En janvier 2026, l’épargne réglementée a enregistré une décollecte d’une ampleur inédite depuis plus d’une décennie. Livret A, LDDS et, dans une moindre mesure, LEP ont marqué le pas, sur fond de baisse des taux et d’arbitrages massifs vers l’assurance-vie.
Épargne : décollecte historique du Livret A en janvier 2026

Le signal est brutal. Selon la Caisse des Dépôts, la collecte cumulée du Livret A et du LDDS affiche une décollecte de 2,27 milliards d’euros en janvier 2026, tous réseaux confondus, d’après le communiqué publié le 24 février 2026. Un chiffre rare pour un mois traditionnellement porteur.
Une épargne réglementée en décollecte record sur le Livret A et le LDDS
Le Livret A enregistre à lui seul une décollecte de 1,87 milliard d’euros en janvier 2026, d’après la Caisse des Dépôts. Le LDDS n’échappe pas au mouvement, avec une sortie nette de 400 millions d’euros sur la même période. Le cumul est sans appel. À fin janvier 2026, l’encours total du Livret A et du LDDS s’établit à 613,0 milliards d’euros. Cela représente 9 milliards d’euros de moins qu’il y a un an, comme le souligne Le Monde. L’érosion est donc sensible, et elle intervient dans un contexte où l’épargne réglementée avait atteint des sommets après la crise sanitaire.
Surtout, le caractère inédit de cette décollecte frappe les observateurs. « Depuis 2009, le nombre de décollectes nettes en janvier passe à trois (2015, 2016 et 2026) », rappelle Philippe Crevel. Janvier 2026 entre dans un club très restreint et pas très glorieux.
Le retournement s’explique d’abord par le rendement. Le Livret A a vu son taux passer de 1,7 % à 1,5 % début février 2026. « L’annonce de la baisse de son taux de 1,7 % à 1,5 % au milieu du mois dernier a certainement incité les ménages à s’en détourner », analyse Philippe Crevel. « La baisse du taux du Livret A conduit à une réallocation de l’épargne au profit de l’assurance-vie. La communication du rendement des fonds euros, dans le courant du mois de janvier, a certainement incité de nombreux épargnants à opter pour ce placement ».
LEP et épargne populaire : une résistance limitée malgré un encours en hausse
Le Livret d’Épargne Populaire, souvent présenté comme le grand gagnant des années récentes, n’a pas complètement inversé la tendance. Selon la Caisse des Dépôts, sa collecte s’élève à seulement 2 millions d’euros en janvier 2026, un quasi-équilibre… alors qu’elle atteignait 110 millions d’euros en janvier 2025. Le contraste est frappant. Le dynamisme du début d’année s’essouffle. Pourtant, l’encours du LEP progresse sur un an. Il atteint 83,8 milliards d’euros à fin janvier 2026, contre 82,3 milliards d’euros à fin janvier 2025.
Il faut dire que le LEP n’a pas été totalement épargné par les ajustements de rémunération. Sa rémunération est passée de 2,7 % à 2,5 % au 1er février 2026, comme le rappelle Le Monde. Si le produit conserve un avantage comparatif pour les ménages modestes, l’effet psychologique de la baisse des taux joue également.
Janvier 2026, un tournant pour l’épargne réglementée ?
Historiquement, janvier est un mois de collecte positive pour le Livret A. Les primes de fin d’année, les versements d’intérêts et les arbitrages budgétaires favorisent généralement les dépôts. Le fait que janvier 2026 affiche une décollecte de 1,87 milliard d’euros sur le seul Livret A rompt donc avec la norme. La décollecte cumulée de 2,27 milliards d’euros pour le Livret A et le LDDS, selon la Caisse des Dépôts, constitue ainsi un signal fort.
Ce résultat inédit traduit une recomposition progressive de l’épargne des ménages. Après plusieurs années d’accumulation sur les livrets réglementés, dopée par l’inflation et la remontée des taux, les arbitrages se multiplient. Les épargnants comparent davantage. Ils déplacent leurs capitaux. Ils acceptent, parfois, davantage de risque en échange d’un meilleur rendement.
Janvier 2026 pourrait ainsi marquer un point d’inflexion. Non pas l’effondrement de l’épargne réglementée, mais la fin d’un cycle exceptionnellement porteur. La décollecte, rare et symbolique, vient rappeler que même les produits les plus ancrés dans le paysage financier français restent sensibles aux variations de taux et aux anticipations de rendement.
