Le Tribunal du travail de Turin a condamné Glovo à fournir équipements de sécurité et protection à ses livreurs, une sentence devenue définitive le 20 août 2026 mais toujours non appliquée. Parallèlement, la Procura de Milan révèle que l’algorithme de la plateforme réduit de 28% les salaires réels malgré des hausses annoncées. Face à ces obligations, Glovo menace de quitter l’Italie, jugeant le coût économique insoutenable.
Glovo : le tribunal de Turin impose des équipements de sécurité pour les livreurs à vélo

Le Tribunal du travail de Turin a ordonné à Glovo de fournir des équipements de sécurité à ses livreurs, soulevant des questions sur la rentabilité des plateformes face à de nouvelles obligations légales. La décision est définitive depuis le 20 août, mais Glovo refuse toujours de s'y conformer. Au-delà du non-respect judiciaire, cette affaire met en lumière l'impact économique des réglementations croissantes pour les plateformes numériques en Europe.
Une remise en question du modèle économique de Glovo
Le tribunal de Turin a constaté de graves lacunes dans la gestion des risques et la sécurité chez Glovo. La plainte, déposée par Stanley Ibharoga, un livreur nigérian de 35 ans employé par la plateforme depuis 2019, souligne des conditions de travail difficiles : 50 à 80 kilomètres parcourus chaque jour, charges de 25 kilogrammes, et températures dépassant 35°C durant les heures les plus chaudes.
L'ordonnance du 4 août impose à Glovo de fournir des chaussures ergonomiques antidérapantes, des vêtements adaptés aux diverses conditions climatiques, et des lieux de repos. Également requis sont un équipement de protection contre la chaleur, incluant chapeaux, lunettes de soleil UV, crème solaire, sels minéraux, gourdes et eau. Pour 40 000 livreurs en Italie, ces équipements représentent un investissement initial de plusieurs millions d'euros, sans compter les renouvellements annuels.
Menace de retrait de Glovo et pression réglementaire
Glovo envisage de quitter le marché italien, jugeant économiquement impossible la requalification de ses livreurs en salariés. Selon ses calculs, le passage de travailleurs indépendants à salariés triplerait les charges sociales, rendant intenable le maintien des prix actuels. Le syndicat Slang Usb a dénoncé le non-respect de la décision aux autorités. Giulia Druetta, avocate spécialisée dans les questions de livreurs, souligne l'importance de cette décision pour la sécurité des livreurs, affirmant qu'ils ne peuvent être abandonnés sans protection par leurs employeurs.
Salaires sous évaluation : l'algorithme de Glovo critiqué
La Procura de Milan, dirigée par le procureur Paolo Storari, remet en question les augmentations salariales déclarées par Glovo. Bien que l'entreprise ait annoncé des hausses, l'analyse des données montre que l'algorithme réduit de 28% le temps payé.
Sur 1,197 million d'heures travaillées, 343 000 ne sont pas rémunérées selon la Procura de Milan. L'algorithme omet les temps d'attente et de déplacement, transformant une augmentation apparente de 40% en un gain réel de seulement 12%. Le procureur Storari exige la transparence totale de l'algorithme, ce qui pourrait établir un précédent juridique significatif.
Conséquences potentielles pour le secteur de la livraison
L'Italie n'est pas seule dans cette démarche. Le décret Meloni de mai 2026 impose une présomption de subordination pour les travailleurs des plateformes, alignant le pays sur une directive européenne à venir. L'Espagne, la France et l'Allemagne préparent des législations similaires. Pour les plateformes comme Uber Eats, Deliveroo ou Just Eat, l'externalisation des risques devient de plus en plus difficile à soutenir. Les investisseurs s'inquiètent des implications financières : 60 000 livreurs devront être embauchés en Italie, modifiant radicalement la structure des coûts.
L'Italie, troisième marché européen pour la livraison de repas avec un chiffre d'affaires de 2,8 milliards d'euros, est stratégique pour Glovo, représentant 15% de son activité. Un retrait serait désastreux pour sa position face à Uber Eats et Just Eat. Stanley Ibharoga, à l'origine de la plainte, espère que cette action bénéficiera à tous les livreurs. Le résultat de cette bataille juridique aura un impact majeur sur l'avenir de l'économie collaborative en Europe.
