Entreprises : l’UE lance un nouveau statut pour un marché unique

L’Union européenne s’apprête à bouleverser le paysage des entreprises avec un nouveau statut inédit, pensé pour lever les freins du marché unique. Derrière ce projet baptisé « EU Inc. » ou « 28e régime », Bruxelles entend simplifier radicalement la vie des entreprises et faire émerger des champions capables de rivaliser à l’échelle mondiale.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 18 mars 2026 6h20
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Des dirigeants de grands groupes européens appellent à faire de la préférence européenne un pilier des politiques d’achats publics. - © Economie Matin
1,4%La croissance de l'UE a atteint 1,4% en 2025.

Le 18 mars 2026, la Commission européenne doit dévoiler une proposition très attendue : la création d’un nouveau cadre juridique pour les entreprises, souvent désigné comme le « 28e régime ». L’objectif est clair : permettre aux entreprises d’opérer plus facilement dans toute l’Europe en contournant les contraintes liées aux 27 systèmes juridiques nationaux.

Dans un contexte de concurrence accrue avec les États-Unis et l’Asie, ce projet vise à renforcer la compétitivité des entreprises européennes. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de relance du marché unique, considéré comme sous-exploité malgré ses 450 millions de consommateurs.

Un nouveau statut pour les entreprises européennes dans un marché unique fragmenté

Aujourd’hui, les entreprises qui souhaitent se développer en Europe doivent composer avec une mosaïque de règles nationales. Ce morcellement juridique engendre des coûts importants et ralentit la croissance. Selon une analyse d’Ecorys, ces barrières équivalent à des droits de douane de 45 % pour les biens et jusqu’à 110 % pour les services.

Face à ce constat, le « 28e régime » propose une alternative : un cadre unique, facultatif, qui s’ajouterait aux 27 systèmes existants. Concrètement, une entreprise pourrait choisir d’y adhérer pour bénéficier de règles harmonisées dans toute l’Union. Ce dispositif vise ainsi à faciliter les activités transfrontalières et à fluidifier l’accès au marché unique.

L’ambition est également politique. « Nous présenterons bientôt notre 28e régime. L'objectif ultime est de créer une nouvelle structure d'entreprise véritablement européenne », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, le 20 janvier 2026.

Une simplification radicale des règles et des procédures

Le projet prévoit des avancées concrètes pour les entreprises, notamment en matière de création et de gestion. L’une des mesures phares consiste à permettre l’immatriculation d’une société entièrement en ligne en seulement 48 heures, avec un capital minimum de 1 euro, selon le presidency.consilium.europa.eu/en/news/deputy-minister-for-european-affairs-the-cyprus-presidency-continues-its-work-as-planned/. Cette simplification administrative répond à un objectif précis : accélérer la création d’entreprise et favoriser la croissance. « L'objectif est simple : faciliter la création d’entreprise, son développement et l’attraction d’investissements en Europe », a expliqué le commissaire européen Michael McGrath, repris par Malay Mail.

Au-delà de la création, le futur statut pourrait couvrir l’ensemble du cycle de vie des entreprises. Selon l’analyse de Pinsent Masons publiée le 17 mars 2026, les procédures, de la modification des statuts à la tenue des assemblées générales, seraient entièrement numérisées. Un registre central européen pourrait même être mis en place pour simplifier la gestion et renforcer la transparence.

Dans cette logique, le « 28e régime » vise à offrir aux entreprises un environnement juridique stable et prévisible, sans avoir à changer de cadre réglementaire en fonction des pays où elles opèrent. Une évolution majeure pour les startups comme pour les groupes en expansion.

EU Inc. : un levier pour la croissance des entreprises européennes face à la concurrence mondiale

Derrière la réforme se cache un enjeu stratégique : permettre à l’Europe de faire émerger ses propres champions. Aujourd’hui, de nombreuses startups européennes choisissent de s’implanter aux États-Unis, notamment dans le Delaware, réputé pour son cadre juridique attractif. Le projet « EU Inc. » entend inverser cette tendance. « Si nous voulons que l’Europe soit compétitive au niveau mondial, nous devons garantir que les bonnes idées puissent grandir et se développer dans l’Union », a souligné l’eurodéputé René Repasi.

Le soutien de l’écosystème entrepreneurial est réel. D’après Tech.eu, environ 24 000 acteurs de la tech et de l’investissement ont soutenu l’idée d’un statut paneuropéen. Tous plaident pour un cadre juridique aussi efficace que celui proposé aux États-Unis.

Cependant, certaines inquiétudes subsistent. Des organisations syndicales craignent que ce nouveau régime ne fragilise les protections sociales. « Le 28e régime ne doit en aucun cas devenir une porte dérobée pour contourner le modèle social européen », a averti René Repasi.

Un projet encore en construction pour le futur du marché européen

Si l’annonce du 18 mars 2026 constitue une étape clé, le projet est encore loin d’être finalisé. Le texte devra être examiné et approuvé par les États membres et le Parlement européen avant toute entrée en vigueur. Par ailleurs, des débats persistent sur sa mise en œuvre concrète. Certains experts redoutent que le dispositif ne repose trop sur les juridictions nationales, ce qui pourrait conduire à une fragmentation persistante. Tech.eu évoque ainsi le risque de voir émerger jusqu’à 27 variantes du régime si les règles ne sont pas totalement harmonisées.

Dans le même temps, les dirigeants européens entendent accélérer. La présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne a confirmé le 16 mars 2026 que la simplification des règles pour les entreprises et la création de ce 28e régime seront au cœur des discussions du Conseil européen de printemps.

Ce projet s’inscrit dans une feuille de route plus large baptisée « One Europe, One Market », qui vise à libérer pleinement le potentiel du marché unique d’ici 2027, selon la même source. Un calendrier ambitieux, à la hauteur des attentes placées dans ce futur statut européen des entreprises.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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