Fuite fiscale : l’Italie nous prend nos contribuables, bravo la France !

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By Jean-Baptiste Giraud
Fuite fiscale : l'Italie nous prend nos contribuables, bravo la France !
Fuite fiscale : l'Italie nous prend nos contribuables, bravo la France ! - © Economie Matin

De plus en plus de Français fortunés, cadres dirigeants et retraités aisés plient bagage pour s'installer en Italie. Pendant ce temps, l'Assemblée nationale débat d'un nouvel impôt sur les grandes fortunes. Le paradoxe est saisissant — et révélateur d'un déni collectif qui coûte très cher.

100 000 €

C'est le montant forfaitaire annuel de l'impôt sur les revenus étrangers proposé par l'Italie aux nouveaux résidents fiscaux fortunés — contre des taux marginaux qui peuvent dépasser 60 % en France, toutes contributions confondues.

Pendant qu'on débat de taxer davantage, les riches font leurs valises

Force est de constater que certaines nouvelles se percutent avec une ironie particulièrement cruelle. D'un côté, le Figaro nous raconte comment cadres, entrepreneurs et retraités aisés s'installent en masse en Italie pour payer moins d'impôts. De l'autre, l'Assemblée nationale réunit une commission d'enquête sur l'imposition des hauts patrimoines — avec, en filigrane, l'idée d'en faire payer davantage aux plus riches.

Le timing est parfait. Ou plutôt, il est catastrophique.

L'Italie a mis en place un régime fiscal d'une redoutable efficacité : un forfait de 100 000 euros par an sur les revenus étrangers, une fiscalité successorale infiniment plus douce qu'en France, et des règles de résidence simplifiées. Le message envoyé au reste de l'Europe est limpide : *venez chez nous, on ne vous saignera pas à blanc.*

La France, elle, continue de s'interroger sur comment mieux taxer ceux qui restent. Je ne dis pas que la justice fiscale est une mauvaise idée en soi. Je dis que lorsque la porte est grande ouverte et que vos voisins tendent le tapis rouge, empiler les prélèvements revient à vider une baignoire avec le robinet grand ouvert.

Un budget de rigueur, mais de quelle rigueur parle-t-on ?

Les Échos évoquent un budget 2027 placé sous le signe de la « rigueur » avant la présidentielle. Le mot fait frémir les uns, sourire les autres. Mais de quelle rigueur s'agit-il vraiment ? Celle qui consiste à réduire la dépense publique, à tailler dans les structures inutiles, à simplifier un millefeuille administratif qui étouffe nos entreprises ? Ou bien la rigueur à la française, celle qui revient à chercher de nouvelles recettes fiscales en espérant que personne ne partira ?

Je pense que nous connaissons déjà la réponse. La France dépense 57 % de son PIB en dépenses publiques — du jamais vu en Europe occidentale, hors temps de guerre. L'Allemagne, souvent citée en exemple, tourne autour de 48 %. La Suisse, elle, peine à dépasser 35 %. Ce n'est pas une question de modèle social : c'est une question d'efficacité de la dépense. Et sur ce terrain, nos résultats sont accablants.

La fermeture de Darquer, la plus ancienne fabrique de dentelles de Calais, liquidée en juillet après des décennies de concurrence étrangère déloyale, illustre tragiquement ce que coûte l'inaction structurelle. Pas de fiscalité allégée pour les industries en tension, pas de véritable choc de compétitivité. Juste un redressement judiciaire et une page qui se tourne.

Arrêtons de croire que la richesse est un stock infini à ponctionner

La vérité que personne ne veut dire dans les hémicycles, c'est que le capital et les talents sont mobiles. Ils l'ont toujours été. Mais jamais autant qu'aujourd'hui, avec des régimes fiscaux concurrents agressifs aux quatre coins de l'Europe.

Taxer davantage les grandes fortunes peut paraître juste et populaire. Mais si ces fortunes prennent l'avion pour Rome ou Genève, le résultat net pour les finances publiques françaises sera négatif — et les classes moyennes, elles, paieront la note, comme toujours.

La vraie rigueur, ce n'est pas chercher à qui prendre plus. C'est enfin décider de dépenser moins. Mais ça, c'est une autre histoire — et visiblement, ce n'est pas encore pour cette législature.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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