Depuis dix ans, la gestion passive a gagné du terrain de façon spectaculaire. Elle a apporté de la simplicité, des coûts réduits et une grande transparence. Mais à force de répéter que “la gestion active ne bat pas les indices”, on a fini par oublier une évidence : la gestion passive ne réfléchit pas.
La gestion active dans un monde dominé par le passif
Elle reproduit mécaniquement un marché, avec ses excès, ses erreurs et ses déséquilibres. Investir son argent dans un ETF, c'est confier son patrimoine à un gérant qui investit les yeux fermés, sans regarder les valorisations. C’est précisément là que la gestion active retrouve tout son sens.
D’abord parce que la gestion passive est structurellement pro-cyclique.
Un ETF achète plus ce qui monte et vend plus ce qui baisse. Cette mécanique automatique renforce les bulles, amplifie les excès et détériore les sorties de cycle. À l’inverse, la gestion active peut être contracyclique. Elle peut alléger une position devenue trop chère, renforcer un actif injustement délaissé, et surtout ne pas suivre aveuglément la foule. Dans un monde où les cycles se compressent, où les rotations sectorielles s’accélèrent et où les marchés se concentrent sur quelques mégacapitalisations, la capacité à s’écarter du troupeau devient un avantage stratégique, pas un luxe intellectuel.
Ensuite parce que la dispersion des performances entre les titres n’a jamais été aussi élevée.
Chaque année, une poignée d’actions explique l’essentiel de la performance des indices. Cela signifie deux choses : d’un côté, les risques de concentration explosent ; de l’autre, la sélection de titres redevient une source majeure d’alpha. Le passif accepte cette concentration par construction. La gestion active, elle, peut la contrôler. Elle peut refuser de mettre 40 % d’un portefeuille sur quelques méga-cap américaines, identifier des poches de valeur en dehors des segments surchauffés et construire un portefeuille cohérent avec le profil de risque réel du client, pas celui d’un indice devenu difforme.
Enfin, et c’est peut-être le point le plus important : la gestion active gère le risque réel alors que la gestion passive gère un écart statistique à l’indice.
Le passif optimise le tracking error. Le gérant actif optimise le risque du client : liquidité, drawdown, sensibilité aux régimes de taux, concentration sectorielle, exposition au cycle. Un ETF obligataire, par exemple, vous fera mécaniquement acheter les émetteurs les plus endettés. Un gérant actif peut faire exactement l’inverse. Un indice actions pondère fortement les valeurs qui ont le plus monté. Un gérant actif peut les réduire. Le passif subit le marché, l’actif l’interprète. Et dans un environnement où les chocs macro, géopolitiques et réglementaires se multiplient, la gestion du risque redevient un métier, pas une simple réplication.
La gestion active n’a jamais prétendu battre le marché en toutes circonstances. Ce qu’elle offre, en revanche, c’est une direction, une intention, une capacité d’adaptation. Dans un monde devenu structurellement instable, surconcentré, pro-cyclique, fragmenté, cette capacité est redevenue indispensable.
La vraie question n’est donc plus “active ou passive ?”.
La vraie question est : peut-on se permettre d’être entièrement passif dans un monde qui ne l’est plus ?
Mon opinion est claire : pour accompagner les investisseurs dans ce nouvel environnement, la gestion active n’est pas une alternative, elle redevient une nécessité.
