Le litre de gazole frôle son record historique à 2,22 euros. Pendant que les Français serrent la ceinture à chaque plein, l'État, lui, encaisse silencieusement la mise. Derrière la flambée des carburants se cache une vérité que personne ne veut dire tout haut : le premier profiteur à la pompe, c'est Bercy.
60 %
La part approximative des taxes (TICPE + TVA) dans le prix final du litre de gazole payé par les Français.
La pompe : un distributeur automatique pour le Trésor public
Quatre semaines consécutives de hausse. Le litre de gazole à 2,2158 euros en moyenne nationale la semaine dernière, soit 35 centimes de plus en un mois. Les Français regardent le compteur tourner à la pompe avec une angoisse croissante, tandis que les commentateurs évoquent les cours du pétrole, la guerre, le dollar. Tout est vrai. Mais incomplet.
Ce que personne ne dit clairement, c'est que l'État perçoit ses taxes sur le prix TTC final. Autrement dit, quand le brut monte, la TVA prélevée sur le gazole monte elle aussi mécaniquement. L'État encaisse davantage sans voter un centime d'impôt supplémentaire. C'est ce que les fiscalistes appellent pudiquement un « effet d'assiette ». Je préfère appeler ça une manne automatique.
La TICPE — Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques — rapporte à elle seule près de 33 milliards d'euros par an au budget de l'État. Ajoutez la TVA appliquée par-dessus, et vous comprenez que chaque flambée des prix à la pompe est, pour Bercy, une excellente nouvelle budgétaire. Pour les artisans, les transporteurs, les agriculteurs et les millions de Français qui n'ont pas le TGV sous la fenêtre, c'est une autre histoire.
Pendant ce temps, en Allemagne et aux Pays-Bas...
Force est de constater que nos voisins européens ont, par le passé, su agir vite. L'Allemagne, lors du pic de 2022, avait instauré un plafonnement temporaire de la TICPE avec son fameux « Tankrabatt », faisant chuter le prix à la pompe de 35 centimes du jour au lendemain. Imparfait ? Certainement. Mais les camionneurs allemands, eux, n'ont pas réduit leur activité de 12 % cet été-là.
En France, la réponse institutionnelle se résume à des chèques énergie ciblés, des remises à la pompe bricolées à la hâte, et beaucoup de communication. On redistribue d'une main ce qu'on prélève de l'autre, avec des frais de gestion astronomiques au passage. C'est la spécialité nationale : compliquer pour mieux paraître généreux.
Je pense sincèrement qu'une suspension temporaire et ciblée d'une fraction de TICPE — par exemple pour les professionnels de la route, les agriculteurs et les zones rurales enclavées — serait non seulement juste, mais économiquement rationnelle. Elle préserverait le pouvoir d'achat des actifs sans bénéficier aux automobilistes urbains disposant d'alternatives.
Le pouvoir d'achat ne se décrète pas, il se libère
Le problème de fond, c'est que nous avons construit un système fiscal tellement dépendant des taxes indirectes sur la consommation que toute flambée des prix se transforme automatiquement en aubaine pour l'État — et en calvaire pour les ménages modestes et les petites entreprises.
Un gazole à 2,20 euros le litre, c'est une taxe déguisée sur le travail, sur la mobilité, sur l'activité économique réelle. Ce n'est pas de la croissance verte, c'est de la récession camouflée.
La vraie question n'est pas « comment compenser ? » mais « pourquoi prélever autant pour redistribuer aussi mal ? ». Tant que nous refuserons de la poser sérieusement, les Français continueront de payer la note à la pompe — et dans leurs bulletins de salaire.

