La charge de la dette française atteint 91 milliards d'euros en 2027. Pendant ce temps, Berlin revoit sa croissance à la hausse et les investisseurs asiatiques fuient les obligations françaises. Le réveil sera brutal — si tant est qu'il arrive à temps.
91 milliards €
C'est le montant des intérêts de la dette française en 2027, soit plus que le budget de l'Éducation nationale.
Quand les marchés font ce que Bercy refuse de faire
Roland Lescure était à Londres ce jeudi pour « rassurer » les investisseurs de la City. Le mot lui-même est révélateur : quand un ministre de l'Économie passe ses journées à supplier les marchés de ne pas lâcher la France, c'est que quelque chose ne va plus du tout. Et les investisseurs asiatiques, eux, ne se laissent pas convaincre par les belles slides de présentation. Ils vendent. En silence, mais ils vendent.
Force est de constater que la France paye aujourd'hui le prix d'années de déni budgétaire. 91 milliards d'euros d'intérêts sur la dette en 2027 — soit 12 milliards de plus que l'année précédente. Pour que ce chiffre soit concret : c'est davantage que ce que l'État consacre à la défense, presque autant que l'impôt sur le revenu collecté. Chaque euro emprunté hier coûte aujourd'hui aux Français sans leur offrir un seul service public supplémentaire. C'est la définition même du gaspillage institutionnel.
Pendant ce temps, l'Allemagne — pourtant elle aussi en difficulté structurelle ces dernières années — revoit sa croissance à la hausse. Pas parce que Berlin distribue des subventions à tout-va. Parce que l'économie allemande produit, exporte, investit. La comparaison est cruelle, mais nécessaire.
77 suppressions de postes : l'effort homéopathique de Bercy
Le projet de budget 2027 prévoit la suppression de 77 équivalents temps plein dans les ministères économiques et financiers. Soixante-dix-sept. Sur des dizaines de milliers d'agents. Je ne sais pas si c'est du courage politique ou de l'humour involontaire, mais dans les deux cas, c'est insuffisant.
La Suisse, les Pays-Bas, le Danemark : ces pays ont mené de vraies réformes de leur administration. Pas en supprimant 77 postes symboliques pour faire bonne figure devant les agences de notation, mais en restructurant profondément la manière dont l'État fonctionne. En France, l'ajustement se fait toujours à la marge, au forceps, sous la pression des marchés plutôt que par conviction réformatrice.
Je remarque aussi qu'en commission budgétaire, la gauche s'est empressée de sauver la réforme de l'apport-cession — un dispositif fiscal visant les actionnaires. Belle cohérence idéologique. Mais taxer davantage les détenteurs de capital ne remplace pas une vraie politique de réduction de la dépense. En Allemagne, on ne résout pas les problèmes de finances publiques en cherchant systématiquement un bouc émissaire à plumer.
La France joue avec le feu — et elle le sait
Ce qui m'inquiète profondément, c'est moins la situation présente que l'absence de traitement de fond. Le gouvernement annonce vouloir réduire la rémunération des ministres. Geste symbolique, certes utile en termes de signal, mais anecdotique face à 91 milliards d'intérêts annuels. On ne répare pas une fuite sur le Titanic avec du sparadrap.
La vraie question que personne ne pose franchement dans les couloirs de Bercy : jusqu'à quand les marchés accepteront-ils de financer notre dette à des taux supportables ? La France bénéficie encore de la crédibilité de la zone euro. Mais cette protection n'est pas éternelle, et nos partenaires européens commencent à s'impatienter.
Le temps des demi-mesures est révolu. Soit la France engage une vraie réforme structurelle de sa dépense publique, soit elle attend que les marchés lui imposent les réformes qu'elle refuse de faire elle-même. Ce sera alors bien plus douloureux — pour les Français ordinaires, pas pour les ministres qui auront depuis longtemps quitté leurs fonctions.
