance des capacités françaises d’enrichissement. Le sujet est d’autant plus sensible que 39 % de l’uranium enrichi importé par la France provenait encore de Russie en 2025. La souveraineté nucléaire n’est donc pas totale aujourd’hui. Mais elle peut être renforcée industriellement.

La Banque européenne d’investissement rappelle ainsi avoir accordé 400 millions d’euros pour soutenir l’extension de l’usine Georges Besse 2, un projet évalué à plus de 1,7 milliard d’euros. À ce stade, le paysage se dessine nettement : les énergies renouvelables réduisent bien l’exposition aux chocs fossiles, comme le dit l’ONU, mais elles ne suffisent pas à elles seules à bâtir une souveraineté énergétique pleine. Pour un pays comme la France, le couple formé par renouvelables et nucléaire paraît bien plus crédible qu’un basculement reposant sur les seules sources intermittentes.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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