Gaspillage alimentaire : le gouvernement découvre que donner c’est mieux que jeter

Il aura donc fallu dix ans de lois contre le gaspillage pour découvrir qu’un yaourt non vendu peut nourrir quelqu’un. Le gouvernement s’apprête à autoriser la récupération des invendus alimentaires par les salariés, comme s’il s’agissait d’une innovation majeure, alors que beaucoup y voient surtout un rattrapage tardif du bon sens.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 30 janvier 2026 14h21
Gaspillage Alimentaire Faim Monde Malnutrition Monde
@pixabay - © Economie Matin
100 EUROS La valeur moyenne du gaspillage alimentaire s'élève à 100 euros par habitant par an

Fin janvier 2026, l’exécutif a annoncé vouloir assouplir les règles encadrant le gaspillage dans le commerce alimentaire. En clair, les entreprises pourraient bientôt laisser leurs salariés récupérer certains invendus, sans que cela déclenche une sanction sociale ou fiscale. Une mesure présentée comme un progrès, alors qu’elle corrige surtout une absurdité bien installée.

Le gouvernement découvre que jeter des invendus alimentaires n’est pas une fatalité

Jusqu’ici, le principe était simple, mais contre-intuitif. Un commerce alimentaire pouvait jeter des invendus sans difficulté. En revanche, donner ces mêmes produits à ses salariés exposait l’entreprise à des complications administratives. En cause, la requalification possible en avantage en nature, avec cotisations à la clé. Résultat, par prudence, beaucoup préféraient la benne au partage. Une benne qui se trouvait peut-être à proximité d’une belle pancarte invitant à ne pas gaspiller, justement.

Face à cette situation, le gouvernement propose aujourd’hui une innovation qui ressemble à une évidence tardive. Selon Boursorama, l’exécutif souhaite que la récupération d’invendus alimentaires par les salariés ne soit plus automatiquement assimilée à un avantage salarial. Autrement dit, permettre enfin ce que le bon sens autorisait déjà moralement, mais que la réglementation bloquait. La mesure est présentée comme un nouvel outil contre le gaspillage, alors qu’elle vient surtout réparer une incohérence.

Le contexte rend la chose encore plus ironique. Chaque année, environ 300 000 tonnes de produits alimentaires encore consommables sont jetées. Un volume colossal, malgré dix ans de lois, d’obligations et de discours. Dans ce cadre, autoriser la récupération par les salariés apparaît moins comme une révolution que comme la preuve que le gouvernement est totalement déconnecté de la réalité.

Donner les invendus, oui… mais pas trop quand même

Attention toutefois, l’évidence ne doit pas aller trop loin. Le gouvernement insiste lourdement sur les garde-fous. La récupération des invendus alimentaires par les salariés restera strictement secondaire. Les associations d’aide alimentaire conservent la priorité absolue, conformément à la loi Garot de 2016 qui impose aux commerces de plus de 400 mètres carrés de s’organiser avec elles, rappelle Le Parisien. Et sur ça, il n’y a pas de discussion à avoir.

Dans la pratique, la nouvelle règle viserait surtout les situations où la mécanique actuelle montre ses limites. Selon le cabinet du ministre du Commerce, cité par Boursorama, certaines collectes associatives ne se font pas faute de volumes suffisants. Trop peu de produits, trop de kilomètres. Dans ces cas-là, mieux vaut un salarié qui récupère qu’un sac poubelle qui se remplit. Une logique imparable, désormais élevée au rang de politique publique.

Pour éviter toute tentation de “rémunération déguisée en pâtes et en yaourts”, l’exécutif envisage un plafond annuel par salarié. The Epoch Times évoque une fourchette comprise entre 100 et 500 euros par an. De quoi rappeler que la mesure vise officiellement la lutte contre le gaspillage, pas l’amélioration du pouvoir d’achat, même si, dans les faits, elle pourra soulager certains budgets.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «Gaspillage alimentaire : le gouvernement découvre que donner c’est mieux que jeter»

Leave a comment

* Required fields