Epargne : 6 Français sur 10 rêvent d’être rentiers

Devenir rentier reste l’un des fantasmes financiers les plus puissants en France. Derrière ce mot, synonyme de liberté et de sécurité, se cache pourtant une réalité bien plus contrastée, faite d’aspirations élevées, de doutes persistants et de pratiques d’épargne souvent insuffisantes.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 20 janvier 2026 15h26
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27%27 % des Français n’épargnent rien ou presque chaque mois.

Le 20 janvier 2026, une enquête dresse un constat précis : être rentier fascine toujours autant, mais ce rêve s’inscrit dans un contexte économique tendu, où le travail demeure central et où l’épargne peine à suivre les ambitions affichées.

Être rentier : un idéal largement partagé dans l’économie française

Le terme rentier évoque immédiatement une promesse : celle de vivre de son patrimoine sans dépendre du travail quotidien. Selon l’enquête publiée par Yomoni le 20 janvier 2026, 62 % des Français disent rêver de vivre uniquement de leurs placements. L’aspiration à devenir rentier traverse toutes les catégories sociales, dans une économie où l’incertitude sur l’avenir professionnel s’installe durablement. Pourtant, 44 % des répondants considèrent cet objectif comme impossible ou réservé à une minorité.

Dans l’imaginaire collectif, le rentier incarne avant tout la liberté financière. Plus d’un Français sur deux associe ce statut à l’indépendance totale, tandis que près de la moitié y voit une sécurité sur le long terme, selon les données du sondage Yomoni. Toutefois, cette représentation positive est immédiatement tempérée par une autre perception : pour 45 % des personnes interrogées, devenir rentier suppose un héritage ou un capital de départ conséquent. Autrement dit, le rentier reste perçu comme un privilégié, plus proche d’un héritier que d’un épargnant ordinaire, dans une économie où la constitution du patrimoine demeure très inégalitaire.

Rentier et travail : entre rupture rêvée et compromis réaliste

Si l’objectif ultime du rentier consiste à s’affranchir du travail, la réalité apparaît plus nuancée. Interrogés sur la possibilité d’arrêter totalement de travailler, les Français affichent des exigences élevées. Ainsi, 35 % estiment qu’il leur faudrait au minimum un revenu mensuel net supérieur à 3 000 euros pour envisager une rupture complète avec le travail, selon l’enquête Yomoni. À l’inverse, seuls 3 % pourraient se contenter de moins de 1 500 euros par mois.

Face à ces seuils élevés, une alternative gagne du terrain : celle du « semi-rentier ». Ce modèle hybride, qui combine revenus du patrimoine et activité réduite, apparaît plus crédible aux yeux d’une majorité de Français. Près de 42 % jugent qu’un revenu mensuel compris entre 1 800 et 2 500 euros suffirait pour réduire fortement leur temps de travail. Cette approche traduit une évolution du rapport au travail : il ne s’agit plus forcément de l’abandonner, mais de le rééquilibrer grâce à l’épargne et au patrimoine.

Rentier, épargne et patrimoine : un objectif ambitieux, rarement préparé

Si le rêve de devenir rentier est largement partagé, les pratiques d’épargne racontent une autre histoire. Selon le sondage Yomoni, 27 % des Français n’épargnent rien ou presque chaque mois. Dans le même temps, 37 % des répondants reconnaissent n’avoir jamais effectué le moindre calcul pour estimer ce que leur épargne pourrait produire sur le long terme, signe d’un manque de projection financière persistant.

Pourtant, l’épargne régulière et l’investissement de long terme sont cités par 61 % des personnes interrogées comme le moyen le plus probable de devenir rentier. Mais cette lucidité théorique se heurte à la complexité perçue des mécanismes financiers. Près de deux tiers des Français déclarent mal ou très mal comprendre le fonctionnement des placements, qu’il s’agisse du rendement, du risque ou des intérêts composés.

La question du capital nécessaire cristallise également les inquiétudes. Pour 33 % des Français, il faudrait disposer d’un patrimoine compris entre 1 et 2 millions d’euros pour vivre durablement de ses placements en France, sans salaire. À cela s’ajoutent 12 % qui estiment le seuil au-delà de 2 millions d’euros. Finalement, c’est le désenchantement qui l’emporte. Près d’un Français sur trois juge que devenir rentier est irréalisable compte tenu de sa situation actuelle, tandis que 26 % estiment qu’il leur faudrait plus de vingt ans pour y parvenir.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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