100 milliards d’intérêts : la France au bord du gouffre

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By Jean-Baptiste Giraud
100 milliards d'intérêts : la France au bord du gouffre
100 milliards d'intérêts : la France au bord du gouffre - © Economie Matin

En 2028, la France paiera plus de 100 milliards d'euros par an pour rembourser les seuls intérêts de sa dette. Plus que le budget de l'Éducation nationale. Pendant ce temps, certains nous proposent d'effacer cette dette d'un coup de baguette magique. Entre irresponsabilité et déni, le débat français sur les finances publiques atteint des sommets d'absurdité.

100 Mds €

Le montant que la France consacrera chaque année au seul service de sa dette dès 2028 — soit environ 1 500 euros par Français.

La facture arrive, et elle est salée

Force est de constater que les chiffres ne mentent pas. Selon Les Échos, la charge d'intérêts de la dette française franchira la barre symbolique des 100 milliards d'euros dès 2028. Pour vous donner une idée concrète de ce que cela représente : c'est davantage que ce que l'État consacre à l'ensemble de l'Éducation nationale, plus que le budget combiné de la Justice et de la Sécurité, et presque autant que l'intégralité de l'impôt sur le revenu collecté chaque année.

Ce n'est pas une catastrophe naturelle. C'est le résultat de décennies de lâcheté budgétaire, de gauche comme de droite, et d'une décennie Macron qui a, selon le propre titre des Échos, "mis le feu à la dette". Une formule implacable pour une réalité accablante : entre le "quoi qu'il en coûte" de la période Covid, les boucliers énergétiques distribués à la cantonade et les déficits structurels jamais véritablement corrigés, la France a accumulé une ardoise que nos enfants paieront longtemps.

Je pense qu'il est temps de cesser de traiter le budget comme de "l'intendance", pour reprendre la formule désormais tristement célèbre prêtée à Emmanuel Macron. L'intendance, elle a une fâcheuse tendance à se venger.

L'annulation de la dette : le remède pire que le mal

Face à ce constat, une partie de la classe politique propose une solution aussi séduisante que suicidaire : annuler purement et simplement la dette détenue par la Banque centrale européenne. C'est l'idée que Nicolas Dufrêne, directeur de l'Institut Rousseau, a soufflée à Jean-Luc Mélenchon, et qui revient désormais dans le débat présidentiel.

Permettez-moi d'être direct : cette proposition, c'est le remède de cheval qui tue le patient. Annuler la dette souveraine, même partiellement, équivaudrait à déclarer à l'ensemble des marchés financiers mondiaux que la France ne respecte pas ses engagements. La conséquence serait immédiate et brutale : une explosion des taux d'intérêt sur la dette restante, une fuite des investisseurs étrangers, et une crise financière d'une ampleur que nous n'avons jamais connue. Les économistes interrogés par Le Figaro ne disent pas autre chose : "ce serait la crise quasi immédiate."

Nos voisins allemands, néerlandais ou suisses n'ont pas résolu leurs problèmes budgétaires en effaçant leurs dettes. Ils les ont résolus en dépensant moins, en réformant leur État et en créant les conditions de la croissance. C'est ennuyeux, c'est long, mais c'est la seule voie qui fonctionne.

Réformer ou subir : il n'y a pas de troisième option

La vraie question n'est pas de savoir si la France doit réduire ses dépenses publiques — elle le doit, impérativement — mais de savoir si elle en est encore capable politiquement. Les propositions sensées existent : la députée Olivia Grégoire porte par exemple une idée simple et efficace, une exonération d'impôt sur les bénéfices pour les repreneurs de TPE-PME. Ce type de mesure ciblée, qui coûte peu et rapporte beaucoup en activité économique et en emplois sauvegardés, voilà ce dont la France a besoin.

Pas de grands soirs budgétaires, pas de plans de relance financés par de la dette supplémentaire, pas de magie monétaire. Des réformes structurelles courageuses, une administration simplifiée, des charges allégées pour que nos entreprises puissent respirer et embaucher.

La France a rendez-vous avec sa réalité financière. La question est simple : préférons-nous la regarder en face aujourd'hui, ou la subir de plein fouet demain ?

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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