D'après nos informations, une action collective contre l'État dans le dossier des injections clandestines est désormais envisagée par un collectif de victimes, pris en charge par l'un des plus gros cabinets d'avocats parisiens spécialiste des actions collectives en matière de santé publique - un cabinet qui compte déjà plusieurs victoires symboliques à son palmarès. L'action s'appuierait sur les articles L. 1110-1 et L. 1413-1 du code de la santé publique, qui consacrent respectivement le droit fondamental à la protection de la santé et la mission de veille, de sécurité et de réponse aux risques sanitaires confiée aux autorités publiques. Traduction : le sujet quitte TikTok pour entrer dans la zone rouge politico-judiciaire.
Pendant des mois, le ministère de la Santé a traité les fake injectors comme une simple fièvre des réseaux sociaux. Quelques influenceuses injectant du produit chinois dans des Airbnb parisiens, deux ou trois lèvres ratées exhibées sur Snapchat, quelques descentes de police pour la forme et beaucoup, beaucoup de communication sur « la sécurisation des pratiques ». Problème : pendant que l'on rassurait, le marché noir, lui, n'a cessé d'enfler. Et désormais, ce ne sont plus seulement les seringues qui circulent. Ce sont les avocats.
Quand le contentieux sanitaire entre dans la danse
Selon un rapport confidentiel rédigé par ce cabinet, plusieurs spécialistes du contentieux sanitaire estiment qu'une action collective visant directement les autorités publiques est désormais juridiquement envisageable. Le document, dont la tonalité tranche avec l'effervescence médiatique entourant le sujet, ne surjoue rien. Il déroule une mécanique froide, presque clinique : les autorités auraient pu, par « carence fautive » ou « stratégie réglementaire inadaptée », contribuer indirectement à l'explosion prévisible d'un marché clandestin devenu massif. Rue de Ségur, quelques souvenirs historiques doivent commencer à remonter.
Le précédent qui hante l'administration
Car dans tous les grands scandales sanitaires français - sang contaminé, Mediator, amiante, Dépakine -, le problème n'a jamais été uniquement le drame lui-même. Le vrai poison politique, c'est toujours la même question, lancinante, dévastatrice : l'administration savait-elle ? Or les fake injectors ne se cachent même plus. Ils injectent sur TikTok, filment leurs procédures en direct devant des milliers d'abonnés, vendent leurs promotions sur Telegram, importent des produits sans la moindre traçabilité, à ciel ouvert. Depuis des mois, médecins, pharmaciens, syndicats professionnels et sociétés savantes multiplient les alertes, les communiqués, les courriers. Pendant ce temps, l'État donne un sentiment de plus en plus net : celui de courir derrière le phénomène.
Le « déplacement du risque sanitaire » : la thèse qui fait trembler
Le rapport va plus loin encore, en avançant une thèse juridiquement redoutable : celle du « déplacement du risque sanitaire ». En clair : à force de durcir les contraintes pesant sur les acteurs légaux sans neutraliser efficacement les réseaux clandestins, les autorités auraient elles-mêmes contribué à pousser une partie des patients vers le marché noir. C'est précisément le genre de raisonnement qui fait très mal politiquement. Parce qu'il transforme de simples délinquants Instagram en symptôme d'un possible échec de l'État. Parce qu'il déplace la focale, des coupables évidents vers ceux qui étaient censés les empêcher de prospérer. Et c'est là, très exactement, que le dossier devient extrêmement dangereux pour l'exécutif.
Quand les papiers commencent à sortir
Car une action collective, même juridiquement fragile au départ, peut rapidement se muer en machine de guerre politique. Demandes de rapports internes, échanges administratifs exhumés, statistiques sanitaires comparées, signalements restés sans suite, données douanières recoupées : dans les grandes affaires sanitaires françaises, les ministères ne tombent jamais sur les faits initiaux. Ils tombent quand les papiers commencent à sortir. Quand les notes oubliées refont surface. Quand les courriers d'alerte que personne n'a voulu lire ressurgissent, datés, signés, indéniables.
Un sujet qui peut devenir incontrôlable
Le rapport l'écrit d'ailleurs presque noir sur blanc : le risque est désormais « narratif, politique et systémique ». Traduction sans détour : le sujet peut devenir incontrôlable. Et avenue de Ségur, certains commencent sans doute à comprendre qu'on n'est plus simplement face à un problème d'injections clandestines. Mais peut-être au début d'un futur scandale d'État.
