Ferries : un transport maritime plus polluant que les voitures

Dans de nombreuses villes portuaires européennes, le ferry est devenu un symbole discret mais puissant de pollution atmosphérique. Une étude récente révèle que les émissions de certains ferries dépassent celles de toutes les voitures locales réunies. Derrière ces navires indispensables à la mobilité maritime se cache pourtant un défi écologique majeur pour les villes côtières et leurs habitants.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 5 mars 2026 10h47
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Ferries : un transport maritime plus polluant que les voitures - © Economie Matin
20%20 % des ferries européens pourraient être électrifiés dès 2025

Une pollution des ferries souvent supérieure à celle des voitures

Dans l’imaginaire collectif, la pollution urbaine est généralement associée aux voitures. Pourtant, les dernières analyses du secteur maritime dressent un constat bien différent. Selon une étude publiée début mars 2026 par l’organisation Transport & Environment, les ferries génèrent parfois davantage de pollution atmosphérique que l’ensemble du trafic routier dans certaines villes portuaires européennes.

Dans des ports très fréquentés comme Barcelone, Dublin ou Naples, les ferries émettent plus d’oxydes de soufre que toutes les voitures circulant dans ces villes, selon l’étude citée par Wodne Sprawy. Les chercheurs ont comparé les émissions des navires à celles du parc automobile local, révélant un écart parfois spectaculaire.

Les données montrent également que ce phénomène concerne une grande partie du continent. Dans treize des quinze plus grandes villes portuaires d’Europe, les ferries produisent davantage d’oxydes de soufre que les véhicules routiers. Ces gaz polluants sont particulièrement problématiques. Ils contribuent à la formation de particules fines, connues pour pénétrer profondément dans les poumons et provoquer des maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les villes portuaires, où les ferries opèrent à proximité immédiate des zones urbaines, se retrouvent donc en première ligne face à ces émissions.

Le ferry, un transport indispensable mais très émetteur

Les ferries jouent un rôle essentiel dans la mobilité européenne. Ils transportent chaque année des millions de passagers et de véhicules, reliant les îles, les régions côtières et les grandes métropoles. Pourtant, ce mode de transport repose encore largement sur des carburants fossiles très polluants.

Selon le rapport de Transport & Environment publié le 3 mars 2026, les ferries opérant dans les ports européens ont émis environ 13,4 millions de tonnes de dioxyde de carbone en 2023, soit l’équivalent des émissions de 6,6 millions de voitures.

Au-delà du CO₂, les ferries rejettent aussi des polluants atmosphériques particulièrement nocifs. Les oxydes de soufre, par exemple, sont produits lors de la combustion de carburants marins riches en soufre. Ces émissions sont responsables d’une part importante de la pollution de l’air dans les zones portuaires.

Dans certaines villes, l’écart est spectaculaire. Carbon Pulse souligne que les ferries peuvent générer entre quinze et plus de cent fois plus de pollution atmosphérique que l’ensemble des voitures dans des ports majeurs comme Barcelone, Dublin ou Naples. Cette situation s’explique en partie par la structure de la flotte européenne. Les ferries en circulation sont souvent anciens. L’’âge moyen de ces navires atteint 26 ans, ce qui signifie que beaucoup utilisent encore des technologies énergétiques dépassées et peu efficaces sur le plan environnemental.

Des villes portuaires particulièrement exposées

Les villes portuaires concentrent naturellement les émissions liées au transport maritime. Les ferries passent en effet une grande partie de leur temps à proximité des zones urbaines, où se trouvent les ports et les terminaux passagers. Des capitales européennes comme Dublin, Helsinki, Stockholm ou Tallinn font partie des villes où la pollution liée aux ferries dépasse celle des voitures. D’autres grandes métropoles portuaires, telles que Marseille, Rotterdam ou Valence, figurent également parmi les zones les plus concernées.

Le problème est aggravé par le fonctionnement même de ces navires. Les ferries naviguent souvent sur des trajets relativement courts et restent régulièrement à quai dans les ports. Pendant ces périodes, ils continuent généralement à faire fonctionner leurs moteurs pour alimenter les équipements à bord.

Résultat : les émissions se concentrent dans les zones urbaines. Comme l’explique Felix Klann, analyste des politiques maritimes chez Transport & Environment et auteur du rapport, « les ferries devraient connecter les communautés, pas les polluer ». Les habitants des villes portuaires sont donc particulièrement exposés. Les oxydes de soufre et les particules fines issus des combustibles marins peuvent pénétrer profondément dans l’organisme et affecter les poumons, le système cardiovasculaire et d’autres organes.

L’électrification des ferries, une solution écologique en développement

Face à ce constat, plusieurs experts estiment que la transition énergétique du transport maritime pourrait réduire rapidement ces émissions. Les ferries sont en effet considérés comme des candidats idéaux pour l’électrification. Contrairement aux cargos intercontinentaux, ces navires parcourent généralement des distances relativement courtes et suivent des itinéraires réguliers. Cela facilite l’utilisation de batteries électriques ou de systèmes hybrides.

Selon l’étude de Transport & Environment publiée le 3 mars 2026, 20 % des ferries européens pourraient être électrifiés dès 2027, tandis que 43 % pourraient fonctionner à l’électricité d’ici 2030. À plus long terme, la proportion pourrait atteindre 60 % d’ici 2035.

La transition pourrait également être économiquement avantageuse. L’analyse indique que 52 % des ferries électriques seraient moins coûteux à exploiter que les navires fonctionnant aux carburants fossiles.

Cependant, cette transformation nécessite des investissements importants dans les infrastructures portuaires. Les ferries électriques doivent être rechargés dans les ports, ce qui suppose la mise en place de bornes électriques puissantes et de réseaux énergétiques adaptés.

Malgré ces défis, certains ports commencent déjà à investir dans ces solutions. Des initiatives visant à fournir de l’électricité aux navires à quai se développent dans plusieurs villes européennes. Cette technologie permet aux ferries de couper leurs moteurs lorsqu’ils sont à l’arrêt et de se brancher directement au réseau électrique du port.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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