Près de 4 Français sur 10 privés de vacances en 2025

Près de quatre Français sur dix ne partent toujours pas en vacances chaque année. Derrière cette réalité persistante se cachent des inégalités sociales profondes, qui interrogent les politiques publiques à l’heure où la France célèbre les 90 ans des congés payés.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 10 mars 2026 11h18
Budgetvacances2025
Selon une étude Viavoice pour Voyages E.Leclerc, 56 % des Français comptent partir cet été, en quête de repos. Avec un budget moyen de 1 597 € par foyer, ils privilégient des séjours courts, majoritairement en France. - © Economie Matin
76%76 % des Français partis ont choisi la France métropolitaine

Les vacances, un loisir encore inaccessible pour des millions de Français

Le 10 mars 2026, la publication du Baromètre Opodo réalisé par le cabinet Raffour-Interactif rappelle une réalité peu visible dans le débat public : tous les Français ne partent pas en vacances. En 2025, 61,4 % des Français de 15 ans et plus sont partis en vacances au moins une fois. En creux, cela signifie qu’environ 38,6 % de la population n’a effectué aucun séjour de vacances dans l’année. Une proportion considérable dans un pays où les congés payés sont souvent considérés comme un acquis social majeur. Le phénomène est d’autant plus marquant que 2024 avait atteint un niveau légèrement supérieur, avec 62,1 % de départs, un record récent selon le même baromètre.

Cette stagnation interroge. Car si la majorité des Français part effectivement en vacances, une part importante de la population reste à l’écart de ce loisir devenu central dans les modes de vie contemporains. Dans un pays où le tourisme représente un secteur économique majeur, la fracture touristique reflète aussi des inégalités sociales et économiques persistantes.

Les vacances sont pourtant perçues comme essentielles. Comme le souligne Guy Raffour dans le baromètre, « partir en vacances demeure un objectif à atteindre par les Français tant ils en jugent les bienfaits tangibles ». Les séjours permettent notamment de se ressourcer, de renforcer les liens familiaux et d’améliorer la santé mentale et physique.

Des départs en vacances marqués par des inégalités

Si une majorité de Français part en vacances, le baromètre rappelle que ces séjours ne sont jamais anodins. Ils représentent un engagement important pour les ménages. « Leur préparation est précise, justifiée par le double investissement qu’elles représentent : financier et émotionnel car l’on part majoritairement accompagné de ses proches », explique Guy Raffour dans l’étude.

Cette dimension financière explique en grande partie les écarts entre les Français. Partir en vacances suppose un budget transport, un hébergement, des activités, parfois plusieurs semaines d’organisation. Pour de nombreux ménages, ces dépenses restent difficiles à assumer dans un contexte économique incertain.

Les données de l’étude montrent également que les pratiques touristiques évoluent sous contrainte budgétaire. En 2025, 46 % des Français ont effectué des courts séjours marchands de loisir, souvent limités à une ou deux nuits. Ces escapades plus courtes et moins coûteuses permettent de conserver une forme de départ tout en réduisant les dépenses.

Dans le même temps, les séjours en France dominent largement les choix des voyageurs. 76 % des Français partis ont choisi la France métropolitaine, contre 47,4 % ayant effectué un séjour à l’étranger ou dans les Drom-Com. La proximité géographique, les coûts de transport plus faibles et la sécurité organisationnelle expliquent largement ce choix.

Ces tendances traduisent une adaptation progressive des comportements touristiques aux contraintes économiques. Les ménages cherchent à maintenir l’accès aux vacances tout en limitant les dépenses. Mais pour une part importante de la population, ces ajustements ne suffisent pas.

Un enjeu politique pour l’État et les politiques publiques

La persistance d’un non-départ massif pose une question politique. À l’heure où la France commémore les 90 ans des congés payés, l’accès aux vacances reste loin d’être universel. Le baromètre souligne explicitement l’enjeu collectif que représente ce phénomène. « Les efforts collectifs pour permettre à davantage de nos concitoyens de partir en vacances sont essentiels », souligne Guy Raffour dans l’étude. Autrement dit, la question du départ en vacances dépasse le simple domaine du tourisme : elle touche aux politiques sociales et aux inégalités d’accès aux loisirs.

Plusieurs pistes sont évoquées dans l’étude pour élargir l’accès aux vacances. D’abord, la diversification de l’offre touristique, afin de proposer des séjours à toutes les gammes de prix. Ensuite, la promotion de destinations moins connues ou situées hors saison, permettant de réduire les coûts pour les voyageurs.

Le renforcement des aides au départ constitue également un levier majeur. Le baromètre évoque notamment la nécessité d’un soutien public et privé plus important pour faciliter l’accès aux vacances. Cela peut passer par des dispositifs d’aide financière, des politiques sociales dédiées ou des partenariats avec les acteurs du tourisme.

Enfin, l’étude insiste sur la nécessité de mieux accompagner certaines situations spécifiques : problèmes de santé, contraintes familiales, conditions de travail ou difficultés sociales. Autant de facteurs qui peuvent empêcher un départ, indépendamment du simple budget.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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