Éolien offshore : Eni défend son immense projet entre Corse et Italie

Le projet d’éolien offshore porté par le groupe italien Eni entre la Corse et l’Italie entre dans une phase décisive. Alors qu’une enquête publique vient d’être ouverte en France, le programme Atis cristallise déjà les débats autour de la protection des fonds marins, de la circulation maritime et de la transition énergétique méditerranéenne. Face aux critiques, le groupe italien affirme que la conception de ce vaste parc éolien flottant garantit un impact environnemental limité.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Last modified on 18 mai 2026 18h27
Éolien offshore : Eni défend son immense projet entre Corse et Italie
Éolien offshore : Eni défend son immense projet entre Corse et Italie - © Economie Matin

Les contours du projet Atis, développé par la filiale Plenitude du groupe Eni se dessinent. Ce programme d’éolien offshore doit être implanté en mer ligurienne, entre l’archipel toscan et la Corse. Selon les informations publiées par Le Point le 17 mai 2026, le futur parc éolien comprendrait 48 éoliennes flottantes réparties sur une surface maritime de 264 km². La capacité annoncée atteint 864 MW, un volume inédit en Méditerranée pour un parc éolien offshore.

Éolien offshore : un projet géant surveillé de près en Corse et en Italie

Le parc éolien offshore Atis doit être installé dans les eaux italiennes, à 28 kilomètres du nord-est du Cap Corse. Toutefois, le projet se situe également à seulement 6 kilomètres des eaux territoriales françaises. Cette proximité explique l’ouverture d’une enquête publique en Haute-Corse. Selon la préfecture de Haute-Corse, consultée le 16 avril 2026, cette procédure doit permettre d’évaluer les incidences environnementales transfrontalières du futur parc éolien offshore, conformément à la convention d’Espoo de 1991. L’enquête publique doit se dérouler du 5 mai au 5 juin 2026. L’éolien flottant constitue un axe majeur de développement pour l’Italie. Cependant, la dimension du projet alimente déjà les inquiétudes. Le trafic maritime dans cette partie de la Méditerranée atteint environ 18 000 navires par an, dont près de 6 000 supertankers. Dès lors, plusieurs observateurs redoutent des risques de collision et des perturbations liées à l’installation des infrastructures du parc éolien offshore.

En parallèle, les câbles sous-marins nécessaires au transport de l’électricité jusqu’à la côte italienne suscitent aussi des interrogations environnementales. Le projet d’éolien attire particulièrement l’attention des autorités françaises en raison de la présence d’écosystèmes rares au large du Cap Corse. Des anneaux de coralligènes vieux de plus de 21 000 ans ont été identifiés dans cette zone maritime par le laboratoire Andromède océanologie. Ces formations biologiques, situées à environ 120 mètres de profondeur, constituent un patrimoine marin exceptionnel en Méditerranée. Par conséquent, les autorités françaises doivent désormais examiner l’ensemble des études d’impact du parc éolien offshore. La préfecture maritime de Méditerranée a indiqué, selon Le Point, que l’avis final s’appuiera notamment sur les conclusions du commissaire enquêteur désigné par le tribunal administratif de Bastia ainsi que sur l’analyse de l’Office français de la biodiversité.

Éolien flottant : Eni défend une conception pensée pour limiter l’impact marin

Face aux critiques, Eni tente de rassurer les élus, les associations et les riverains. Claudio Piccinelli, responsable de l’éolien offshore et des énergies renouvelables chez Plenitude, défend publiquement la stratégie industrielle du groupe italien. Dans une déclaration accordée au Point le 17 mai 2026, il a affirmé : « Ce parc éolien flottant en mer, d’une capacité de 864 MW, sera construit au large des côtes toscanes. » Le dirigeant italien insiste également sur les mesures environnementales prévues autour du parc éolien offshore. Toujours selon Le Point, Claudio Piccinelli a déclaré : « Nos choix de conception reposent sur des principes qui assurent la protection des écosystèmes marins, en tenant compte de toutes les contraintes environnementales. » Cette déclaration intervient alors que plusieurs organisations écologistes italiennes réclament déjà une révision du programme.

L’association Italia Nostra figure parmi les opposants les plus actifs au projet d’éolien offshore. L’organisation demande une « révision radicale » du projet afin d’éloigner les installations des secteurs les plus sensibles de l’archipel toscan. Les défenseurs de l’environnement redoutent notamment des conséquences sur la biodiversité marine ainsi que sur certaines espèces protégées présentes entre la Corse et l’Italie. En parallèle, Eni affirme que les premières évaluations environnementales montrent un impact limité du futur parc d’éolien flottant. Claudio Piccinelli précise ainsi, selon Le Point : « La plupart des évaluations ont abouti à un faible impact, tant pour les phases de construction que d’exploitation, et les activités de suivi permettront de réaliser des mesures d’atténuation supplémentaires. » Le groupe italien mise désormais sur les procédures administratives pour sécuriser le développement du projet.

Éolien et transition énergétique : la Méditerranée devient un nouveau terrain stratégique

Au-delà des controverses locales, le projet Atis révèle l’accélération des investissements dans l’éolien offshore en Méditerranée. L’Italie cherche à augmenter rapidement sa production d’électricité renouvelable afin de respecter ses engagements européens de décarbonation. Selon les données relayées par Le Point le 17 mai 2026, Eni développe actuellement plusieurs projets d’éolien offshore au large des Pouilles, de la Calabre et de la Toscane pour une puissance cumulée de 6 GW. L’éolien flottant présente un avantage majeur en Méditerranée. Contrairement aux installations fixes, ces structures peuvent être déployées dans des zones maritimes profondes, fréquentes entre la Corse et l’Italie. De plus, Eni considère que cette technologie offre une production électrique plus stable. Le groupe italien explique ainsi, selon Le Point du 17 mai 2026 : « L’énergie éolienne flottante peut permettre une expansion rapide des énergies renouvelables. Elle exploite des profils de production constants, moins soumis aux aléas saisonniers. »

Toutefois, l’essor de l’éolien offshore en Méditerranée ouvre aussi une nouvelle phase de tensions entre industriels, pêcheurs, écologistes et autorités publiques. La Corse se retrouve désormais directement concernée par des projets énergétiques développés hors des eaux françaises mais suffisamment proches du littoral insulaire pour produire des conséquences environnementales potentielles. Le dossier Atis pourrait ainsi devenir un cas d’école pour les futurs projets d’éolien flottant en Méditerranée occidentale. D’un côté, les industriels défendent un levier essentiel de transition énergétique. De l’autre, les associations environnementales réclament des garanties supplémentaires sur la protection des habitats marins. Entre la Corse et l’Italie, ce projet d’éolien offshore dépasse désormais le simple cadre industriel pour devenir un sujet politique, écologique et stratégique à l’échelle méditerranéenne.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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